LUSAKA, 26 déc (IPS) – Ernest Sakala, le juge en chef, a été accusé de collusion avec l’administration du président pour protéger de hautes personnalités accusées de corruption, mais l'Association des juristes zambiens a rejeté ces accusations les qualifiant d’injustes.
Les accusations font suite aux instructions données par Sakala pour que toutes les affaires criminelles en appel concernant de hautes personnalités et impliquant le détournement et la corruption soient entendues par un jury composé de trois juges, en raison de leur complexité et de la taille des dossiers.
Mais Stephen Lungu, président de l’Association des juristes zambiens, affirme que les accusations portées contre le juge en chef sont injustes, étant donné ses instructions accordées par la loi.
“J'ai lu les articles qui accusent le juge en chef. C’est vraiment regrettable. Nous sommes très déçus que de telles accusations puissent être attribuées aux dirigeants de l'opposition. La constitution permet au juge en chef de nommer trois juges chaque fois qu’il le trouve opportun”, affirme Lungu.
Sakala a vigoureusement défendu son action dans une lettre adressée au chef de l'opposition: “La loi existait depuis plusieurs années (autorisant un jury de trois juges). Cette loi a été utilisée avant moi. Par conséquent, il n’est pas juste de dire que c’est un nouvel arrangement pour entendre les appels. Je n'ai pas introduit un nouveau système. Cette mesure a été prise surtout pour accroître la confiance du peuple zambien en la magistrature”.
L’une de ces affaires est le procès de Régina Chiluba, la femme de l’ancien président Frederick Chiluba qui a fait appel à la Haute cour de justice, après sa condamnation par le juge Charles Kafunda à trois ans et demi d’emprisonnement, en mars dernier. Elle avait été condamnée pour six chefs d’accusation d’avoir reçu des fonds de l’Etat volés pour acheter trois maisons, et d’avoir volé plus de 3.000 dollars durant le mandat de son mari.
Frederick Chiluba lui-même a été récemment acquitté des charges de corruption par un juge de Lusaka, et les organisations de la société civile faisaient pression sur le gouvernement pour faire appel à la Haute cour de justice. Mais le gouvernement a déclaré qu’il ne le fera pas, parce que les chances que l’affaire aboutisse sont minces.
Hakainde Hichilema, président du Parti uni pour le développement national, prétend qu’il y a une certaine collusion entre le juge en chef et l’administration du président Rupiah Banda pour exercer “une justice inéquitable”.
“Son aveu selon lequel les procès de hautes personnalités nécessitent un jury de trois juges, est une preuve suffisante de l’existence d’une collusion. En droit, il ne devrait pas avoir de discrimination. Il a créé un double système juridique, l’un pour les riches et l'autre pour les pauvres”, argumente Hichilema. “Le système judiciaire doit suivre son cours normal, et un processus d'appel en fait partie. Je n'ai jamais vu un arrêté juridique qui stipule que le procès d’une haute personnalité nécessite un jury”.
Sakala affirme que cette mesure a été prise parce que les dossiers de ces cas particuliers sont volumineux, et impliquent des questions complexes.
“Un adage anglais dit que 'deux têtes valent mieux qu’une seule'. Certainement trois têtes doivent valoir encore mieux. C’est pourquoi, j'espère que vous allez continuer à faire confiance à notre magistrature”.
Mais Michael Sata, le leader du Front patriotique (FP), un parti de l'opposition, déclare qu’en appréciant la pensée du juge en chef, l’on se demande pourquoi cela est appliqué de façon sélective et non à tous les procès. “Pourquoi ces procès particuliers impliquent seulement Régina Chiluba et Gladys Nyirongo (ancien ministre de l’urbanisme accusée d’avoir obtenu des parcelles de terrain illégalement)?”, demande Sata. Hakainde affirme que même si la loi existait déjà, le juge en chef est entrain de l’appliquer mal en disant : “ce procès est celui d’une haute personnalité”. Mais Lungu déclare que les attaques répétées de l’opposition contre la magistrature sont dangereuses.
“Il est dangereux que l'opposition continue d’attaquer la magistrature, parce que cela diminue la crédibilité et la confiance du peuple en la magistrature. Les politiciens devraient avoir confiance en la magistrature, parce que ce sont les mêmes juges qu’ils iront voir s’ils ont une affaire en justice”, dit-il. Le lieutenant-général Ronnie Shikapwasha, principal porte-parole du gouvernement affirme que les déclarations des deux leaders avaient pour but d’intimider la magistrature et le juge en chef. “Il n'y a pas de collusion entre le président Banda et la magistrature dans l'exercice de la justice, contrairement aux allégations faites par Sata et Hichilema. Personne n’a intérêt à discréditer la magistrature étant donné que ceux-là même qui font ces déclarations auront besoin de la protection de la cour de justice”, ajoute Shikapwasha. “Personne n’a la preuve que le président Banda est impliqué dans l’acquittement de (Frederick) Chiluba. Le président ne peut donc être sous aucune pression, ni avoir la conscience gênée, comme le prétend à tort le leader du FP Michael Sata à propos de l’acquittement de l’ancien président”. Sakwiba Sikota, avocat à Lusaka, leader du Parti libéral uni de l’opposition et membre du parlement de Livingstone, déclare que le pouvoir exécutif devrait protéger la magistrature, parce qu'elle ne peut pas se défendre. “Il y a eu tellement d’accusations contre la magistrature, et j’en tiens responsable l’exécutif”, dit-il. Sikota, qui est aussi un conseiller de l'Etat, dit qu’en sollicitant la protection de la magistrature, il n’affirme en aucune façon que les choses évoluent dans la bonne direction, puisqu’il y a des faiblesses comme les retards dans l’exercice de la justice. En septembre, Munalula Lisimbi, juge de la Haute cour de justice de Lusaka, a rejeté la pétition demandant de relever Sakala et Peter Chitengi, juge à la cour suprême, de leur fonction. John Sangwa, avocat à Lusaka, avait remis en cause leurs fonctions parce qu’ils avaient atteint l’âge de 65 ans et avaient été renommés sans la ratification du parlement.

