POLITIQUE-AFRIQUE: En quête d’un Sud-Soudan démocratique

TORIT, Sud-Soudan, 22 déc (IPS) – L’atmosphère est très tendue à cause des tensions politiques, des alliances sont déjà en perspective, les attentes sont élevées et la pression sur le pays pour parvenir à une transition réussie d'un gouvernement intérimaire à celui démocratiquement élu est immense.

Le Sud-Soudan a payé un prix élevé pour arriver à ce stade où le peuple soudanais peut commencer à rebâtir des institutions gouvernementales puissantes. Des institutions qui peuvent changer la triste histoire du Sud-Soudan. Mais pendant que les enjeux montent au niveau national, il y a des débats houleux à la base sur la question de savoir si le programme sur le genre amènera un gouvernement plus équilibré. “Quand des sièges étaient réservés aux femmes en 2005, il y avait beaucoup d’excitation parce que le processus politique allait refléter un programme plus représentatif sur les questions de genre”, déclare Hawa Mohammed, une coiffeuse à Juba. “Mais, même maintenant, nous ne pouvons pas montrer des preuves tangibles qu’il y a eu une modification visible du programme sur le genre. Les critères de sélection de ces femmes (nommées) n’étaient pas clairs, mais ce qui est clair est que la plupart de ces femmes ont été incapables de manœuvrer le programme sur le genre à travers le leadership dominé par les hommes”. Ses observations concordent avec celles de Joy Raphaël, un politicien de l’Etat du centre de Equatoria qui envisage de se présenter aux élections de février 2010. “Pour que la gouvernance reflète les efforts visant à impliquer les femmes dans les prises de décisions aux niveaux national et local, il est important de mettre en place plusieurs mesures. “En dehors de l’augmentation du nombre de femmes dans les services publics, il y a un besoin de renforcer les capacités des femmes pour qu’elles participent à la réforme de leadership qui touche, par exemple, le parlement et le système judicaire”. Raphael affirme que c’est une démarche positive de réserver des sièges aux femmes, “mais si les femmes sélectionnées ne peuvent même pas promouvoir la ratification et l’application d’instruments internationaux et régionaux qui peuvent aider à renforcer les capacités des femmes, alors cette démarche fait très peu pour notre cause’’ Les résultats de la décision de 2005 de réserver des sièges aux femmes ont provoqué une évaluation contradictoire. Il y a des réactions positives par rapport à l’autonomisation des femmes avec des postes de responsabilité, mais le sentiment parmi les femmes à la base est qu’il n’y a pas eu un véritable progrès sur le programme de genre. Le gouvernement provisoire avait stipulé que dans chaque Etat il devrait y avoir une représentation de 25 pour cent de femmes, mais seulement six Etats sur les dix ont satisfait à cette exigence. Certains n’ont que quelques représentantes, et l’Etat de l’est de Equatoria, par exemple, n’a eu que trois femmes. Le mécontentement parmi les femmes par rapport aux personnes qui occupent ces sièges réservés réside dans la frustration qu’elles continuent de vivre en s’efforçant d’avoir leurs points de vues pris en compte dans un processus politique fortement dominé par les hommes. Les femmes sont conscientes que le fait d’avoir un plus grand nombre d’entre elles en politique ne signifie pas nécessairement avoir les femmes dans des positions de force. “Il y a un sentiment que le niveau que nous avions espéré atteindre dans le sens d’une écoute des femmes dans les débats publics est resté un rêve”, déplore Sabina Dario Lokolong, représentant le Comté de Budi, et un membre actif du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM). “Nous avions, par exemple, espéré qu’à travers les femmes qui sont déjà aux affaires, le mouvement fragmenté des femmes pourrait aider à convoquer des réunions de femmes au cours desquelles nous pourrions apprendre lentement à nous exprimer à partir d’un programme commun et influencer le leadership à partir de cette position”. Lucy Lugaga, la directrice pour le Sud-Soudan du Fonds des Nations Unies pour le développement des femmes, dit que le programme sur le genre va bien au-delà des chiffres. “Il y a la question d’égalité, indépendamment du nombre de femmes qu’il y a dans le leadership; il est important que les questions de genre soient traitées d’une manière juste et équitable, par les leaders hommes et femmes à la fois. “Bien sûr, il est critique que les divers écarts entre les sexes dans la gouvernance se rétrécissent, et il est important que ceux qui sont déjà à des positions d’influence assurent qu’il existe un processus continu de prise en compte du genre dans les structures de direction”. Les élections de février se rapprochant chaque jour un peu plus, la question de la capacité des femmes désignées pour diriger et les décisions de choisir une certaine personne et non une autre vont inévitablement susciter beaucoup d’intérêt et de débat. La loi électorale votée en 2008 stipule clairement que 60 pour cent des sièges seront choisis au niveau de la circonscription électorale, et 40 pour cent seront réservés pour des représentations proportionnelles. Cela signifie que 25 pour cent des sièges iront vers les femmes et les 15 pour cent restants seront pour des sièges généraux. Les craintes au sein du mouvement des femmes – selon lesquelles le processus de sélection sera politisé pour écarter les femmes qui ont des opinions politiques fortes et une capacité d’influencer le public – sont répandues. “L’origine du mécontentement chez certaines femmes désignées est qu’elles sont placées dans des postes comme ministres ou juste comme membres d’une commission provisoire, pour tromper la population féminine”, affirme Alice Michaels, directrice exécutive de ‘Voice of Change’ (Voix du changement). “Mais en réalité, cela n’est pas prévu pour améliorer les disparités entre les sexes pour une gouvernance plus équitable”. Plus important encore, ces femmes sont sélectionnées par le leadership masculin, ce qui, selon Lokolong, aggrave la question. “C’est dans ces commissions qui déterminent la sélection que nous devons avoir un nombre de femmes qui comprennent les enjeux pour la population féminine marginalisée”. En dépit de l’avantage numérique que détiennent les femmes au Sud-Soudan – elles constituent 60 pour cent de la population, selon le rapport national sur les Objectifs du millénaire pour le développement – ces chiffres n’ont pas augmenté l’infiltration des postes à partir desquels elles peuvent influencer la gouvernance. It therefore calls for extensive civic education, since most of these women are unaware that real democracy calls for them to be political initiators of change, and not passive observers. Cela appelle donc à une éducation civique approfondie, puisque la plupart de ces femmes ne sont pas conscientes du fait que la vraie démocratie impose qu’elles soient des initiatrices politiques du changement, et non des observatrices passives.