GOMA, 11 mars (IPS) – Attirés par les activités commerciales de Goma, la principale ville du Nord-Kivu, de jeunes Rwandais traversent chaque matin la frontière qui sépare leur pays de la République démocratique du Congo (RDC) pour tenter d'y gagner de quoi se nourrir.
Ces jeunes Rwandais s’ajoutent ainsi aux enfants de rue congolais que les autorités locales et organisations non gouvernementales (ONG) ont bien du mal à prendre en charge. Très tôt le matin, des enfants rwandais se faufilent entre les maisons qui s'enchevêtrent le long de la frontière entre Gisenyi au Rwanda et Goma en RDC. Ils évitent ainsi les formalités douanières qui commencent à 7 heures locales et arrivent dans la ville congolaise qui est un grand carrefour commercial du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC, où ils espèrent trouver de quoi assurer leurs repas quotidiens. “Nous avons commencé à constater le passage régulier des enfants de rue rwandais vers la ville de Goma l’année passée, avec le renforcement des liens entre les deux pays et la libre circulation des biens et des personnes. Il nous est difficile de contrôler leurs mouvements, à l’entrée comme à la sortie, car peu sont ceux qui empruntent les voies autorisées”, indique André Masumbuko, un agent du service des migrations à la frontière congolaise.
Petits boulots Commerçants, transporteurs, porteurs et enfants de la rue tous trouvent leurs comptes dans cette ville congolaise. Chaque jour, elle accueille un flux important de véhicules venus du port de Mombasa au Kenya et de Dar-es-Salaam en Tanzanie, avec des marchandises importées de divers continents. C’est aussi à Goma, principalement dans les dépôts du quartier de Birere, que sont déchargés les produits vivriers et manufacturés en provenance du nord de la RDC et des villages voisins. Des biens qui seront ensuite acheminés vers les différents marchés du pays, du Rwanda et du Burundi voisins. “Ici à Goma, au moins nous trouvons à manger et nous rentrons à Gisenyi, au Rwanda, le soir avec un petit quelque chose grâce aux petits boulots que nous faisons. Chez nous, il y a moins d’activités commerciales, les porteurs s’arrachent les colis entre eux et nous repoussent. Ils nous disent que ce n’est pas notre boulot”, déclare Buregeya, 11 ans, enfant de rue rwandais. Les plus âgés lavent des voitures et des motos, transportent des colis… “Après un service, les gens nous donnent 100 ou 200 francs congolais (FC, environ de 0,10 à 0,22 dollar). C’est avec ça qu’on se débrouille”, affirme Kazungu, âgé de 10 ans. Les plus jeunes, moins forts, abordent les passants, le regard implorant, miné par la faim. Si vous feignez de ne pas les voir, ils vous poursuivent avec leurs jérémiades : “j’ai faim papa, j’ai faim…” Les enfants rwandais et congolais se confondent, ils sont habillés de la même façon et connaissent bien le swahili (la langue la plus parlée à Goma). “Nous les reconnaissons seulement lorsqu’ils parlent entre eux en kinyarwanda (la langue rwandaise)”, témoigne Alphonsine Masika, une commerçante propriétaire d’un dépôt de vivres et produits manufacturés. Freiner l’afflux Le commandant de la police urbaine explique : “L’afflux des enfants rwandais est venu empirer la situation déjà précaire des enfants de rue de la ville”. Deux centres d’hébergement prennent en charge depuis quelques années les enfants de rue congolais : le centre CAJED (Concert d’action pour jeunes et enfants défavorisés) situé à cinq kilomètres du centre-ville et le Centre Don Bosco, proche de Goma, appartenant aux missionnaires salésiens. Mais faute de moyens suffisants, ces centres sont souvent abandonnés à eux-mêmes. “En 2009, avec nos petits moyens, nous n’avons pu accueillir que 125 locataires”, confie frère Mario, responsable du Centre Don Bosco. La ville y va aussi de ses initiatives. “L’année passée, avec le concours de la police urbaine, j’avais déplacé un bon nombre d’enfants de la rue vers un centre que nous avions installé à Mushaki, un village situé à 35 km de la ville, mais les ONG et certains organismes internationaux qui nous avaient promis leur concours n’ont pas respecté leurs promesses”, explique le maire de Goma, Rachidi Tumbula. “Lorsqu’il y a eu coupure brusque de l’assistance en vivres, ces enfants ont regagné Goma”. Selon les organisations de défense des droits de l’Homme, qui œuvrent dans la province du Nord-Kivu, le gouvernement congolais, avec l’aide des organismes internationaux et les ONG locales, devraient tout d’abord freiner l’arrivée des enfants, en collaboration avec le gouvernement rwandais, et ensuite récupérer ceux de Goma pour les initier à des métiers. “La tâche n’est pas des moindres, mais avec la bonne volonté et des efforts conjoints, on peut aboutir au résultat escompté”, estime Maundu Djeton, activiste des droits humains et président urbain de la société civile du Nord-Kivu.
*(Désiré Bigega est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).

