CHANGEMENT CLIMATIQUE: Des combustibles insalubres à une technologie propre

WINDHOEK, 11 déc (IPS) – Les pollueurs de demain sont les économies émergentes d'aujourd'hui. Se développer sans revenir sur les pas polluants de l'Occident requiert une technologie verte, une option coûteuse pour l'Afrique.

La recherche et le développement, l'application de la technologie, les politiques énergétiques, les droits de propriété intellectuelle, les intérêts acquis de l'industrie des combustibles fossiles, et la diffusion de la technologie verte, constituent le cauchemar de négociation qu’est la technologie propre.

Et, bien sûr, comment payer pour tout cela.

“Le principal obstacle pour obtenir un accord sur la technologie est le financement”, déclare John Nordbo, chef du programme danois pour le changement climatique et porte-parole mondial du Fonds mondial pour la nature (WWF) sur la technologie propre. “Les pays développés sont au mieux très réticents à réunir l'argent important qui peut conduire à la diffusion des technologies climatiques dans les pays en développement”.

La Banque mondiale estime que 85 pour cent du coût du changement climatique reviendra aux nations en développement. Un total de 400 milliards de dollars par an est nécessaire pour l'atténuation, y compris la technologie verte. Actuellement, de tels transferts atteignent en moyenne huit milliards de dollars par an sous le Mécanisme de développement propre (MDP) de Kyoto. Toutefois, l'approche du MDP, destiné à aider à lancer des projets de technologie verte coûteux, a largement échoué en Afrique; sur les 1.500 projets de MDP dans le monde, seulement deux douzaines sont en Afrique.

Que les parties se jouent tous les coups quant à celui qui devrait réduire les émissions, quand et de combien, cela n'aide pas. Pendant que le monde en développement en général est déjà responsable de 48 pour cent des émissions, la part de l'Afrique s’élève seulement à 3,6 pour cent, avec l'Afrique du Sud émettant presque la moitié.

Il y a une crise énergétique aiguë dans 25 pays et les émissions à partir de l'exploitation des terres – constituant 60 pour cent des émissions totales de l'Afrique – sont directement liées à la situation difficile de l'énergie puisque les Africains tirent 80 pour cent de leurs besoins domestiques de la biomasse.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, seulement 40 pour cent des 800 millions d'Africains subsahariens sont connectés au réseau électrique, et ce nombre devrait diminuer considérablement au cours des deux prochaines décennies.

Une proposition pour l'investissement dans l’énergie propre par la Banque africaine de développement souligne que la recherche de combustibles à usage domestique occupe une part disproportionnée du temps des femmes et des enfants. “La déficience sanitaire et un taux de mortalité élevé inacceptable, de l'ordre de 400.000 décès dus aux maladies respiratoires par an, sont liés à l'exposition à la pollution à domicile à partir de 'combustibles insalubres' dans des logements mal aérés”, indique le rapport.

“La pauvreté énergétique est également associée à la privation de lumière adéquate pour faciliter les tâches et activités de loisirs nocturnes et du soir. Ainsi, par exemple, les enfants ont moins de temps pour étudier à la maison les soirs”.

Les experts pensent qu’une double approche – qui verrait le financement des solutions énergétiques renouvelables décentralisées pour les ménages, tout en initiant de grands projets d'énergie verte pour alimenter des centres commerciaux émergents – pourrait donner les meilleurs résultats.

“Un exemple de réduction du carbone centrée sur la prévention peut être trouvé dans les technologies résidentielles telles que les turbines éoliennes individuelles ou les technologies solaires”, affirme Heath Naquin, qui travaille avec l'Alliance pour la technologie verte, qui vise à diffuser la technologie propre à travers le Sud. “Ces solutions sont assez bon marché pour être mises en œuvre par presque tous les ménages”.

De grands projets comme Grand Inga en République démocratique du Congo, par contre, ont le potentiel pour s'adapter au développement de l'Afrique d'une manière propre. “Seulement 10 pour cent du potentiel hydroélectrique de l'Afrique est exploité”, explique Katai Kachasa, directeur général de la centrale hydroélectrique de Lunsemfwa, en Zambie. “Cela revient à 20 gigawatts par an, tandis que Grand Inga seul pourrait fournir 39.000”.

“En Namibie, les conditions sont parfaites pour construire de grandes fermes solaires”, a déclaré à IPS, Teofilus Nghitila, négociateur en chef pour le climat. “Nous avons des conditions sèches, et un nombre record de jours ensoleillés par an. Il n'y a aucune raison que nous ne puissions pas imiter ces grands projets solaires planifiés dans le Sahara”.

Mais il faut de l'argent pour construire ces projets et distribuer l'électricité à partir des régions éloignées vers les endroits où elle est nécessaire. Presque aucun gouvernement sur le continent n’a de l'argent pour cela, et s'appuyer sur le revenu du MDP semble irréaliste.

Dans un récent rapport, le Forum économique mondial (WEF) propose un nombre d'initiatives d'investissement public-privé dans six régions en développement, qui s'élèveront à près de 2,7 trillions de dollars d’ici à 2030.

Le Cadre d’investissement dans l’énergie propre (CIEP) de la Banque africaine de développement est un exemple d'un tel “fonds régional de pierre angulaire à faible carbone”. En mai, en collaboration avec le Fonds de technologie propre (FTP) de la Banque mondiale, le CIEP a injecté 13 millions de dollars dans 'Evolution One', un fonds propre basé au Cap qui est spécialisé dans l'investissement dans la technologie propre.

Mais là où l'Afrique du Sud peut attirer des financements sur le marché de technologie à faible carbone, les pays les moins avancés (PMA) seront laissés derrière, craignent des analystes. Sur les 49 PMA, 33 sont africains. Pour eux, l’importation de la technologie verte pose le problème des droits de propriété intellectuelle.

Au cours de la réunion de novembre à New Dehli sur le transfert de technologie propre, une étude de cinq pays indiquait que une application plus forte des droits de propriété ne conduirait pas à un transfert accru de technologie. On croit plutôt que les droits de propriété intellectuelle “restreignent le transfert de technologie à travers des coûts de licence élevés”, ont conclu les chercheurs.

Concernant Copenhague, la fin n'est pas en vue. “Nous n’avons enregistré absolument aucun progrès sur la question des droits de propriété dans les réunions avant Copenhague”, a expliqué à IPS, Peter Acquah, secrétaire de la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (CMAE).

Pendant que les nations industrialisées encourageront les partenariats public-privé à Copenhague, les pays africains, sous le G77/Chine, exigeront un Fonds de technologie climatique multilatéral (MCTF) indépendant inconditionnel, conformément à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC).

“À la fin, les pays développés cèderont probablement à cela, mais il y a un risque très important que cela nous procurera seulement plus d’organismes, et de tâches administratives”, déclare John Nordbo du WWF.