DEVELOPPEMENT-MALI: Quand des paysans profitent du marché de carbone

BAMAKO, 29 déc (IPS) – En plantant des 'acacias senegal' pour piéger le carbone, gaz contribuant au réchauffement climatique, des paysans maliens affirment gagner de quoi vivre. Mais, des revenus plus importants sont attendus de ces plantations.

«Cette pépinière est un motif de fierté pour moi, puisqu’il me permet de nourrir ma famille», déclare à IPS, Mohamed Abd Khibé, gardien de la pépinière d’acacias du village de Dialoubé, dans le nord-ouest du Mali. Ce village maure se trouve dans cette région de savane clairsemée d’arbustes, non loin de la Mauritanie. A une centaine de mètres des maisons bâties en pisé, se trouve la pépinière, entourée d'un grillage qui sifflote tantôt, battu par l'harmattan, un vent sec et froid soufflant du Sahara. Mais plus loin de ces jeunes pousses, se trouve une plantation de 50 hectares, réalisée en 2007 : une œuvre du projet 'Mali acacia' qui compte planter 6.000 hectares d’acacias dans quatre villages de la zone. Le projet est un partenariat entre les communautés locales, la Banque mondiale, et 'Deguessi vert', une entreprise agro-industrielle du Mali. Au début des plantations en 2007, chaque village avait planté 50 hectares. Ces plants sont en quelque sorte l’application du Mécanisme de développement propre (MDP), l’un des principaux outils du Protocole de Kyoto. Le principe du MDP veut que les pays pauvres, qui réalisent des projets de réduction du réchauffement climatique, bénéficient d’un soutien de développement quelconque de la part des pays riches. Par ailleurs, le crédit-carbone (une unité de mesure, généralement une tonne de gaz à effet de serre) de ces projets est une source de revenus pour le développement des pays pauvres. «En dehors des autres formes d’aide du MDP, il y a le marché de carbone où on peut échanger les crédits-carbones des projets», souligne à IPS, Mamadou Dembelé, le point focal des projets MDP du Mali. Quant au projet 'Mali acacia', il ambitionne de planter 10.000 hectares de cette plante pour l'ensemble des zones concernées par le projet au Mali. Ces arbres auront un impact positif sur le climat en séquestrant 100.000 tonnes de CO2 d'ici à 2012 et plus de 500.000 tonnes d'ici à 2017 (le prix de la tonne de carbone varie entre trois et 10 dollars). «Une partie du carbone qui contribue à la destruction de la couche d’ozone est absorbée par les plantes qui émettent de l’oxygène», affirme Dr Hamidou Konaré, chef de laboratoire à L’Institut d’économie rurale (IER) de Bamako, la capitale malienne. Mais, dans les villages de la zone de Dialoubé, les plants n’ont pas encore atteint 1,30 mètre, la taille d’un arbre éligible au crédit-carbone (son diamètre doit avoir 2,5 centimètres). Cependant, pour la première fois, grâce à ces plantations, les paysans de la localité seront des exportateurs de produits agricoles. «Dans cinq ans ou plus, les plants produiront de la gomme arabique que des usines de produits alimentaires (une marque de boisson et le chewing gum) pourront acheter», explique à IPS, Jean Keïta, un animateur du projet. Même s’il faut encore attendre un peu pour avoir ces revenus importants qui serviront à construire des écoles et centres de santé dans les villages, le projet a déjà changé le quotidien des villageois. «Chaque année, 33 familles migraient momentanément en Mauritanie ou en Côte d’Ivoire pour chercher de l’argent. Maintenant, seules à peu près trois familles le font», témoigne à IPS, l’ancien maire de Dialoubé, Cheick Billal Khibé. Quelques villageois sont employés dans les plantations de façon permanente et gagnent 1.000 francs CFA (environ 1,5 euro) par jour. Par contre, chaque année, au moment d’activités intenses dont le remplissage des pots qui servent à produire les pépinières, tous les bras valides trouvent du travail. «Je gagne au moins 5.000 FCFA (environ huit euros) par jour en remplissant les pots», déclare le gardien de la plantation de Dialoubé. Les populations locales utilisent cet argent pour se nourrir notamment car les récoltes de leurs champs sont le plus souvent mauvaises à cause du manque de pluies. A cet égard, Les villages concernés par le projet ont bénéficié de 156 tonnes de céréales en 2009, offertes par le Programme alimentaire mondial (PAM) contre leur travail dans les plantations. En dehors de l’argent que gagnent les villageois, les plantations ont d’autres avantages immédiats, notamment sur le plan agricole. Les sols de la zone sont pauvres, mais en les enrichissant, les pieds d’acacias favorisent les cultures intercalaires que les paysans font entre les plants pendant la courte saison des pluies (de juillet à septembre). Toutefois, bien que l’acacia soit un arbre très résistant, les plants connaissent des difficultés dans cette partie du Mali. «L’eau des puits traditionnels peu profonds et salée est impropre à l’agriculture et à la consommation des ménages. Et les forages modernes sont insuffisants pour ravitailler les populations et arroser les jeunes plants», déplore à IPS, Moussa Touré, responsable technique de la plantation du village de Tendjé, à une vingtaine de kilomètres de Dialoubé. Au manque d’eau, s’ajoute la divagation des animaux. Chaque année, des millions de petits ruminants transhument du sud de la Mauritanie au nord-ouest du Mali, détruisant de nombreux jeunes plants sur leur passage. Un autre problème est le manque de moyen financier. En 2009, 600 hectares ont été réalisés dans les quatre villages de cette zone faute de ressources, ce qui est loin des 1.000 hectares prévus chaque année. Concernant l’Etat malien, il s’intéresse à ces projets qu’il défend auprès des pays développés. En effet, le gouvernement demande la prolongation des délais d’exécution des projets MDP lors des rencontres de négociation sur le changement climatique. «Voici une trentaine d’idées de projet qui nous ont été soumises. Le problème est que ces projets prennent du temps pour être réalisés par leurs initiateurs», rapporte Dembélé.

Les initiateurs des projets sont des communautés locales, des organisations non gouvernementales et des entrepreneurs qui collaborent avec la Banque mondiale, le plus grand acheteur des crédits-carbones. Le Mali demande une prolongation car les initiateurs rencontrent parfois des difficultés pour réaliser les projets dans les délais proposés.