JOHANNESBURG, 18 avr (IPS) – La Commission électorale nationale du Soudan déclare que les problèmes se limitent à quelques circonscriptions électorales. Mais les observateurs des élections ont constaté des irrégularités dans tout le pays.
Le Centre africain pour la justice et les études sur la paix (ACJPS) signale plusieurs violations de la procédure électorale.
Il s’agit entre autres de bulletins de vote en retard, mal imprimés ou insuffisants, des candidats figurant sur des bulletins de vote dans plus d'une circonscription électorale, des électeurs incapables de trouver leurs noms sur les listes et des observateurs des élections, dans au moins un cas, interdits d'entrer dans des bureaux de vote.
L’ACJPS est une organisation à but non lucratif qui surveille les violations des droits humains au Soudan et qui œuvre tant au plan national qu’international en vue des réformes juridiques pour y remédier.
Le directeur exécutif du centre, Osman Hummaida, soutient que les problèmes sont si graves et répandus que les élections ne peuvent pas être considérées comme libres et transparentes. Il estime qu'il faut une commission électorale réellement indépendante pour examiner les irrégularités électorales et tracer une voie à suivre.
Voici un extrait de l’entretien.
Q: Les élections se poursuivent malgré les irrégularités observées dans le processus, qu’est-ce que cela signifie? R: Cela prouve que la Commission électorale nationale (NEC) n'est pas totalement indépendante du Parti du congrès national (NCP).
Si tous les partis politiques, y compris la société civile, demandent le report de ces élections en vue de la création d’un environnement plus favorable dans lequel des élections libres et transparentes peuvent être organisées, et s’ils (les membres de la commission) ne veulent écouter personne – cela signifie qu'ils sont déterminés à soutenir le parti au pouvoir.
Les irrégularités techniques sont très nombreuses; le niveau de corruption et le truquage qui a été signalé tout au long des deux premiers jours sont incroyables. Même si nous voulons ignorer certaines des irrégularités, les irrégularités techniques et logistiques seules suffisent pour que ces élections soient reportées, puisqu’elles sont loin d'être libres et transparentes.
Q: Quelle est l’ampleur de ces irrégularités répandues? R: Cela se passe dans tout le pays, c’est énorme. Il n'y a aucune partie du pays ou aucune circonscription électorale qui n'ait été touchée, où des logos des partis n'aient pas été totalement omis ou complètement mélangés.
Pour cela, bon nombre de candidats de parti, parmi les quelques-uns toujours dans la course, se sont retirés de la compétition.
Q: La prolongation de trois à cinq jours de la date du scrutin permettra-t-elle de corriger certains de ces problèmes? R: Je pense que les problèmes ne peuvent plus être corrigés maintenant.
Les gens ont déjà voté pour des partis et des candidats en utilisant de faux logos. Il n'existe aucune façon de faire rectifier cela. Il existe d'autres problèmes techniques liés à l'inscription et à l'accès aux bureaux de vote, y compris des problèmes antérieurs impliquant les droits des candidats politiques à la campagne.
Ce sont des questions importantes qui nécessitent un examen sérieux. Et sans la mise en place d’une commission indépendante pour examiner ces nombreux problèmes, je pense que cet exercice est juste du gaspillage des ressources du peuple soudanais.
Q: Le Parti Oumma, le plus fort parti politique dans l'ouest du pays, est en train de boycotter l'élection. Pour qui voteront les populations du Darfour? R: Je ne pense pas que les populations du Darfour participent réellement à ces élections; le taux de participation a été très faible. Même dans les grandes villes où les gens ont participé, des logos ont été modifiés et des militants tout comme des observateurs ont été renvoyés [des bureaux de vote].
Au Darfour, dans l’ouest du pays, on a signalé des voitures sans plaques d'immatriculation transportant des urnes sans être accompagnées par des observateurs ou des responsables électoraux, et l'explication qui en a été donnée, “c'est une erreur qu'elles aient été enlevées de là”.
Donc, cela donne l’impression qu'ils ne sont pas sérieux au sujet de ces élections lorsqu’il s’agit également du Darfour.
Q: Les champions du sud, le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), ont également boycotté les élections. Cela signifie-t-il que leur attention est focalisée sur le référendum de l'année prochaine? R: C'est la perception générale, qu'ils permettront la poursuite des élections, en respectant l’application du plan de l'Accord de paix global (APG), ce qui signifierait que le référendum devrait avoir lieu en janvier l'année prochaine. Puisque le Parti du congrès national a menacé de retarder le référendum si les élections sont reportées.
Toutefois, je crois que si nous permettons au NCP de truquer les élections nationales, il pourrait bien faire de même avec le référendum. Le référendum ne représenterait pas la volonté réelle des sudistes. S'il parvient à manipuler la volonté de tous les Soudanais pendant les élections maintenant, rien ne l’arrêtera alors.
Q: Quel sera le résultat de ces élections selon vous? R: Je pense qu’elles n’apporteront que la confusion et la frustration. Nous espérons que s'il y a des violences qui y sont associées, elles pourraient être contenues. Mais elles n'apporteraient certainement pas des résultats favorables à l'avenir du Soudan ou à la réduction du conflit au Darfour.
Q: Malgré tout cela, les gens continuent d’aller voter, pourquoi? R: Les populations dans les zones reculées en particulier sont sorties pour voter parce qu'elles n'ont pas appris que beaucoup de candidats politiques ont boycotté les élections.
Dans certaines régions, il y a eu une forte participation parce que les populations n'ont pas accès aux médias. Surtout parce que le gouvernement soudanais continue d'arrêter les gens qui diffusent des informations sur les boycotts dans certaines zones.

