KAMPALA, 19 fév (IPS) – Alors que la Communauté de l'Afrique de l’est (EAC) se dirige progressivement vers une confédération politique, des groupes de défense des droits de la femme des cinq Etats membres font pression en vue d’un protocole d'Afrique de l'est sur le genre et le développement pour combler les fossés entre les sexes dans le processus d'intégration.
Ce protocole, actuellement sous forme de projet, vise à créer des chances égales pour les femmes et aborder les implications du Traité de l’EAC – y compris la formation d'une union douanière, d’un marché commun, d’une union monétaire et de la libre circulation des personnes – à partir d'une perspective liée au genre.
Etabli en novembre 1999, ce groupement régional cherche à approfondir la coopération sociale, économique et politique entre ses cinq Etats membres – l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi. Les membres de l’EAC ont formé une union douanière en 2005 et envisagent de créer un marché commun cette année, une union monétaire d'ici à 2012 et une confédération politique d’ici à 2015.
Bien que le traité reconnaisse le genre comme l'un des fondements de l'intégration de l’EAC, il existe toujours un grand fossé entre les sexes, déclare Marren Akatsa-Bukachi, directrice exécutive de l'Initiative est-africaine d’appui sous-régional pour la promotion de la femme (EASSI), une organisation féminine qui dirige les activités de la société civile dans la rédaction de l’avant-projet du protocole dans les cinq Etats membres.
“L’EAC est en voie de se fédérer dans le domaine de la politique, du commerce et des douanes, mais en termes des droits de l’Homme, ces questions ne sont pas abordées. Et en particulier sur les droits de la femme, il y a beaucoup de disparité entre les pays d'Afrique de l’est. Sur la participation des femmes à la prise de décisions politiques, par exemple, le Rwanda a déjà atteint 56 pour cent de représentation des femmes, l'Ouganda est à 33 pour cent et le Kenya à 18 pour cent.
Réduire les écarts “Cela (cette disparité) nous a motivés à voir si nous pouvions disposer d'un document unitaire qui pourrait être utilisé pour faire pression en vue d’un traitement uniforme des femmes dans tous les cinq pays. Nous voulons que chaque pays soit comme le Rwanda. Tel est notre idéal”, souligne Akatsa-Bukachi. Le protocole veut parvenir à un engagement régional à 50/50 pour cent de représentation des femmes parmi les dirigeants.
Les fossés entre les sexes dans les organes de prise de décisions de l’EAC constituent un autre domaine préoccupant. Le sommet des chefs d'Etat et la Cour de justice d’Afrique de l’est sont dominés par les hommes et bien que le conseil des ministres pour les affaires d’Afrique de l'est soit dirigé par une femme, ses membres restants sont tous des hommes.
“Il est remarquable qu'aucune femme n’a été nommée juge à la Cour de justice de l’EAC malgré l’existence des femmes juges qualifiées dans les pays membres”, regrette Akatsa-Bukachi.
Le protocole vise à régler d'autres questions communes aux Etats membres de l’EAC telles que les violences faites aux femmes, l'autonomisation économique et la sécurité alimentaire. Il mettra également l'accent sur les questions de santé des femmes, des groupes marginalisés – y compris les personnes handicapées, les jeunes et les médias.
Un accord contraignant Une fois approuvé, le protocole deviendra un accord juridique contraignant que tous les Etats membres s'engagent à mettre en œuvre.
“Nos accords contraignants en termes du processus sensible au genre et d'intégration seront liés par les instruments internationaux dont nous sommes tous signataires, mais également par nos politiques nationales sur le genre et nos constitutions. Nous allons travailler dans les cadres qui existent et les améliorer pour répondre aux normes du processus d'intégration de l’EAC”, déclare Lydia Wanyoto, la députée et présidente de la Commission pour le genre et de la Commission des objectifs généraux à l'Assemblée législative d’Afrique de l’est (EALA).
Alors que les pays d'Afrique de l’est traînent en termes d’une législation sensible au genre, Wanyoto a grand espoir que cela n'affectera pas les buts et les objectifs du protocole parce que les politiques sont plus importantes que les lois.
“Les plus grands fossés ne sont pas en réalité dans les lois”, dit-elle. “Les interventions stratégiques de base sur le genre sont vraiment politiques. C'est la politique qui mettra en œuvre ce que vous voulez. Par conséquent, les lois que vous mettez en place visent simplement à permettre à cette politique de faire son travail”.
Intégrer le genre dans l’EAC Wanyoto affirme qu'un audit est nécessaire à toutes les quatre étapes du processus d'intégration de l’EAC pour éviter d’oublier les droits de la femme: “Nous ne voulons pas avoir l'intégration traditionnelle de genre où toutes les choses ont été déjà faites. Par conséquent, à chaque phase, nous faisons un audit sur le genre pour vérifier si nous répondons aux exigences juridiques nationales et internationales de la parité entre les sexes dans le processus d'intégration.
“Nous faisons le contraire et c'est pourquoi nous n’avons pas de bons résultats. Ainsi, à chaque stade, nous devons avoir un audit”, a-t-elle déclaré à IPS.
Partenariats Jusqu'à présent, les gouvernements de tous les cinq Etats partenaires sont favorables au processus de rédaction de l’avant-projet du protocole et s'engagent à garantir des chances égales aux femmes dans tous les secteurs. Ils ont également pris note de la nécessité d'intégrer les questions de genre dans le programme de développement, souligne, au nom du gouvernement ougandais, Alphonse Ojja-Andira, représentant du Protocole de marché commun à l’EAC.
Wanyoto est d’accord: “Le gouvernement ougandais est très sensible. Bien sûr, comme tout les autres gouvernements, il est un peu lent. C'est pourquoi il nous incombe en tant que députés de pousser cela (le protocole) et d’en faire notre priorité. S’il y a la volonté et si les mentalités sont bonnes, il n’y a aucun doute que nous ferons bien les choses. Je ne suis pas uniquement optimiste. J’y travaille. Je suis une militante sur cette question”.
Akatsa-Bukachi reconnaît que le protocole de l’EAC a été inspiré par le Protocole sur le genre et le développement de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui a été approuvé en août 2008.
Wanyoto sent que les pouvoirs législatifs contenus dans l’avant-projet de l’EAC le rendent plus définitif et plus direct que le protocole de la SADC.
Selon Akatsa-Bukachi, l'objectif est d'obtenir l’approbation du protocole de l’EAC pendant la rencontre des chefs d'Etat en novembre prochain.

