SANTE-AFRIQUE: Subvention des médicaments, la solution à l’effort anti-paludisme

NAIROBI, 10 nov (IPS) – Seulement trois pour cent des enfants infectés par le paludisme en Afrique obtiennent les médicaments recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un expert a assimilé cela à une peine de mort pour les enfants malades.

Chaque année, environ 900.000 personnes meurent de paludisme dans le monde, 90 pour cent d'entre elles étant en Afrique.

Une enquête effectuée par l’organisation non gouvernementale internationale 'Population Services International' (PSI) et 'London School of Hygiene and Tropical Medicine' (Institut d’hygiène et de médecine tropicale de Londres) révèle que seulement trois pour cent des enfants ont accès au traitement efficace du paludisme dans l’intervalle de 24 heures.

S'exprimant à IPS au cours de la cinquième Initiative multilatérale sur la Conférence panafricaine sur le paludisme, Dr Desmond Chavasse, vice-président du contrôle du paludisme et la survie de l'enfant à PSI (une organisation de santé mondiale avec des programmes ciblant le paludisme, la survie de l'enfant, le VIH et la santé de la reproduction), assimile le manque d'accès aux médicaments efficaces contre le paludisme à une condamnation à mort pour les enfants africains qui ont moins de cinq ans.

“Les Combinaisons thérapeutiques à base d’artémisine (CTA) sont actuellement la forme de traitement contre le paludisme la plus efficace et plus de 80 pays ont adopté cela comme le traitement de première ligne, tel que recommandé par l'OMS. Toutefois, une enquête réalisée par PSI et l’Institut d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, révèle que malgré son efficacité, les CTA ne sont pas vendues sur le marché”, déclare Chavasse.

La pierre d'achoppement est simple: le coût des CTA est au-delà des moyens d'une famille typique en Afrique subsaharienne.

“Au cours des six dernières semaines, je devais envoyer de l'argent à mon mari trois fois pour acheter des médicaments pour notre fils âgé de quatre ans qui développe constamment des épisodes de paludisme. Je suis le seul soutien de ma famille puisque mon mari est un ouvrier agricole occasionnel. Ma famille dépend de mon salaire qui est de 3.500 shillings kenyans (environ 46 dollars US) par mois et ainsi, aller à l'hôpital n’est pas simplement une option pour nous”, raconte Lillian Ngaira, d’un air triste et délaissé.

Et ainsi, lorsque le fils de Ngaira tombe malade, ils achètent des médicaments dans une pharmacie locale. Un petit sondage révèle que le diagnostic du paludisme n’est pas basé sur des tests cliniques, mais plutôt sur une supposition par Ngaira et son mari.

“Le garçon développe toujours une forte fièvre et je sais que c'est le paludisme. Alors, nous dépendons d’une pharmacie locale où nous achetons des médicaments. Une dose pour le paludisme coûte environ 60 Ksh (0,80 dollar)”, raconte-t-elle.

A partir de la description de Ngaira, le médicament qu’ils donnent à leur fils ne figure pas parmi les CTA recommandées, soulevant des questions sur son efficacité, surtout s’il attrape une souche résistante de paludisme.

Selon Chavasse, le cas de Ngaira décrit le scénario dans la majeure partie de l'Afrique subsaharienne où les preuves révèlent que les mères vont dans des boutiques, plutôt que dans des hôpitaux, pour acheter les médicaments contre le paludisme.

“Il est clair que la majorité des gens dépendent du secteur privé pour accéder au traitement du paludisme. Toutefois, la majorité des fonds ciblant le traitement du paludisme sont orientés vers le secteur public, où seulement 40 pour cent sollicitent un traitement. Ainsi, cela signifie que nous n'avons pas de données sur le type de traitement que les gens reçoivent et ce que cela pourrait être en train de faire sur eux. Cela pose un défi grave pour le travail qui est en train d’être fait pour réduire les décès par le paludisme”, déclare Dr Peter Olumese, responsable médical du programme mondial de lutte contre le paludisme à l’OMS.

Le coût d'une dose complète des CTA est compris entre six et 11 dollars selon l'endroit où l’on l'achète. Pour le ménage de Ngaira, satisfaire toutes ses dépenses à partir de 46 dollars par mois, trouver 11 dollars pour couvrir le traitement d'un seul enfant ne constituent pas simplement une option viable.

“Je comprends ce que vous me dites, que ces médicaments sont efficaces. Mais la réalité est qu'ils sont chers; alors, je ne prendrai pas la peine de les demander. Il existe des alternatives moins chères disponibles, et si c'est ce que je peux supporter, je vais acheter cela pour offrir à mon enfant un soulagement”, affirme Ngaira.

Les CTA peuvent être le médicament le plus efficace à 99,5 pour cent, mais ils représentent tout au plus 15 pour cent du volume total des anti-paludéens en utilisation.

“C'est pourquoi les CTA sont 10 à 20 pour cent plus chers dans le secteur privé que les anti-paludéens les plus couramment achetés… qui sont inefficaces. Cela est en train d’encourager l'utilisation du traitement de la monothérapie qui augmente la probabilité de développer une résistance”, explique Chavasse.

L'efficacité des CTA est due au fait que ces médicaments contiennent deux différents anti-paludéens, éliminant pratiquement la possibilité que le parasite développe une résistance aux deux à la fois.

Pour répondre au défi du prix, le Fonds mondial pour la santé, avec le soutien financier de la Fondation Clinton et de 'Medicines for Malaria Venture' (Médicaments pour le projet de lutte contre le paludisme), lancera bientôt un projet pour subventionner les CTA et les rendre disponibles à travers le secteur privé.

“Il est clair que les gens dépendent du secteur privé pour obtenir les médicaments; nous devons donc trouver des fonds innovants pour rendre les médicaments efficaces disponibles à un taux abordable”, déclare Olivier Sabot, directeur de l'équipe de contrôle du paludisme de la Fondation Clinton.

Deux projets pilotes en Ouganda et en Tanzanie fournissent des CTA subventionnées à travers des centres de santé du secteur privé et des pharmaciens. Les résultats ont montré qu'une subvention de 95 pour cent pour les acheteurs de première ligne augmente considérablement l'intérêt pour les CTA, supplantant les anti-paludéens inefficaces tels que la chloroquine. Le Fonds mondial pour la santé a invité 10 pays africains ainsi que le Cambodge à postuler pour participer à un programme plus large de subvention de médicaments. Le Bénin, le Niger, le Sénégal, le Nigeria, le Ghana, le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et Madagascar ont demandé à y prendre part. On ignore encore le nombre de pays qui seront sélectionnés, l'annonce sera bientôt faite lorsque le Conseil d’administration se réunira à Addis-Abeba, en Éthiopie, au cours de ce mois de novembre.

“Dans quelques jours, le conseil d'administration du Fonds mondial pour la santé se réunira à Addis-Abeba où ils annonceront les pays qui seront sélectionnés pour participer au programme. Ce qui se passera est que, avec les fonds des partenaires, le Fonds mondial pour la santé orientera les financements vers ces pays pour subventionner l'achat des CTA afin de les rendre moins coûteuses pour le malade”, explique Dr Olusoji Adeyi, directeur du centre des médicaments abordables du Fonds mondial.

Sous le programme de subvention, le coût d'un traitement à base de CTA baissera, passant de 11 dollars à 0,25 dollar. Et si les résultats sont similaires à ceux des projets pilotes en Ouganda et en Tanzanie, l'intention sera de rechercher davantage de fonds pour élargir la couverture du programme de subvention.

Si le prix des CTA est réduit, les recherches estiment que la responsabilité incombera donc aux gouvernements d’instituer de strictes mesures réglementaires et d'interdire les traitements inefficaces. Les gouvernements devront également s'assurer que les centres de santé du secteur public ont toujours un stock suffisant de CTA.

Chavasse dit que si les CTA sont rendues accessibles, elles offriront l'un des maillons les plus importants qui manquent à la lutte contre le paludisme.

“L'accès aux CTA a été le maillon faible dans la lutte contre le paludisme. L'utilisation des CTA, avec d'autres mesures préventives du paludisme, telles que l'utilisation de moustiquaires traitées aux insecticides et la pulvérisation intra-domiciliaire, aidera à réduire le fardeau de la maladie causé par le paludisme tant chez les enfants que chez les adultes”, souligne Chavasse.