WINDHOEK, 24 mars (IPS) – “A la maison, nous avons un bar”, affirme David Bravo*, 14 ans, élève en classe de sixième. “Lorsque ma mère met la musique, je n’arrive plus à me concentrer sur mon travail de classe. Parfois, au milieu de la nuit, je m’assois simplement là et je regarde les gens”.
Bravo est l'un des apprenants qui suivent le programme postscolaire de l’organisation 'Aids Care Trust (ACT)' dans la banlieue de Katutura, près de Windhoek. Ce projet aide les enfants infectés ou affectées par le VIH. Mais Bravo déteste de parler de cela. “Je ne veux pas savoir si ma mère a le SIDA”.
Il secoue la tête et se lance plutôt dans un récit édifiant qu’il a appris pendant les cours sur les compétences vitales, faisant partie du programme.
“Il existe plusieurs façons d’attraper le SIDA. Si vous avez des rapports sexuels non protégés, touchez à la plaie d'un frère, ou même si vous embrassez quelqu'un pendant plus de cinq minutes”, dit-il. “C'est vraiment une mauvaise maladie. Les personnes atteintes du SIDA devraient le garder pour eux-mêmes”.
A l'intérieur de la salle communautaire faiblement éclairée qui abrite le projet, quelque 150 enfants sont penchés sur leurs livres sur des tables dispersées dans l’amphithéâtre. Il existe des groupes d'apprenants sur le balcon et même sur l’estrade principale. Le bleu vif de leurs uniformes scolaires contraste nettement avec le linoléum gris des sols et l'aspect délavé des panneaux en bois sur les murs.
Pour la plupart, c'est la seule occasion de faire leur travail de classe. Comme Bravo, plusieurs apprenants sont en retard de plusieurs niveaux.
“La plupart des parents qui sont infectés par le VIH sont trop malades pour subvenir aux besoins de leurs enfants. Ils ne les encouragent pas à bien travailler à l'école. Ils n’ont pas souvent d'argent pour acheter des livres, des uniformes ou même la nourriture”, explique Frans Sakaria, le superviseur. “Pour les enfants qui sont séropositifs, l'école peut être un endroit difficile parce que les enseignants ne sont pas sensibles à leur situation; ils ne surveillent pas leur langage”.
Ce programme postscolaire – le seul dans la région à pourvoir aux besoins des écoliers du primaire – a commencé en 2008 avec 45 enfants et il est prêt à avoir 300 enfants d'ici à la fin de 2010. Mais les défis sont énormes.
“Juste la location des bus (pour transporter les enfants) auprès de la municipalité coûte 30.000 dollars namibiens (4.000 dollars) par mois, soit deux tiers de du coût total du programme”, souligne Loide Velishavo, coordinateur du programme des jeunes de l’ACT.
En attendant, l'aide du ministère de la Santé, des services sociaux et de la municipalité fait défaut.
“Nous avions l’habitude de préparer le déjeuner des enfants dans les locaux du ministère, mais ils ne veulent plus payer pour l'électricité”, déclare Tuisnerde Jonathan, directeur de la nutrition. “Alors, nous sommes obligés d’aller faire la cuisine dans la maison de quelqu'un maintenant. Malgré cela, le programme constitue un refuge sûr pour les enfants.
“Je suis contente d’être ici où je ne suis pas battue”, apprécie Fransesca Boois*, 13 ans. “Ils nous aident aussi à faire nos devoirs de maison et nous nourrissent”.
Après sa première leçon sur les compétences vitales, il y a environ deux semaines, elle sait qu'elle 'ne devrait pas boire, fumer ou avoir de petits amis à son âge'. Boois et ses sœurs vivent dans un orphelinat, après être retirés de la garde de leur violent de père.
Elle a vu sa mère une seule fois après avoir quitté la maison pour aller vivre et travailler à Windhoek, la capitale du pays.
“C’était en 2006, au cours des obsèques de ma grand-mère”, se souvient-elle. “Maman avait des plaies sur les mains, mais elle ne (nous) a jamais dit ce qui n'allait pas. Ce n'est qu'après sa mort, un an plus tard, que notre tante nous a informés que c'était le SIDA”.
Après un long silence, elle poursuit: “J'espère seulement que je ne souffrirai pas de cette maladie”.
Maria Moses*, 15 ans, n'a pas le même espoir. Il y a quatre ans, on a découvert qu’elle était séropositive. “Je parcours maintenant, souvent à pied, les dix kilomètres pour me rendre à l'hôpital et chercher mes médicaments. Ces jours-là, je manque les cours”, raconte-t-elle à IPS.
L’école n’est pas ce que Moses attend avec impatience. “Je dois marcher pendant une heure et demie pour arriver là-bas et si je ne fais pas mes devoirs de maison, le maître me frappe. Alors, je suis contente que le programme nous aide dans nos études et paie même nos frais de scolarité. Ils se souviennent des moments où nous devons prendre nos médicaments et ils nous sont loyaux. Je me sens acceptée”.
Tous les jeudis, les enfants reçoivent de Katrina Jonas des leçons sur les compétences vitales. “Le SIDA est un sujet très vaste et complexe et nous ne voulons pas embrouiller les enfants, ni isoler ceux qui sont infectés. Mais nous leur enseignons l'importance d’être propre, de faire leurs devoirs de maison, de faire du sport et de s'abstenir d'alcool. A chacun d’eux séparément, nous donnons des conseils. Beaucoup d'enfants se débattent contre les questions se rapportant à la maladie et quelques-uns obtiennent des réponses à la maison”.
Velishavo explique quelques-unes des réponses que les enfants obtiennent quand ils posent des questions sur le VIH/SIDA: “Un tuteur dira par exemple: 'Ce n'est pas moi qui ai tué tes parents. Va sur la tombe de ta mère pour lui demander'”.
Pour bon nombre d'enfants séropositifs, la maladie les empêche de nouer des relations avec leurs pairs, souligne-t-elle. “Si vous (leur) demandez pourquoi, ils répondent toujours: 'Parce que je suis mort'”, rapporte Velishavo.
Michael Shindeba*, 11 ans, sait comment cacher son statut. “Je joue bien avec mes amis mais…c’est parce qu'ils ne savent pas”. Ses mots s’estompent dans un chuchotement inaudible. Shindeba est séropositif. Il a découvert son statut il y a trois ans, lorsqu’il avait huit ans. Il vit avec sa mère dans une cabane en tôle ondulée, sans eau courante ni électricité. Et ses rêves de devenir médecin demeurent intacts, même après le diagnostic.
“Le programme est le meilleur endroit pour étudier, j'étudie toujours”, déclare-t-il avec un sérieux qui défie son âge. “Mais nous nous amusons beaucoup aussi; alors, je ne ressens rien par rapport à la maladie”.
*Tous les noms d’apprenants ont été modifiés

