HARARE, 12 jan (IPS) – Le gouvernement zimbabwéen travaille dur pour attirer les investisseurs internationaux afin de relancer l'économie défaillante du pays. Le succès sur ce front en 2010 peut dépendre du gouvernement d’union qui est en train de convaincre les investisseurs que leur capital sera sécurisé.
L'intérêt des investisseurs au cours des récentes années a été dans l’investissement de portefeuille (les intérêts passifs de titres tels que les valeurs étrangères, les obligations et d'autres actifs financiers) à la Bourse des valeurs du Zimbabwe et dans l’exploitation minière.
Actuellement, la plupart des entreprises ont besoin d'une recapitalisation pour accroître la production et restaurer leur viabilité. La privatisation proposée des entreprises parapubliques potentiellement rentables, telles que Air Zimbabwe, la Société nationale des chemins de fer du Zimbabwe, 'Cold Storage Company' et 'Tel One', offre d’importantes opportunités d'investissement.
Beaucoup d'investisseurs font des investissements limités et attendent de voir si le gouvernement d’union demeure en place pour mettre en œuvre une reprise économique durable.
Des réformes dans le secteur financier, telles que la suppression des contrôles des mouvements de fonds, les contrôles des prix, et l'introduction de plusieurs devises telles que le dollar US et le rand sud-africain, ont vu un nombre de grandes entreprises internationales s’engager à faire des affaires au Zimbabwe.
“Nous sommes en train, et en train pour le long terme. Le secret, c’est le timing et le fait d’être le premier à se déplacer et obtenir la meilleure opportunité”, a déclaré Geoff Goss, directeur national de Lonrho, un conglomérat coté à la Bourse des valeurs de Londres.
En 2008 et 2009, Lonrho avait investi 60 millions de dollars dans les télécommunications, les produits pharmaceutiques et les intérêts de fabrication de médicaments au cours de ces deux dernières années.
“Si les investisseurs attendent la résolution des questions politiques, alors ils pourraient rater des occasions d'affaires réelles”, a souligné Goss.
Il est toutefois préoccupé par l’existence continue de certaines lois qui entravent et affectent les activités commerciales, telles que des exigences strictes qui contrôlent les permis de travail pour les expatriés.
Il a dit que le nouveau gouvernement du pays “a maintenant besoin de terminer ce qu'il a commencé”. Il faisait allusion aux questions politiques en suspens affectant le gouvernement, notamment les nominations longtemps retardées d'un gouverneur de la banque centrale et d’un procureur général.
“Si la politique est réglée, alors les investisseurs afflueront vers ce pays dans deux ans”, a expliqué Tsuyoshi Thomas Ueda, directeur des métaux et des minéraux à 'Sumitomo Corporation of Japon'.
Marah Hativagone, une femme d'affaires en vue et présidente de l’Autorité publique des investissements du Zimbabwe, est d’accord que la stabilité politique est la seule chose qui se dresse entre l'investissement et le désinvestissement au Zimbabwe.
“Il est important d'avoir une stabilité politique et économique actuelle couplée à une économie hautement libérée où les investisseurs sont les maîtres de leur propre destination”, a confié Hativagone à IPS.
Gilberto Rodrigues, un cadre à la firme portugaise Motaengil, partage l'avis de Hativagone. “Il y a des pays plus compliqués, comme la RD Congo, qui connaissent encore des problèmes politiques. Mais les gens vont et investissent là-bas”, a indiqué Rodrigues.
“Le gouvernement du Zimbabwe est conscient que la base de tout investissement est un engagement de la part du gouvernement à garantir que l’Etat de droit est appliqué et respecté sans crainte ni faveur. Si l'entreprise est le moteur de la croissance économique, alors l’Etat de droit est le carburant qui alimente ce moteur”, a déclaré à IPS, Morgan Tsvangirai, le Premier ministre du Zimbabwe, lors d'une conférence sur l'investissement, tenue à Harare en juillet 2009.
Un Accord bilatéral sur la promotion et la protection des investissements, signé avec l'Afrique du Sud en novembre, devrait renforcer la confiance chez les investisseurs. Mais jusqu'à présent, cet accord a offert peu de protection aux fermiers sud-africains qui ont été déplacés des fermes par des squatters, avec le soutien tacite de la police.
Un incident récent impliquait un des 79 fermiers qui ont gagné l'année dernière une affaire jugée par le Tribunal de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), qui a statué que le gouvernement zimbabwéen a illégalement saisi leurs terres. Les squatters ont seulement donné au citoyen sud-africain, Ray Finaughty, quelques heures pour quitter sa ferme, et la police a refusé d'intervenir, disant à Finaughty que la question était “politique”.
“Les investisseurs sont très soucieux de la sécurité de leurs investissements. Si nous n'arrêtons pas les invasions continuelles des fermes, aucun investisseur ne viendra dans le pays”, a souligné Henrick Olivier, directeur général du Syndicat des fermiers commerciaux du Zimbabwe, une association dominée par des fermiers essentiellement blancs possédant d’importantes terres.
Le contrôle des forces de sécurité du Zimbabwe, et la direction de ses services juridiques sont parmi les aspects vitaux non résolus de l'Accord de politique global qui a créé le gouvernement actuel, qui unit l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) du président Robert Mugabe, avec son rival virulent, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), dirigé par le Premier ministre Tsvangirai et une faction plus petite du MDC présidée par Arthur Mutambara.
La nomination d'un procureur général et d’un gouverneur de la banque centrale, ainsi que la réforme de la police, de l'armée et des services de renseignement figurent en premier lieu sur l’agenda lorsque les négociateurs des trois partis reprendront les discussions le 16 janvier. Le gouvernement n’a pas encore nommé les gouverneurs des provinces et les nouveaux ambassadeurs; ou n’a pas encore mis en place de nouvelles commissions des médias, des droits de l'Homme, ou des commissions électorales et de lutte contre la corruption.
Si ces questions demeurent non résolues, le président sud-africain Jacob Zuma pourrait être appelé à intervenir en sa qualité de facilitateur de la SADC pour la crise politique au Zimbabwe. Si les investisseurs doivent se sentir suffisamment en sécurité pour mettre de l'argent directement dans les entreprises zimbabwéennes, la nouvelle année devra être marquée par une nouvelle impulsion dans les négociations sur le partage du pouvoir, qui traînent depuis septembre 2008.
*Terna Gyuse au Cap a contribué à ce reportage.

