BUKAVU, 23 mars (IPS) – Les Chinois font de la construction des routes une de leurs spécialités en République démocratique du Congo (RDC), désenclavant peu à peu des régions isolées. Les habitants de ces zones se réjouissent du redémarrage économique qu'elles rendent possible.
Mais, ils sont peu regardants sur la qualité du travail effectué et son coût final pour le pays. Les entreprises chinoises qui construisent des routes sont présentes partout en RDC, en ville comme dans les campagnes. C'est le cas au Sud-Kivu où, aidées par un imposant matériel, elles sont en train de remettre en état des dizaines de kilomètres de routes asphaltées ou en terre.
À la sortie de Bukavu, les Chinois réhabilitent actuellement les 35 km de la route menant de la principale ville du Sud-Kivu à l’aéroport de Kavumu. Aujourd’hui, alors que les travaux exécutés par la Compagnie nationale chinoise des ponts et chaussées (CNCPC) ne sont pas encore achevés, il ne faut plus qu'une heure au lieu de deux heures et demie pour les parcourir. Mais, beaucoup de gens pensent que cette route se dégradera vite. Julio Bisimwa, un habitant de Kabare où passe cette route, affirme : “C’est du saupoudrage. Il n’y a que de la latérite et une couche d’un centimètre de goudron. On n’y roulera que le temps de la vie d’une fleur”. Et il ajoute : “La faute n’est pas aux Chinois. C’est nous et nos décideurs qui ne voyons pas que c’est de la terre qu’on nous met sur la chaussée”. Toutefois, indique un analyste, les clauses du contrat sont respectées : “Le Chinois est pragmatique, il vous construit votre route au prorata de l’argent que vous lui donnez. Vous voulez un kilomètre à un million de dollars, il vous l’offre. À dix fois moins, il vous la construit gentiment tout en vous laissant en supporter vous-mêmes les conséquences”. La CNCPC réhabilite aussi des voies urbaines dans certaines communes de Bukavu comme à Bagira ainsi que 125 km de route entre Uvira et Fizi, via Baraka. En RDC, vaste comme l’Europe occidentale, le chantier est immense : la plupart des routes ne sont plus carrossables ou très difficilement, ce qui bloque les échanges et empêche la commercialisation des produits agricoles. Au Sud-Kivu, les produits sont le plus souvent acheminés au marché sur le dos de pauvres femmes croulant sous des charges plus lourdes qu'elles. Quand la chaussée en terre battue n’est pas glissante, des vélos peuvent parfois les transporter vers des marchés lointains. “On peut produire plus de manioc, de fruits, d'arachide, de maïs”, assure le chef de village de Ngolole Mango, dans le groupement Basitabyale. “Mais, il n'y a pas de routes pour acheminer notre production et dans l'autre sens, nous restons des mois et des mois sans recevoir de produits de première nécessité”.
Des routes à n'importe quel prix Quand la circulation reprend, la vie change. C'est le cas le long de la route Bukavu-Kasongo dans le Maniema, construite par les Chinois sur un financement de la Banque mondiale, dont 200 des 496 km ont été réalisés. Les habitants des villages et localités riverains du tronçon, qui n’ont plus vu de véhicules depuis des années, se frottent les mains. “Il y a deux ans, il fallait trois à quatre semaines pour atteindre difficilement la cité de Kamituga, à plus de 180 km de Bukavu. La même distance est parcourue aujourd’hui en quatre heures”, s’émerveille Kipara Bahati, un motocycliste habitant Mwenga. Toutefois, construite en terre battue, cette route s'abîme vite et, à peine finie, elle a déjà dû être réparée par endroits. À terme, elle devrait aller jusqu'à Kinshasa, à 2.000 km de la capitale du Sud-Kivu, en passant par Mbuji Mayi (Kasaï). Des centaines de kilomètres de routes en terre battue doivent aussi être construits dans les Kasaï, au Katanga, dans la Province orientale et au Bas-Congo. Pour les Congolais de ces régions, l'arrivée des routes des Chinois est une bénédiction et est synonyme de re-décollage économique. Certes, ces routes coûtent cher puisque les Chinois ont obtenu de vastes concessions minières à long terme en échange de leur construction, mais elles rendent de grands services aux populations trop longtemps isolées et permettent au gouvernement d'honorer sa promesse d'un des cinq grands chantiers promis.
Sur le prêt de neuf milliards de dollars accordé par la Chine à la RDC, une grande partie doit financer des projets d'infrastructures réalisés par des entreprises chinoises dont 2.740 km de routes et 3.200 km de voies ferrées. En échange, la Chine accède à 10,2 millions de tonnes de cuivre et 626.000 tonnes de réserves de cobalt qui lui rapporteront, selon les députés de l'opposition, quelque 80 milliards de dollars. *(Baudry Aluma est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).

