NAIROBI, 26 avr (IPS) – Le gouvernement mozambicain a tiré quelques leçons difficiles des inondations dévastatrices qui ont durement touché le pays il y a une décennie.
Les experts estiment que les plans de gestion des catastrophes élaborés depuis ce temps constituent un modèle pour d'autres pays africains.
Les inondations en 2000 ont fait 700 morts et déplacé 4,5 millions personnes. Depuis, le gouvernement a augmenté l’allocation budgétaire pour la gestion des catastrophes, mis en place des systèmes d'alerte rapide, et établi des systèmes de sauvetage dirigés par les communautés.
Lorsque de fortes inondations se sont encore produites pendant la saison pluvieuse 2007-2008, la réduction du nombre de personnes touchées a été attribuée à l’amélioration du niveau de préparation.
“Seules 100.000 personnes ont été déplacées de leurs maisons, et neuf personnes ont perdu la vie. Parmi les morts, sept ont été emportés par les inondations et deux ont été tués par des crocodiles”, a expliqué Dulce Chilundo, le directeur du Centre des opérations d'urgence et de l'Institut national de gestion des catastrophes au Mozambique.
“Les services de la météo ont immédiatement lancé un programme de cartographie de toutes les zones à risque, où 10 à 15 individus de toutes les zones à risque de catastrophe ont reçu une formation adéquate sur les opérations de secours selon la nature des catastrophes naturelles qui affectent généralement la région en question”, a ajouté Chilundo.
Aujourd'hui, le pays développe activement des villages mieux planifiés et construits pour résister aux inondations saisonnières.
“Toutes les années où il n'y a pas de catastrophes majeures, nous utilisons l’allocation budgétaire pour acheter des terres et réinstaller les familles vivant dans les zones à risque. Depuis 2006, nous avons réinstallé 120.000 familles dans des zones plus sécurisées, et l'intervention est toujours en cours”, a déclaré Chilundo.
“Pour que la réinstallation réussisse au Mozambique, les nouvelles maisons construites sur des terrains plus sécurisés sont offertes aux citoyens touchés comme des terres supplémentaires”, a souligné Chilundo.
Les villageois conservent la propriété de leurs terres d'origine et continuent généralement à les cultiver, tout en vivant dans le nouveau village.
“Cependant, certaines personnes continuent de résister à la réinstallation permanente de leur résidence”, a nuancé Chilundo.
Le pays a mis en place des systèmes d'alerte rapide dont certains sont exploités par les membres de la communauté. Par exemple, une organisation non gouvernementale appelée Re Fondation Munich travaille en partenariat avec le projet 'd’alerte des inondations au Mozambique' pour fournir des services d'alerte rapide le long du fleuve Búzi.
Le 'système d'alerte rapide de Búzi' fonctionne en relevant chaque jour les niveaux de pluies à des points stratégiques dans le bassin du fleuve. Cela se fait par des gens désignés dans les zones touchées, et qui bénéficient généralement d’une formation spécialisée.
En cas de fortes précipitations ou s'ils constatent une augmentation significative du niveau des eaux, l'information est transmise à un point de coordination central et est rapidement diffusée par la radio communautaire dans les langues locales.
De la même façon, si les rapports indiquent qu'il y a eu de fortes pluies très répandues, alors l'alarme est déclenchée, et un signal de drapeaux colorés est utilisé pour avertir les gens d'une éventuelle inondation. A ce stade, les personnes vivant dans les zones à risque sont évacuées avant la montée des eaux de crue.
Une bonne planification des catastrophes, en établissant des stratégies de préparation et des systèmes d'alerte rapide, est un moyen important car le continent peut concevoir une résistance aux défis des changements climatiques.
“Nous devons utiliser les prévisions météorologiques pour développer ces stratégies de préparation”, a déclaré Dr Abbas Gullet, le secrétaire général de la Croix-Rouge kényane.
La Météorologie nationale sud-africaine (SAWS) a élaboré une proposition visant à mettre en place un système régional d'alerte des inondations subites, qui couvrirait tous les pays touchés dans la région.
Selon cette proposition, les cyclones qui entraînent des glissements de terrain, ainsi que des pluies torrentielles de l’intérieur peuvent déclancher des inondations à travers toute la sous-région. Elle donne un exemple des inondations très répandues provoquées par le cyclone tropical Eline en 2000 sur le Mozambique, l'Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Malawi, le Botswana et même la Namibie.
“Même si la Météorologie nationale sud-africaine (SAWS) a un réseau de radars météorologiques, et peut émettre des alertes d’une potentielle pluie abondante, un bon système d'alerte des inondations subites qui peut prévenir les autorités de gestion des catastrophes et les communautés à risque n'existe pas dans la région”, indique le document.
A la suite des changements climatiques dus au réchauffement de la planète, les zones situées sur le plateau de l'est du Mozambique ont connu près de trois fois les précipitations habituelles de janvier, entraînant de grandes inondations et des crues subites dans la région.
“Nous sommes conscients que certains pays comme le Mozambique et quelques autres ont développé une forte collaboration entre les services de la météo, les services hydrologiques et des équipes de gestion des catastrophes. C'est la voie que nous voulons que tous les pays touchés suivent”, a expliqué Alhassane Adama Diallo, le directeur général du Centre africain des applications météorologiques pour le développement.

