ECONOMIE: La finance islamique s’intéresse davantage à l’espace UEMOA

DAKAR, 13 jan (IPS) – Après plus de 25 ans d’existence dans certains pays de l’Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA), et malgré son importance, avec des actifs d’environ 1.000 milliards de dollars et un taux de croissance de 20 pour cent, la Banque islamique de développement (BID) peine à atteindre sa véritable expansion.

Ce constat a été fait par le directeur général de l’Institut africain de la finance islamique, Mouhamadou Lamine Mbacké, au cours d’une conférence sur la finance islamique dans l’espace UEMOA, tenue du 11 au 12 janvier à Dakar, la capitale sénégalaise. L’objectif de cette rencontre était d’amener les institutions et les entreprises de l’espace UEMOA à s’intéresser au mode de financement du développement basé sur le système islamique. Les experts de la régulation et des instruments financiers du monde, des assurances et du microcrédit, de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest (BCEAO) et du Fonds monétaire international (FMI) ont discuté pendant la conférence sur le thème «L’UEMOA, un marché attractif pour les banques et institutions financières islamiques : enjeux et perspectives pour les investisseurs et clients potentiels». Selon Mbacké, le système financier islamique repose sur un cadre juridique et procédural conforme aux règles de la charia (loi islamique). Selon lui, l’espace UEMOA est un exemple d’intégration économique remarquable, représentant moins de 0,01 pour cent du marché de la finance islamique malgré une demande importante. «La finance islamique repose sur des principes de partage de profits, s’insère naturellement aux traditions africaines de solidarité et d’entraide car elle bannit l’incertitude, la spéculation, l’intérêt, l’usure ou les revenus issus des secteurs illicites», déclare-t-il à IPS. «De plus, la finance islamique est adaptée aux besoins de la croissance des pays en développement. Les 'Sukuks' ou obligations islamiques constituent une nouvelle opportunité de financement des infrastructures qui s’offre aux pays de l’UEMOA». Pour sa part, le président du groupe de la BID, Ahmed Mohamed Ali, souligne que la finance islamique occupe désormais une place de choix dans le système financier mondial. «L’industrie de la finance islamique fait désormais l’objet d’intérêt certain de la part de plusieurs institutions financières internationales, régionales et nationales, quand on sait qu’elle n’est plus l’apanage des seuls musulmans», affirme-t-il à IPS. Mohamed Ali souligne qu’à la fin des années 2008, le volume du marché de l’industrie de la finance islamique s’est élevé à 840 milliards de dollars US avec un taux de croissance des actifs islamiques de 30 pour cent dans la période de 2002 à 2007. Le maire de la ville de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, qui vient de signer un accord de financement de plus de deux milliards de francs CFA (environ 4,5 millions de dollars) avec la Banque islamique du Sénégal (BIS), révèle que la BIS s’engage à financer la rénovation des réseaux d’éclairage publics et la reprise des feux de signalisation dans la capitale. Le directeur général de la BIS, Babacar Ndoye, explique que l’objectif de la banque islamique est d’identifier toutes les opportunités qui se présentent et de les bancariser sur un plus grand éventail. «La finance islamique fait tout pour inclure le plus large possible les entreprises, les collectivités locales et l’Etat dans lequel elle est implantée, au plus haut niveau, pour bénéficier des produits de cette finance», a-t-il déclaré. De son côté, le directeur général de la Banque islamique de Guinée (Conakry), Abdelmajid Benjelloun, indique à IPS : «La Banque islamique participe à de nombreux projets de développement sociaux économiques en Guinée, notamment dans les infrastructures routières. Nous avons construit 90 collèges et plus d’une centaine d’écoles primaires en milieu rural à travers la Guinée. Ces projets sont estimés à plus de 56 millions de riyals saoudiens (environ 15 millions de dollars)». Benjelloun ajoute que la finance islamique a financé l’année dernière pour quelque 500.000 dollars le projet d’assainissement de Conakry, la capitale de la Guinée, un autre pays d’Afrique de l’ouest, mais qui n’est pas membre de l’UEMOA. Mohamed Ayadi, secrétaire général du Comité de liaison de la route transsaharienne, a expliqué à IPS que la finance islamique a investi en 2008 dans le projet de construction du barrage de Kandadji, au Niger, quelque 30 millions de dollars. «Les objectifs de ce projet sont entre autres, la construction du barrage, de ses annexes et la mise en œuvre des plans environnementaux et sociaux. Les travaux sont actuellement en cours…». Selon Ayadi, si l’année dernière, le tronçon de 96 kilomètres entre Zinder et Agadez a été bitumé, c’est grâce à la finance islamique qui a investi plus de 10 millions d’euros. «La finance islamique participe à l’assainissement de Niamey, et elle fournit même des médicaments et des moustiquaires imprégnées aux familles démunies des banlieues de la capitale nigérienne», dit-il à IPS. Oulimata Diop, directrice de la monnaie et du crédit au ministère de l’Economie du Sénégal, estime qu’il n’est pas normal que l’Afrique de l’ouest, où la population est musulmane dans de fortes proportions, ne puisse pas bénéficier des mannes financières islamiques. «Il est important de lever quelques contraintes majeures liées aux ressources humaines qui font défaut. La finance islamique demande que les gens soient informés, d’où le besoin en ressources humaines de qualité», explique-t-elle. Pour sa part, le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, reconnaît que la BID n’a jamais cessé de jouer un rôle important dans la promotion de la finance islamique, de l’assurance islamique mais aussi de la finance de solidarité. Il souligne que son pays a, en particulier, bénéficié largement des ressources de la BID. «Je regrette simplement que la BID n’ait pas davantage de ressources. J’aurais souhaité que ses ressources soient multipliées», déclare-t-il. Selon Wade, l’espace UEMOA n’est pas réticent puisque la réflexion pour définir un cadre réglementaire et fiscal favorable à la finance islamique, a été engagée depuis quelques années par les cadres financiers de l’union. L'UEMOA compte huit pays membres: Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.