KAMPALA, 25 avr (IPS) – Le sort de milliers de femmes et de filles détenues comme esclaves sexuelles et des enfants soldats retenus par les rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda est en jeu.
Depuis que l'insurrection a commencé en 1986, l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) a enlevé des milliers de femmes et de filles. Certaines trouvent le moyen d'échapper à leurs ravisseurs, mais selon un Rapport sur la situation humanitaire du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en 2008, environ 3.000 femmes et enfants sont toujours gardés par les rebelles.
La signature retardée de l'accord de paix entre le gouvernement ougandais et la LRA a suscité de nouvelles inquiétudes sur leur sort.
Des victimes de guerre oubliées “Les femmes en captivité ont en réalité été toujours oubliées. Nous devons plaider pour elles. Elles continuent de souffrir”, déclare Jane Adong Anywar, responsable juridique à l'Initiative des femmes pour la justice entre les sexes, une organisation militant pour la justice à l’endroit des femmes dans les conflits armés et pendant la guerre à travers la Cour pénale internationale (CPI).
En 2003, le gouvernement ougandais a renvoyé le conflit vieux de 23 ans à la CPI. Il a demandé une enquête sur les crimes commis contre les femmes dans le nord du pays, acceptant ainsi la juridiction de la CPI dans le pays.
En octobre 2005, la CPI a émis des mandats d'arrêt contre cinq commandants supérieurs de la LRA pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, y compris des accusations de viol et d'esclavage sexuel. Mais les rebelles ont depuis ce temps fui vers la République démocratique du Congo et la République centrafricaine où ils continuent d'attaquer des villages et d’enlever des femmes et des enfants.
Un cessez-le feu a été signé en juillet 2006, mais les pourparlers de paix tenus à Juba, au Sud-Soudan, entre le gouvernement ougandais et les rebelles de la LRA sont dans l'impasse. Une série d'accords signés au cours des pourparlers ont apporté une stabilité relative dans le nord, mais un accord de paix définitif s’est révélé être hors de la portée des parties.
Les femmes activistes demandent au gouvernement, à la LRA, au Conseil de sécurité des Nations Unies et à la CPI de préciser leurs positions sur les efforts pour aboutir à la paix, la réconciliation et la justice pour les femmes du nord de l'Ouganda.
“Nous souhaiterions que la Cour pénale internationale sorte clairement et donne sa position – concernant la guerre dans le nord de l'Ouganda – parce que même l'accord de paix définitif n'a jamais été signé”, a dit à IPS, Judith Acana, secrétaire du genre au Réseau des voix des femmes du Grand Nord pour la paix. Ce réseau rassemble les groupes de défenses des droits des femmes et de la paix et les militants des zones du nord et du nord-est de l'Ouganda touchées par le conflit.
Les femmes craignent que, sans un pacte définitif pour la paix, les rebelles puissent se regrouper et provoquer une autre instabilité dans la région.
“Si la LRA ne signe pas l'accord de paix, ces femmes et enfants ne seront jamais secourus et davantage de femmes souffriront sans que justice ne soit faite”, avance Acana.
Mais Okello Oryem, ministre ougandais des Affaires internationales a souligné que le gouvernement ne tiendra pas de nouveaux pourparlers avec les rebelles.
“Il n'y a aucun processus de paix dans le nord de l'Ouganda. Les pourparlers sont terminés. Si nous arrivons à avoir [le chef de la LRA Joseph ] Kony, nous l'arrêterons”, a-t-il déclaré à IPS au cours d’un entretien téléphonique. L'armée est maintenant en train de chasser le chef rebelle Joseph Kony, dit-il, puisque le gouvernement ne peut pas négocier la paix avec quelqu’un qui a un mandat d'arrêt en instance.
“Le Statut de Rome est très clair. Une fois que le mandat d'arrêt a été émis, il ne peut pas être retiré tant que la personne contre qui le mandat d’arrêt est émis n’est pas capturée ou arrêtée”. Justice entre les sexes Les femmes ougandaises expriment leurs inquiétudes par rapport à la rupture des négociations et à l'option militaire pendant que des militants pour l’égalité entre les sexes, des médiateurs de paix, des juristes, des lauréats du prix Nobel, des leaders politiques et autres se réunissent à Puerto Vallarta, au Mexique, pour discuter des moyens de promouvoir la justice entre les sexes à travers la mise en application du Statut de Rome et de la CPI.
Le Dialogue international sur la justice entre les sexes, du 19 au 21 avril, a également cherché à engager d'autres institutions, y compris les tribunaux et commissions des droits de l'Homme régionaux ainsi que le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Organisée par l'Initiative des femmes pour la justice entre les sexes et l'Initiative des femmes lauréates du prix Nobel, cette conférence s'inscrit dans la perspective des 10 ans de la Conférence de révision du Statut de Rome et de la CPI, prévue à Kampala, en Ouganda, à la fin du mois de mai.
Mais les femmes ougandaises militantes avertissent: Bien que les réflexions au Mexique puissent aller loin dans le renforcement de la participation des femmes dans les processus de paix et de réconciliation, cela ne signifierait peut-être pas grand chose sauf si un accord de paix est signé.
“Les femmes à la base sont tellement impuissantes. Elles ont renoncé à la justice car aucun des coupables n’a été arrêté et poursuivi. De même, la pauvreté est en train de les tuer”, déclare Acana.

