OUGANDA: Le gouvernement fait avancer les lois répressives sur les médias

KAMPALA, 16 avr (IPS) – La loi proposée sur les médias est un monstre, déclare Dr George Lugalambi, président d’une coalition luttant pour préserver la liberté de la presse en Ouganda.

Les propriétaires de journaux et les journalistes devraient chaque année faire la demande d’une licence qui pourrait être retirée à volonté pour la “sécurité, la stabilité et l’unité nationales”, ou si la couverture est qualifiée de “sabotage économique”.

Un nouveau Conseil des médias serait nommé par la ministre de l’Information et de l’Orientation nationale pour présider le système sous le Projet de loi (d’amendement) 2010 proposé sur la presse et les journalistes. Pour obtenir une licence, les propriétaires de journaux devraient exhiber “la preuve de l’existence d’équipements techniques adéquats” et les “valeurs sociales, culturelles et économiques du journal.

“Les journalistes devraient prouver qu’ils sont qualifiés – un diplôme en journalisme, ou dans un autre domaine mais accompagné par un diplôme de troisième cycle en journalisme ou en communication de masse – en plus d’un casier judiciaire vierge.

Le professeur Fredrick Jjuuko, un expert des lois sur les médias, affirme que de telles dispositions violent la constitution.

“La constitution prévoit la liberté d'expression et de la presse et on suppose que cela est valable pour tous. Le nouveau projet de loi est en train de rendre cette liberté exclusive pour ceux ayant des diplômes universitaires, ce qui est injuste”, estime Jjuuko.

Lugalambi, qui est également chef du Département de communication de masse à l'Université de Makerere, affirme que les médias ougandais sont déjà accablés par des lois répressives comme celle qualifiant d’acte criminel la publication d’informations peu favorables aux activités du gouvernement et aux responsables d’Etat.

“Criminaliser ces activités expose les médias aux actions partisanes et subjectives des personnes au pouvoir. Par exemple, nous nous demandons: Qui définit et qu’est ce qui constitue un préjudice à la sécurité nationale ou une atteinte aux relations de l'Ouganda avec ses pays voisins ou amis? “Tout politicien ou fonctionnaire du gouvernement, intéressé par une entreprise donnée, ne décidera-t-il pas que certains reportages et commentaires sur les activités de cette entreprise relèvent du sabotage économique?” La coalition de Lugalambi – appelée 'Article 29', du nom de l'article de la constitution de l'Ouganda qui garantit la liberté d'expression – invite plutôt le gouvernement à soutenir les initiatives d'autorégulation.

L'Ouganda a aujourd’hui un nombre plus important de journaux et de chaînes de radio et de télévision que par le passé, et les médias ont constamment exposé la corruption, les atteintes aux droits humains et l'impunité concernant les grands politiciens. Le pays se vantait d'une presse dynamique indépendante dans les premières années du président Yoweri Museveni – il a pris le pouvoir en 1986 -, mais avec l'opposition croissante à son régime, ces jours pourraient être en train de toucher à leur fin, déclare Dr Livingstone Sewanyana, directeur exécutif de la Fondation pour l'initiative des droits humains.

Le cas de Kalundi Serumaga, l'hôte du talk show “Spectrum”, à qui on a retiré l'antenne de 'Radio One' sur ordre du Conseil supérieur de l’audiovisuel, est un exemple. Il était accusé d'avoir insulté le président lors d’une émission d’actualité sur WBS TV dénommée “Kibazo on Friday” où il passait comme invité.

Jjuuko affirme que l'absence de mécanismes de responsabilité publique au sein du Conseil supérieur de l’audiovisuel a étouffé la culture de la discussion ouverte sur les affaires publiques à la radio.

Il se demande: Pour qui le Conseil supérieur de l’audiovisuel travaille-t-il? “Je pense qu'il est obligé de vouloir apaiser l'autorité de nomination qui, dans ce cas, sera le gouvernement”.

Mais Princess Kabakumba Labwoni Matsiko, ministre ougandaise de l'Information, soutient qu'elle mettra le projet de loi à exécution.

“Les libertés vont avec des responsabilités. Voulez-vous des médias qui ne respectent pas les règles? Ce que nous proposons, c’est de créer des médias responsables et les Ougandais auront la chance de contribuer lorsque [le projet de loi] sera finalement soumis au parlement”.

La ministre a déclaré au cours d'une conférence de presse panafricaine à Nairobi, le 19 mars, qu’on a trop abusé de la liberté des médias en Ouganda et qu’il faut des lois pour la remettre sur la bonne voie.

“Ils écrivent [sur] tout. Ils dessinent des caricatures du président et parfois de la pornographie, comme dans le tabloïd Red Pepper”, affirme Kabakumba.

Les militants pour la liberté des médias disent que le gouvernement veut obtenir le pouvoir de priver, de révoquer ou de refuser de renouveler à volonté les licences de presse sans recourir aux tribunaux. 'Article 29' a réuni plusieurs organes de presse, y compris l'Association des journalistes de l’Ouganda, pour résister à d’autres atteintes à la liberté des médias.

Du point de vue commercial, les propriétaires de journaux craignent également que les amendements proposés bloquent l’investissement étranger dans le secteur de l'édition; l'inscription annuelle introduit un élément d'incertitude dans tout investissement. Actuellement, les journaux et les magazines sont tenus par la loi de s'inscrire juste une seule fois au Bureau général de la poste.