MALAWI: Les communautés rurales s’occupent ensemble des orphelins

LILONGWE, 23 mars (IPS) – A l'âge de 66 ans, Kamwala, un chef de village dans le district de Dedza, dans le centre du Malawi, commence à ressentir les effets de la vieillesse. Il se fatigue facilement et a besoin de siestes fréquentes, mais il dit ne pas pouvoir se permettre ce luxe. Sa femme et lui sont des fournisseurs de soins à un orphelin d’un an.

Bien qu'ayant ses propres enfants, au nombre de dix, qui ont entre huit et 34 ans, ce chef de village a accueilli trois orphelins âgés de moins de huit ans au cours des cinq dernières années.

“Je n'ai pas d’autre choix que de prendre ces enfants sous mon aile. Ils ont perdu leurs deux parents, et je ne peux pas les laisser errer dans le village, sans soins parentaux”, a déclaré Kamwala à IPS.

Il n'existe aucun orphelinat dans cette zone, et ainsi les familles ont eu recours à l'intégration des orphelins dans les ménages. Cela est devenu une pratique courante dans les régions rurales du Malawi, en raison d'un sens très élevé des valeurs communautaires.

Les familles élargies choisissent de vivre les unes près des autres, et les voisins, même s'ils ne sont pas liés, s'entraident. Il existe également une croyance générale selon laquelle les enfants n'appartiennent pas seulement à leurs parents, mais sont également à la charge de tout le village.

Le Malawi a presque un million d'orphelins, qui ont perdu un parent ou les deux, selon les statistiques de 2009 des Nations Unies. Le recensement général de la population et de l’habitat de 2008 au Malawi évalue le nombre d'orphelins un peu à la baisse, 837.300, avec la quasi-totalité d'entre eux, 714.741, vivant dans les zones rurales.

Plus d'un demi million d'enfants ont été rendus orphelins par le SIDA au Malawi, selon ActionAid, une organisation internationale à but non lucratif.

Kamwala a confirmé qu'il y a beaucoup de décès dans son village en raison de maladies liées au SIDA, qui laissent un grand nombre d'enfants sans membres de la famille, même sans parents au sens large.

“Admettre des orphelins est devenu maintenant une norme pour les familles partout dans le village. Il importe peu de savoir s’ils leur sont liés ou pas. J'ai adopté trois enfants pour donner l'exemple”, a-t-il expliqué.

Les villageois se relaient dans la surveillance des enfants. Dans tout le village, de petits groupes d'enfants se réunissent sous des arbres ou s’assoient dans des abris de chaume où ils se rencontrent pour jouer, partager des repas ou écouter des contes populaires racontés par les aînés du village.

Georgina Kagwa, un chômeur de 28 ans, se porte volontaire dans cette initiative communautaire. “J'apprends à lire et à écrire aux enfants pendant qu’ils se rassemblent dans des groupes de jeu. Nous nous assurons également que tout enfant commence l'école primaire quand il a six ans”, a-t-elle déclaré.

Kagwa et des collègues volontaires identifient également les familles qui peuvent fournir des maisons pour les orphelins et surveiller leur bien-être. “Nous tenons des réunions de village pour nous assurer que tous les orphelins sont bien traités”, a expliqué Kagwa.

L’initiative des orphelins du village est un développement apprécié dans un pays où jusqu'à 65 pour cent des 13,1 millions d'habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté de moins d'un dollar par jour, selon les statistiques gouvernementales.

Les habitants du village de Kamwala considèrent leurs efforts comme un complément de la Politique de développement de la petite enfance (DPE). Cette politique a été développée en 2003 par le ministère du Genre, de la Protection de l'Enfance et des Services communautaires pour encourager les communautés locales à aider le gouvernement dans la fourniture des projets communautaires et de puériculture.

Près de 400 centres communautaires de puériculture (CBCC) ont été créés à travers le pays au cours des deux dernières années, pourvoyant aux besoins de 400.000 orphelins, indiquent les statistiques 2010 du ministère. En outre, le ministère a élaboré un ensemble de modules de formation sur les pratiques de puériculture pour les fonctionnaires de l’administration municipale et provinciale, les agents sociaux bénévoles et les parents adoptifs.

Les CBCC visent à intégrer les enfants orphelins et non orphelins pour réduire la discrimination et la stigmatisation des orphelins.

Joyce Banda, la vice-présidente du pays, fait pression pour davantage de ressources à l'intérieur et à l'extérieur du Malawi afin d'améliorer la vie des orphelins et autres enfants vulnérables. Le ministère du Genre, de la Protection de l'Enfance et des Services communautaires ne révèle pas quelle proportion de son budget est allouée à la puériculture, mais les experts sociaux estiment que plus de deux tiers du budget pour la puériculture est fourni par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Mphunda, un chef de village de 49 ans, également du district de Dedza, a aussi créé des centres dans son village où des enfants – orphelins et non orphelins à la fois – apprennent, jouent et reçoivent des soins de santé.

“Chaque enfant est traité équitablement. Avant que nous ne commencions cette initiative, la plupart des orphelins étaient affamés et pauvres. Nous avons été maintenant formés par le gouvernement, et nous savons comment mieux mettre en œuvre les projets”, a dit Mphunda à IPS. “Nous savons aussi comment rendre le projet durable en travaillant conjointement au lieu que chaque famille opère dans l'isolement”.

Il a affirmé que les villageois font don de vivres, comme des graines de soja, la farine de maïs, des légumes et de la viande, afin que le personnel du centre puisse préparer des repas pour les enfants: “Nous nous assurons également que les ménages très pauvres qui gardent des orphelins reçoivent des vêtements destinés aux enfants”.