EAU: L’énergie solaire allège les souffrances dans le Sahel

OUAGADOUGOU, 10 déc (IPS) – Un projet d’énergie solaire dans la région du Sahel, lancé au milieu des années 1980, a permis à plus de quatre millions habitants des pays sahéliens d’avoir accès à l’eau potable, entre 1990 et 2009, selon le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS).

Pendant cette période, le Programme d’énergie solaire photovoltaïque (PRS) pour le pompage de l’eau a permis de réaliser en deux phases (1990-1998 et 2001-2009) près de 1.000 installations d’approvisionnement en eau simplifiées par l'énergie solaire, ajoute le CILSS. «Nous sommes satisfaits du PRS dans l’ensemble de ces différentes phases», confie à IPS, Dalla Samb, le président de l’Association pour la gestion des forages dans la région de Thiès, une localité de l’ouest du Sénégal.

Au Sahel, plus de 80 pour cent de l’énergie est assuré par le bois de chauffe et le charbon de bois, indique le CILSS. Or, selon le coordonnateur régional du programme, Clément Ouédraogo, on a dans le sahel la meilleure insolation qui permet de capter le maximum de rayons solaires pour en faire de l’énergie.

«C’est une question de volonté politique car la vulgarisation de l’énergie solaire permet de limiter la facture des énergies fossiles», explique Ouédraogo.

L’eau potable a permis d’améliorer la situation sanitaire des populations bénéficiaires du programme au Sénégal, affirme Samb. «Nous avions des problèmes d’eau avant l’arrivée du PRS : nous creusions des puits et l’eau n’était pas saine, il y avait des maladies. Mais maintenant, avec l’appui du CILSS et de l’Union européenne, nous nous sommes rendu compte qu’il y a une amélioration dans les conditions de vie des populations rurales en terme de santé», ajoute-t-il. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 80 pour cent des maladies affectant les populations sont plus ou moins directement liées à l’eau. Ces maladies hydriques sont encore citées comme figurant parmi les plus importantes causes de morbidité ou de mortalité dans la région.

Les deux phases du projet, qui ont coûté 114 millions d’euros, ont donc permis d’améliorer durablement les conditions d’existence de plus de quatre millions de Sahéliens grâce à l’accès à l’eau potable par l’usage d’une énergie propre, le solaire, indique un document bilan du CILSS. Le nombre des gens desservis en eau potable par le projet représente près 20 pour cent des 30 millions de Sahéliens qui en étaient dépourvus au moment de la mise en œuvre de la phase 2 du PRS en 1990, estime le CILSS. Le taux de satisfaction des besoins en eau par la phase 2 du PRS seule varie de 30 à 100 pour cent, en fonction des villages des pays bénéficiaires du projet. En 1986, les chefs d’Etat des pays membres du CILSS, réunis à Praia, au Cap Vert, ont lancé avec l’appui de l’Union européenne (UE), un vaste programme d’énergie solaire photovoltaïque. Les pays du CILSS sont le Burkina Faso, le Cap Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad. Les pays du CILSS qui ont subi les sécheresses des années 1970 et du début des années 1980, avaient alors décidé de consacrer au moins 50 pour cent des financements disponibles au titre de l’aide européenne à l’amélioration de la sécurité alimentaire et à la lutte contre la désertification.

Au Sahel, le taux de mobilisation des ressources en eau pour tous les usages est inférieur à quatre pour cent des potentialités existantes, contre 50 pour cent en Afrique du nord et 15 pour cent en Afrique subsaharienne, explique le CILSS.

L’institution, qui regroupe les pays du Sahel frappés par la grande sécheresse de 1973, affirme que le PRS a contribué à la lutte contre la pauvreté par l’amélioration des conditions économiques, financières et sociales des bénéficiaires. Environ deux millions de personnes en milieu rural ont été touchées par le PRS avec des retombées favorables sur les femmes et les enfants assurant la corvée de l’eau dans les familles.

Par exemple, dans le village de Pizambo, dans le nord sahélien du Burkina Faso, une vingtaine de forages à l'énergie solaire ont été construits dans la région.

“Nous avons toujours des problèmes d'eau, mais nous souffrons moins qu'avant car nous allions à plus de trois kilomètres pour avoir de l'eau chaque jour”, explique à IPS, Salamata Sawadogo. Selon elle, le problème d'eau est aggravé par la présence de l'arsenic (un produit dangereux) dans une région déjà frappée par la désertification.

Selon Sawadogo, grâce à la pompe solaire, ses deux filles peuvent aller régulièrement à l'école. “Les filles du village n'allaient pas régulièrement à l'école parce qu’elles devaient accompagner leur mère au puits ou souffraient de maladies de la peau liée à l'eau”, souligne-t-elle.

Le projet a par ailleurs permis la réalisation de près de 650 systèmes d’éclairage et de réfrigération dans les structures communautaires rurales. «Ce programme a apporté plus que de l’eau potable dans l’espace CILSS», souligne Ouédraogo, le coordonnateur régional du projet. «Il a été un facteur d’intégration, d’apprentissage entre les Etats, et a permis, à ce jour, le développement de la question solaire au Sahel», ajoute Ouédraogo. Le PRS demeure actuellement le plus grand programme photovoltaïque réalisé en Afrique subsaharienne et le plus grand programme financé par la Commission de l’UE dans le domaine de l’eau et dans cette région africaine.

A l’issue de l’évaluation du programme, la semaine dernière à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, les pays membres du CILSS ont décidé de lancer un nouveau Programme régional de valorisation de l’énergie solaire (PREVES) qui, selon eux, permettra de consolider les acquis en atténuant les effets du changement climatique.

«Nous espérons qu’un troisième projet verra le jour et viendra compléter le travail entamé par le PRS1 et le PRS2», souhaite Ibrahim Ould Ilweyada, le directeur général de l’Agence nationale d’eau potable et d’assainissement en Mauritanie.