BURKINA FASO: Améliorer le système de financement de l’agriculture

OUAGADOUGOU, 22 jan (IPS) – Les mécanismes de financement de l’agriculture ne permettent pas son développement et ne favorisent pas l’autosuffisance alimentaire au Burkina Faso, affirme la plus grande association de producteurs de ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest.

Selon Bassiaka Dao, président de la Confédération des professionnels agricoles du Burkina Faso (CPF), un système de crédit adéquat à l’agriculture devrait venir appuyer les subventions que le gouvernement accorde déjà aux producteurs.

La CPF qui compte neuf fédérations et plus d’un million de membres répartis à travers le Burkina Faso, est la plus grande organisation paysanne du pays.

Au cours des deux dernières campagnes, l'Etat a apporté des semences améliorées et une forte subvention des engrais et de certains équipements, pour permettre aux agriculteurs d’accroître leurs productions. Le gouvernement espérait aussi que ces mesures permettraient aux producteurs d’avoir accès au crédit des banques et des caisses populaires.

«Aujourd’hui, celui qui veut moderniser son agriculture a besoin d’un crédit de long terme, 15 ans pour prendre un tracteur, un équipement complet pour rentabiliser les investissements. Or, on prend le crédit pour payer les intrants en juin et rembourser dès la fin de la campagne au plus tard le 31 janvier», s’insurge Dao.

«Aucune agriculture ne peut se développer sans le soutien du secteur public. Et ce soutien-là, il doit le continuer après la subvention, en mettant en place un certain nombre de services permettant l’accès au crédit pour des organisations professionnelles», souligne-t-il à IPS.

Selon Dao, à défaut d’un système de financement adéquat, les organisations qui prennent des crédits ne travaillent qu’à rembourser les institutions financières en raison du taux d’emprunt élevé dans les banques classiques.

Dao suggère pour le crédit que l’Etat mette en place un fonds de roulement qui permettra aux organisations professionnelles d’accéder au crédit à taux bonifié; aujourd’hui, les banques classiques accordent le crédit aux organisations paysannes à un taux de 12 pour cent, qui est encore frappé d’une TVA (taxe sur la valeur ajoutée) de 18 pour cent.

«Avec le taux bonifié, l’Etat prendrait en charge un certain nombre d’actions comme la TVA, et en dehors de la TVA, arriverait à mettre en place un taux de cinq, six, sept pour cent, ce qui permettrait à la profession agricole d’avoir une assise financière solide», ajoute Dao.

«En fait, depuis plusieurs années, on a attiré l’attention des autorités sur les problèmes du financement du secteur agricole», affirme Emmanuel Nikièma, chargé des questions agricoles au bureau de la Banque mondiale au Burkina Faso.

Par ailleurs, la seule banque agricole du Burkina a été récemment privatisée et reprise par une banque commerciale.

Selon Nikiéma, le statut actuel de la caisse nationale de crédit agricole ne prend pas en compte «les intérêts d’un producteur agricole qui n’a pas de garantie, qui a des besoins réels, et qui doit développer des activités dans un domaine où il y a beaucoup d’aléas».

«Il y a eu cette évolution de la caisse nationale de crédit agricole qui devait appuyer le secteur agricole, mais son statut fait qu’elle doit répondre aux exigences du système bancaire, et ce n’est pas toujours facile de lier cette vie de banque commerciale avec celle de banque agricole», explique Nikièma.

Selon Nikièma, le banquier ne veut pas prendre des risques car les producteurs travaillent dans un domaine aléatoire qui dépend des pluies. «La question de l'accès au crédit a toujours été une doléance forte des producteurs. Cet accès au crédit devrait faciliter l'accès aux équipements agricoles et aux intrants comme les semences, les engrais et les pesticides», admet Robert Ouédraogo, le directeur des productions végétales au ministère burkinabé de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques.

«Un système de crédit assorti de faible taux d'intérêt permettrait sans nul doute d'accroître l'efficacité du soutien gouvernemental à l'effort de production», ajoute Ouédraogo.

Sans cette aide financière, les agriculteurs craignent un échec des mesures du gouvernement visant à accroître la production agricole et à réaliser la sécurité alimentaire en distribuant seulement des engrais et des semences améliorées. Pour la saison agricole 2009-2010, près de 7.300 tonnes de semences ont été distribuées dans les 351 communes du Burkina et 1.824 tonnes d’engrais ont été subventionnées à hauteur de 50 pour cent pour les cultures de riz et du maïs. Une année plus tôt, des subventions de 50 pour cent avaient été accordées aux producteurs qui voulaient acquérir des machines.

Selon Dao, si certaines branches du secteur agricole peuvent trouver leur compte dans ces subventions, les petits producteurs, qui sont les plus nombreux, ne peuvent pas prétendre au crédit. Pour la même saison, par exemple, malgré la subvention de 50 pour cent, l’engrais NPK et l’urée qui coûtaient respectivement 16.000 francs CFA et 16.500 FCFA (environ 35,5 dollars et 36,6 dollars), restent inaccessibles pour la majorité des petits producteurs.

«Or, tant que ces petits producteurs, plus nombreux, ne pourront pas améliorer leur situation, cela tirera les efforts (de l’ensemble) vers le bas», prévient Dao.

Par ailleurs, affirme Dao, «en distribuant aux plus vulnérables, il n’y a pas de suivi car les plus vulnérables qui reçoivent les semences, ne font que les faire passer à la casserole» en les consommant simplement. «Donner les semences aux plus vulnérables signifie que le gouvernement puisse mettre en place un certain nombre de services, c'est-à-dire, dans un premier temps, un service d’accès au crédit adapté aux conditions de production. Car aujourd’hui, rien ne sert de donner des semences améliorées à quelqu’un qui n’aura pas accès aux engrais», explique Dao.