LUSAKA, 24 déc (IPS) – Prisca Musonda soutient avec ardeur le leader du Front patriotique (FP), Michael Sata, et son parti. Elle a voyagé avec lui dans la plupart des circonscriptions électorales législatives, faisant campagne dans le cadre des élections.
Mais maintenant, elle craint que les élections générales prévues pour 2011 en Zambie ne tournent mal pour beaucoup d’électeurs, à moins de réussir à refréner cette dernière série de violence.
Musonda a pu s’échapper de la bousculade du FP, contrairement à ses amis qui ont été brutalement bastonnés par les cadres du parti dirigeant – Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD)- et admis à hôpital, souffrant de multiples blessures. C'était pendant les élections partielles du 19 novembre pour remplacer feu le ministre du gouvernement local et député du MMD pour le Solwezi Central, Benny Tetamashimba. Bien que battue aussi, Musonda a eu la chance d'échapper avec de petites blessures. Mais ses collègues qui étaient avec elle, Faron Mbao et Elias Kamanga n'ont pas été aussi chanceux. Ils ont été sérieusement battus par des cadres du MMD, armés de pierres et de barres de fer, et ont eu plusieurs blessures à la tête et sur le corps. Deux mois et demi plus tôt, les Zambiens ont pris conscience d’un spectacle désolant à la Une du journal ‘The Post’, dans lequel le sous-ministre, Gaston Sichilima, était représenté jouant à ‘La fureur de vaincre’ dans le bureau du vice-président, avec un cadre du Parti unifié pour l'indépendance nationale (UNIP), connu seulement sous le nom de Kaziko. Avec cet incident à Serenje, province centrale, tout comme un peu plus tard à Kasama, où il y a eu un sérieux affrontement entre les partis, les superviseurs des élections, appartenant aux organisations de la société civile, comme le Projet contre l’indifférence des électeurs (AVAP), ont désigné les militants du MMD comme les principaux coupables qui recourent à la violence et à la brutalité quand ils sont confrontés à un échec possible dans une élection partielle. “Le MMD, en tant que parti au pouvoir doit diriger par l’exemple. Je ne sais pas pourquoi ils ne peuvent pas suivre la loi, surtout le Code de conduite électoral”, a fait remarquer à Lusaka, Bonny Tembo, responsable de l’organisme de surveillance des élections AVAP, qui a été témoin des accrochages à Solwezi. Dans le Code de conduite électoral, le gouvernement zambien a établi des directives sur ce qu’un candidat peut faire ou pas. Selon le règlement sept, commettent une infraction les partis politiques et leurs candidats qui s’engagent dans ‘la violence ou profèrent des propos ou adoptent une conduite entraînant la violence ou l’intimidation pendant les campagnes électorales ou les élections’. Le Code interdit aussi aux candidats de porter ou d’exhiber des ‘armes, traditionnelles ou non'. Pour les contrevenants, la loi prévoit une pénalité d’un an d’emprisonnement. La police a aussi ses propres directives dans cette loi. D’après les critiques, le Code de conduite électoral semble solide en théorie, mais en pratique, il a été affaibli par la Commission électorale de la Zambie (ECZ) qui a n’a pas réussi à traîner tous les coupables en justice. Par exemple, selon le règlement 10, l’usage des ressources de l’Etat – véhicules, argent ou autres ressources – dans les campagnes politiques est une infraction, mais le MMD a violé impunément cette loi. De plus la police zambienne a été accusée d’avoir favorisé les cadres du MMD contre les militants des partis de l'opposition. Aux élections partielles de Solwezi, les dirigeants des FP et du Parti uni pour le développement national (UPND) ont été dispersés au gaz lacrymogène comme s’ils étaient les coupables, au moment où leur camp s’est engagé dans les éternels conflits avec des militants du MMD quand les deux partis ont voulu s’adresser à un rassemblement public au même moment. Il n’était pas prévu que les militants du MMD soient là, mais ils y étaient, malgré les avertissements de la police. Fabian Katiba, Commandant de la province du nord-ouest a reconnu l’erreur de la police en faisant usage du gaz lacrymogène, mais il affirme que cela a été nécessaire pour éviter un grand désordre public. Il convient avec l'opposition que la violence a éclaté entre les membres du MMD et les deux partis que sont l’UPND et le FP (lesquels se sont mis d’accord pour contester les élections comme une seule entité), après que les partisans du MMD ont abandonné leur lieu de rassemblement et sont allés où le FP et l’UPND devaient tenir leur réunion. “Nous avons besoin de la protection de la police. Elle ne devrait pas agir comme une aile du MMD”, s'est plaint à Katiba, Hakainde Hichilema, chef du parti de l’opposition UPND, après les accrochages. Mais la police est particulièrement vulnérable. Il n'est pas rare de voir des commandants perdre leur poste, en essayant avec insistance d’être juste envers tous les partis. La dernière victime de cette ignoble tactique est l’ancien Inspecteur général de la police, Ephraim Mateyo, qui à la dernière ligne droite des élections présidentielles de l'année dernière, a essayé d’agir de façon équitable envers tous les candidats. A Lusaka, deux jours avant l'élection partielle qui a choisi Rupiah Banda (MMD) comme président de la Zambie, Mateyo a décidé de délimiter des régions pour permettre à tous les leaders politiques de tenir leurs réunions simultanément. Le nord de Lusaka a été affecté au MMD, l’ouest à l’UPND et le sud-est au FP. Cet arrangement n'a pas plus au MMD, car cela aurait détourné l’attention des électeurs. Après la victoire de Banda aux élections, Mateyo a été immédiatement démis de son poste sous prétexte qu'il allait à l’étranger comme diplomate. Il poirote toujours à Lusaka. Chris Akufuna, porte-parole de l’ECZ accuse les parties politiques de la montée de la violence, en insistant sur le fait que malgré l’existence d’un code de conduite électoral, les leaders des partis du MMD ont choisi de ne pas le respecter.
L'ECZ a été fortement critiqué après la sérieuse érosion de sa crédibilité en 2001, lorsqu’on a prétendu qu’elle a permis au gouvernement de l’ancien Président Frederick Chiluba de truquer les élections présidentielles en faveur du feu le président Levy Mwanawasa.
Michael Sata, le président du FP a encore fait cette revendication à l’encontre de l'ECZ à la fin des élections présidentielles de 2008 qu'il a perdues.
“Nous avons besoin d’équité de la part des dirigeants des partis politiques. Qu’ils disent à leurs membres de se soumettre au Code de conduite électoral. Cela est notre Bible. C'est ce qui nous a tous guidés au cours des élections”, a affirmé Akufuna.
À la suite des incidents de Solwezi, le Centre zambien pour le dialogue entre les partis (ZCID), une organisation regroupant les principaux partis politiques, a traduit ses inquiétudes en actions en tenant des pourparlers avec les dirigeants de tous les principaux partis politiques.
“Nous avons besoin de tenir des élections libres et sans violence en 2011, et c'est pourquoi en tant que Centre zambien pour le dialogue entre les partis, nous allons continuer les discussions avec les chefs de parti”, a déclaré Langton Sichone, porte-parole du ZCID. “Nous ne voulons pas faire comme le Kenya ou le Zimbabwe”, a déclaré Alfred Mwape, étudiant en troisième année de sciences politiques à l'Université de Zambie, faisant allusion à la violence fatale qui a paralysé et divisé les deux nations il y a deux ans. Prisca Musonda approuve et souligne qu’une violence politique non contrôlée en 2011, quand la Zambie tiendra des élections présidentielles, législatives et locales, peut facilement déclencher une guerre civile. Cela n’affecterait pas seulement les électeurs ordinaires, mais aussi l’occupant du ‘State House’, résidence du président zambien.

