RD CONGO: Accès impossible au marché pour les producteurs agricoles de Kasongo

KASONGO, RD Congo, 20 fév (IPS) – Des producteurs de riz et d’huile de palme de Kasongo affirment qu’ils «ne peuvent pas accéder au marché à cause du mauvais état des routes reliant leur localité aux autres parties du Maniema», une province de l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Ces producteurs déclarent à IPS qu’ils sont également confrontés aux «difficultés de navigation entre Kasongo et Kindu», deux principales subdivisions administratives de cette province.

L’un des producteurs, Idi Kalume, explique qu’en «temps normal, il n’y a aucun camionneur qui accepte de venir embarquer les récoltes pour les acheminer vers la cité», ajoutant que «la situation est plus compliquée lorsqu’il pleut car les routes sont en terre, boueuses et parsemées de grandes flaques d’eaux stagnantes».

Kalume, qui produit environ 500 kilos de riz par saison, dit que de temps en temps, il «est obligé de prendre 20 à 30 kilogrammes de riz sur la tête pour aller les vendre à 50 ou 60 kilomètres, pendant que plus de 400 kilos traînent dans les champs faute de moyens de les évacuer vers le marché». La saison de culture du riz varie de trois à quatre mois, et l’essentiel de sa production est consommée dans sa famille, a-t-il ajouté. Un autre producteur, Mohamed Kilô, a indiqué à IPS que «même pour traverser le fleuve Congo entre Kasongo et Kindu, il faut monter à bord de pirogues artificiellement construites en bois et dont personne ne peut s’assurer de la solidité». Ensuite, indique-t-il, «ces pirogues, généralement de petite taille, ne peuvent pas transporter de grandes quantités de produits».

Construites sous forme de creux dans des troncs de gros arbres abattus dans la forêt, les pirogues servent à faire voyager les gens entre les deux rives du Maniema (la province est divisée en deux par un bras du fleuve Congo). Elles transportent aussi quelques vivres venant d’une rive pour une autre, et mesurent entre six et 10 mètres de long, sur seulement 50 à 70 centimètres de large. Pour sa part, se plaignant un peu d’être «abandonnée à elle-même», Maria Masudi, une productrice de riz, a déclaré également à IPS que «les hommes, eux, peuvent transporter des kilos de riz sur leurs têtes pour atteindre la pirogue avant d’aller les vendre à Kindu. Mais moi, je ne peux pas faire tout ce trajet. Il est très long et l’arrivée à Kindu n’est pas certaine». Elle produit entre 300 et 350 kilos de riz par saison. «Voilà toutes les raisons qui font que le riz coûte deux à trois fois plus cher entre Kasongo et Kindu», selon Germain Musombo, défenseur des droits de l’Homme au sein de l’ONG 'Maniema libertés', pour qui «il y a d’énormes quantités de riz et d’huile de palme qui traînent dans les champs et les palmeraies du fait que les producteurs ne disposent d’aucun moyen pour les acheminer vers leurs consommateurs».

Les producteurs estiment qu’ils sont environ 100 à produire artisanalement à Kasongo entre 300 et 700 kilos de riz chacun, et faute de routes de desserte, presque tous terminent leurs productions dans la consommation, le troc et dans le déversement des reliquats dans les champs. De son côté, Faraja Wasso, une productrice de palmier à huile, estime que c’est «par manque de moyen de l’évacuer que le mois passé, j’ai déversé un fût de 200 litres d’huile de palme dans mon champ puisqu’à la suite de sa mauvaise et longue conservation, l’huile commençait à s’abîmer. La quantité déversée constituait ma production de toute la saison».

Selon Faraja, «personne ne peut estimer avec précision les quantités d’huile de palme et de riz régulièrement détruites à Kasongo à cause des difficultés d’accès au marché». Elle estime que «l’absence des statistiques officielles à cause de la quasi-inexistence de l’administration publique au Maniema, comme dans le reste du pays, est inacceptable car c’est ce service qui peut aider les autorités à prendre connaissance de l’urgence des voies de desserte agricole au Maniema où le prix élevé des produits agricoles n’est pas dû à la pénurie de la production».

Le nombre de producteurs d’huile n’est pas connu avec exactitude, puisque la plupart des palmeraies sont des concessions où habitent en même temps leurs propriétaires. Le plus grand producteur d’huile de palme avoisinerait trois à cinq fûts de 200 litres chacun, selon Faraja, une ancienne enseignante d’école primaire.

«Lorsqu’un producteur est obligé de marcher pendant des heures avec quelques kilos de riz sur sa tête ou sur sa moto, il est obligé de le vendre cher pour compenser son effort, son carburant et pour pouvoir aussi s’acheter des produits manufacturés auxquels il n’a généralement pas accès facile au village, tels le savon, les habits, les chaussures…», affirme Martine Kitoga, une revendeuse de riz qui l’achète en gros chez les producteurs pour le vendre au détail au marché central de Kindu.

«Les autorités provinciales prennent de plus en plus conscience de cet état de choses», selon Hubert Kishabongo, président de l’Assemblée provinciale qui souligne que «la province de Maniema est enclavée. Elle n’est accessible que par avion. Toutes les routes qui la reliaient à d’autres provinces sont totalement impraticables à ce jour», explique-t-il à IPS. Plus rassurant encore, Kishabongo ajoute que «dans le cadre des cinq chantiers de la République, les routes et les voies de navigation seront très bientôt réhabilitées pour permettre la relance du trafic avec le reste du pays. Il s’agit d’un vaste projet gouvernemental qui sera aussi exécuté au Maniema».

Les «cinq chantiers de la République» sont contenus dans le programme politique de Joseph Kabila, président de la RDC, et ont été lancés en 2007. Ce programme prévoit la reconstruction et l’amélioration «des infrastructures routières, de la santé, de l’éducation, d’eau et d’électricité, des logements, et de l’emploi» à travers tout le pays.

Selon Kishabongo, «la réhabilitation de la voie ferroviaire entre Kindu et Kalemie – une localité de la province du Katanga dans le sud-est de la RDC – devient une priorité afin de désenclaver en partie la province et de l’ouvrir au trafic avec les autres».

Entre-temps, pour relier Kindu à Kalemie, un vieux train, qui date de l’époque coloniale, passe à Kindu une fois tous les deux ou trois mois. Mais la voie elle-même n’offre pas toutes les garanties de sécurité puisqu’elle est en partie détruite, a constaté IPS.