SUD-SOUDAN: La tension monte pendant que l’accord de paix marque l’anniversaire

JUBA, Sud-Soudan, 21 jan (IPS) – Le Soudan est à la croisée des chemins. Son avenir s'annonce sombre. “Seul un miracle peut le sauver de la désintégration. Les signes sont déjà sur le mur”, déclare Khamis Lako, un petit commerçant à Juba, la capitale du Sud-Soudan.

On est loin de l'euphorie qui a salué l’accord de paix de 2005 – qui a inauguré une nouvelle ère d'optimisme – entre le nord et le sud. Cet accord, du moins, du point de vue du nord, a offert la dernière chance de prévenir le plus vaste pays d'Afrique d’une désintégration comme les anciennes républiques yougoslaves.

L'Accord de paix global (APG), négocié par des puissances extérieures, a mis fin à 21 années de conflit entre le nord arabe musulman et le sud noir chrétien. Selon des groupes de défense des droits de l'Homme, plus de deux millions de personnes ont péri pendant la guerre de 1983 à 2005.

Le cinquième anniversaire de l'accord a été célébré le 19 janvier à Yambio, la capitale de l'Etat d'Equatoria, dans l’ouest du Sud-Soudan, près de la frontière avec la République démocratique du Congo et la République centrafricaine.

Même pour des sceptiques comme Lako, l'APG a produit quelques résultats concrets. “Les canons se sont tus”, a-t-il souligné. “Les gens peuvent maintenant se déplacer librement, faire leurs affaires sans harcèlement ni intimidation”.

Le sud a son propre gouvernement, son drapeau et une armée de métier – les ex-rebelles de l’Armée de libération du peuple du Soudan (SPLA). Pratiquement, toutes les troupes du nord ont été retirées du territoire. Cette région semi-autonome entretient également une chaîne de bureaux de liaison (tous des ambassades mais de nom) dans la plupart des capitales clé du monde.

Présentement, le nord et le sud partagent seulement la nationalité et la monnaie – rien d’autre. Malgré les progrès réalisés, les défis du Soudan demeurent énormes. Les partenaires de la paix, le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM) et le parti au pouvoir, le Parti du congrès national (NCP) dans le nord, n’ont pas encore défini la frontière entre le nord et le sud comme c'était à l'indépendance en 1956.

L'enjeu ici, c’est le pétrole du Soudan, qui chevauche la frontière entre le nord et le sud, bien qu’une grande partie se trouve dans le sud.

Au début de ce mois, Ghazi Salaheddine du NCP, un conseiller du président Omar al-Bashir, a prévenu que le référendum sur l'indépendance du Sud-Soudan, qui est prévu pour janvier 2011, conduirait à une nouvelle guerre si les questions clé telles que la frontière entre le nord et le sud, la nationalité et la responsabilité pour les dettes extérieures de plus de 30 milliards de dollars n'étaient pas réglées.

Le NCP a suggéré récemment que les quelque cinq millions sudistes vivant dans le nord perdraient automatiquement leur citoyenneté si le sud optait pour l'indépendance en 2011. Le même principe s'appliquerait aux nordistes vivant dans le sud.

Les désaccords continuent également sur les recettes pétrolières que le sud partage équitablement avec le nord. Le sud se plaint du manque de transparence dans la répartition des recettes pétrolières. Le nord a rejeté ces allégations.

Le nord craint qu'un sud indépendant le privera des recettes pétrolières dont il a cruellement besoin. “La sécession laissera le nord dans une situation difficile. Le pétrole représente 90 pour cent des exportations du nord”, a indiqué John Luk Jok, le ministre de l'Energie du Sud-Soudan, au cours d’un symposium sur le 'Sud-Soudan: La préparation pour 2011 et au-delà', à Juba, du 5 au 6 décembre.

Le nord considère le pétrole comme un produit de base stratégique. “Le nord veut que ses intérêts soient protégés dans un futur Sud Soudan indépendant; autrement, ils le saboteront”, a déclaré au symposium, Elijah Malok, le directeur de la Banque du Sud-Soudan.

Les amis étrangers du Soudan sont en train d’encourager le SPLM et le NCP à commencer par discuter des arrangements post-2011.

“Je crois que nous devons parvenir à un processus dès maintenant afin que nous puissions travailler avec les parties et que les parties puissent travailler entre elles pour trouver des solutions sur la citoyenneté, sur la démarcation de la frontière entre le nord et le sud, sur le partage des ressources – y compris le pétrole – les droits de pâturage, les eaux du Nil”, a déclaré Scott Gration, envoyé spécial pour le Soudan, au cours d'une conférence de presse à Washington le 11 janvier.

Il a ajouté: “Il y a tellement de questions qui doivent être réglées que nous ne pouvons pas attendre jusqu’à ce que le référendum arrive, jusqu'à ce que les populations aient fait connaître leur volonté. Ce sera trop tard à ce moment. Toutes ces choses doivent être faites maintenant, et nous encourageons le processus à commencer et nous sommes en communication constante avec les parties pour les aider à parvenir à un processus et une méthodologie permettant de démarrer ces discussions”.

Une question controversée qui peut désagréger l'accord de paix fragile est la culture croissante de conflits ethniques dans le sud. Depuis 2008, au moins 2.500 personnes ont été tuées et 350.000 déplacées de leurs foyers par les conflits ethniques et le vol de bétail, selon un rapport compilé en janvier 2010 par des groupes humanitaires, notamment Oxfam, une organisation caritative basée en Grande-Bretagne.

Avant le déclenchement du conflit en 1983, les voleurs de bétail avaient utilisé des armes archaïques, telles que les lances, les arcs et les flèches. Mais maintenant, ils portent des armes d'assaut automatiques, notamment les AK-47.

Les dernières expéditions, confisquées par des agents de sécurité sud-soudanais, sont des armes neuves.

Les sources de ces armes demeurent un secret de Polichinelle, bien que le nord ait pris ses distances dans leur approvisionnement. Le secrétaire général du SPLM, Pagan Amum, croit que “les ennemis de la paix” sont en train de fournir ces armes pour perturber le référendum.

“Le référendum doit être organisé le 9 janvier 2011 tel qu’il est stipulé dans l'accord de paix”, a-t-il indiqué aux journalistes à Juba.