KINSHASA, 24 mars (IPS) – Les petits bouchers de Kinshasa, la capitale congolaise, affirment qu’ils ont besoin d’un abattoir moderne équipé d’un incinérateur pour détruire les déchets d’animaux abattus et d’une chambre froide pour conserver les viandes invendues.
Ces équipements modernes, soulignent les vétérinaires, permettraient aux bouchers de fournir une viande de meilleure qualité à la population et protégeraient l’environnement par une bonne gestion des déchets venant des entrailles des animaux abattus.
«Jusque là, les déchets sont simplement jetés à travers les canaux qui les acheminent vers le fleuve Congo, ce qui pollue aussi les eaux et la nature tout entière. Mais il arrive que d’autres quantités de ces déchets stagnent et génèrent des odeurs nuisibles pour la population voisine», indique Françoise Makenga Lukalu, gérante et médecin vétérinaire au sein de l’unique de l’abattoir de Kinshasa, situé dans la commune de Masina. «La gestion de ces déchets pose réellement problème depuis pas mal d’années. Nous n’avons pas de moyens modernes pour les détruire. Leurs dépôts, qui produisent de très mauvaises odeurs, dérangent réellement la population et l’exposent à des problèmes de santé», déclare Lukalu, ajoutant que «le même problème se pose pour ce qui est des viandes déclarées impropres à la consommation». En effet, «lorsque nous enfouissons ces viandes dans le sol, il arrive que les populations pauvres viennent les déterrer pour aller les consommer. De même, lorsque nous les jetons dans les poubelles, elles pourrissent et reproduisent des odeurs encore plus gênantes, polluant l’environnement», explique-t-elle à IPS.
«A 200 mètres où se trouve notre maison, nous sommes souvent obligés d’asperger des produits désodorisants pour lutter contre les odeurs venant de l’abattoir. Nous sommes les seuls… à nous mobiliser pour vider les canaux et égouts de l’abattoir lorsqu’ils sont pleins, à la place des travailleurs de l’abattoir», affirme Nelly Makutu, une habitante de Masina.
«L’autorité doit prendre conscience que la population est exposée à des maladies à cause de ces odeurs venant des déchets d’animaux abattus et qu’elle respire au quotidien ainsi qu’à cause de la pollution des eaux du fleuve Congo où coulent d’énormes quantités de ces déchets», a déclaré à IPS, Sapro Lutumba, président des petits bouchers et vendeurs de viande à Masina.
Selon Lutumba, «les conditions d’abattage d’animaux dans toute la ville de Kinshasa ne garantissent pas la bonne qualité de la viande et mettent en danger la santé de la population». «A Masina et dans les marchés où sont abattus les animaux pour la consommation, les déchets stagnent dans des conduits mal curés et rajoutent à l’insalubrité de la ville. En plus, les animaux sont abattus sans examen préalable de leur état de santé par un médecin vétérinaire», affirme-t-il.
Pacifique Cirha, un médecin de Kinshasa, explique à IPS : «Les conséquences de ces odeurs et de ces viandes, dont la qualité n’est pas garantie sur la santé de la population, sont évidentes. Elles peuvent être à la base des pneumonies, des diarrhées, du choléra et d’autres maladies dites des mains sales, notamment à cause des mouches qui quittent les déchets pour aller se poser sur les denrées alimentaires vendues dans les environs ou même qui se déposent sur les ustensiles de cuisine dans les maisons voisines».
Lors de l’inauguration d’une partie réfectionnée de l’abattoir de Masina, le 16 mars, Norbert Katintima Bashengezi, ministre de l’Agriculture, Pêche et Elevage, a déclaré avoir «entendu les cris des abatteurs (bouchers)», puis promis de «terminer la réfection de l’abattoir, de le doter d’un incinérateur des déchets ainsi que d’une modeste chambre froide pour permettre la protection des viandes invendues». Le ministre a indiqué à IPS que «la réhabilitation, même en partie de cet abattoir, a déjà coûté plus de 400.000 dollars US», que «l’incinérateur déjà acheté attend d’être installé dans les jours qui viennent» et qu’une «petite chambre froide attendra encore un peu avant d’être mise à la disposition des vendeurs de viande».
«C’est vrai qu’un incinérateur a déjà été acheté. Mais à ce jour, une partie seulement de la machine a été installée sur le site de l’abattoir. Nous espérons que l’autre partie n’attendra pas longtemps avant d’être installée puisque la population avoisinante est la seule à souffrir de cette carence des matériels appropriés pour la destruction des déchets», souligne Lukalu. Au-delà de ce renouvellement de l’outil de travail pour les bouchers et vendeurs de viande, Sophie Kabungu, travailleuse de l’abattoir, estime qu’un «des grands mérites de cette réhabilitation est la construction des installations hygiéniques qui faisaient défaut depuis de longues années, contraignant les agents et vendeurs à recourir à la brousse ou aux habitations voisines pour se soulager».
L’abattoir de Masina a été partiellement réhabilité par la Société des techniques modernes, une entreprise locale, avec l’appui financier de la Banque mondiale dont les fonds ont été gérés par le Bureau central de coordination, une agence d’exécution créée par le gouvernement congolais et la banque.

