OUAGADOUGOU, 7 oct (IPS) – Au moment où les pays ouest-africains lancent la cinquième opération synchronisée de vaccination contre la poliomyélite, ils ont adopté des mesures pour une meilleure collaboration transfrontalière visant à mieux lutter contre les maladies transmissibles.
Au terme d’une réunion à Ouagadougou, au Burkina Faso, au début de ce mois, les ministres de la Santé de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) ont décidé de mettre en place un fonds sous-régional facilement mobilisable pour la préparation et la riposte aux épidémies et autres catastrophes, y compris pour l’approvisionnement en vaccins, réactifs et médicaments d’urgence.
Chaque Etat a élaboré avec ses voisins un plan harmonisé de mise en œuvre des stratégies de collaboration qui préconisent la mise en place d’un cadre de concertation et de coordination entre pays frontaliers, pour le renforcement de la surveillance épidémiologique et la riposte au niveau des frontières.
La coopération entre les Etats devrait favoriser la conduite des activités d’information, d’éducation et de communication en faveur des populations, sur la surveillance et la riposte, et sur le renforcement de la couverture sanitaire aux frontières. «Les maladies transmissibles continuent de constituer des problèmes de santé publique que nous vivons dans nos Etats. Etant donné la proximité de ces pays, la similarité des pays et les mouvements de populations entre ces pays, tout ce que chaque pays fait individuellement peut être contrarié si les pays à côté ne font pas la même chose», explique à IPS, Dr Djamila Cabral, représentante de l’OMS au Burkina Faso.
Après plusieurs années de mise en œuvre de stratégies au niveau national, on se rend compte que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes, constate Cabral.
«Aujourd’hui, il semble très clair qu’il faut entamer des activités qui impliquent plusieurs pays à la fois. Cela va aider à surmonter les problèmes posés par les mouvements de populations, mettre en synergie les efforts des pays et permettre la circulation et l’échange d’informations entre les pays», ajoute Cabral.
Les ministres de la Santé des pays de la sous-région se sont aussi engagés à relire le protocole d’accord de Ouagadougou du 25 octobre 1996 et assurer son application effective.
Suite aux épidémies meurtrières de choléra, de méningite, de rougeole et des fièvres virales enregistrées entre 1995 et 1996, les ministres de la Santé et ceux en charge de l’Intérieur des pays de l’Afrique de l’ouest, de l’Algérie et du Tchad, ont signé, en octobre 1996 à Ouagadougou, un protocole de coopération visant à renforcer la surveillance épidémiologique et la gestion des épidémies dans les zones frontalières.
Mais, ce protocole est resté lettre morte jusqu’à ce jour.
«Ici à Ouagadougou en 1996, il y a eu une réunion restée dans les couloirs; cette fois, nous allons assurer un suivi, voilà pourquoi l’OOAS (Organisation ouest-africaine de la santé) a été interpellée pour jouer un rôle dans la coordination, la préparation et la réponse aux épidémies dans notre espace», souligne Dr Germaine Austin, directrice des soins et santé primaires à l’OOAS basée à Ouagadougou, la capitale burkinabé. «Cette fois, nous voulons assurer un suivi de la rencontre».
L’OOAS doit mobiliser dès 2010 un fonds sous-régional pour la préparation et la réponse aux épidémies et autres catastrophes, y compris pour l’approvisionnement en vaccins, réactifs et médicaments d’urgence, ont annoncé les ministres de la Santé des pays membres de la CEDEAO.
Dr Austin confirme que l’OOAS est en train de travailler avec les partenaires au développement pour asseoir un cadre de concertation et de coordination des différentes interventions dans la sous-région. «Il y a des choses qui se passent mais de façon dispersée, où chaque bailleur de fonds travaille de façon isolée. Nous voulons cette fois des actions concrètes dans les pays et entre les pays parce que les efforts nationaux peuvent porter dans les pays, mais entre les pays, c’est là où se situe le déficit», explique Austin.
Selon l’OMS, les flambées de méningite et de rougeole cette année en Afrique de l’ouest – Nigeria, Niger, Burkina Faso – et la résurgence des cas de poliovirus sauvage dans la région africaine avec 915 cas notifiés par 13 pays dont six d’Afrique de l’ouest, militent en faveur d’une coopération urgente entre les Etats frontaliers pour éradiquer les maladies transmissibles.
Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo, qui étaient indemnes de poliomyélite depuis trois ans, ont enregistré des cas. Pendant les cinq premiers mois de cette année, 352 cas de poliovirus sauvage ont été enregistrés dans la sous-région, dont 288 au Nigeria, 19 au Bénin, 10 au Burkina Faso, 14 en Côte d’Ivoire et six cas au Togo. La Guinée, le Mali et le Niger ont enregistré chacun un cas dans la même période.
Au moment où se tenait la rencontre de Ouagadougou, l’OMS et l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) ont lancé une campagne synchronisée de vaccination contre la poliomyélite au Burkina Faso, au Bénin, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Libéria, au Mali et en Sierra Leone.
En dehors de la poliomyélite, les maladies prioritaires pour les districts frontaliers incluent la méningite, le paludisme, le VIH/SIDA et la rougeole.
«Nous avons compris qu’il faut se mettre ensemble pour aboutir à des résultats concrets. Nous allons finaliser bientôt notre plan pour les bailleurs de fonds. Maintenant, la coopération et le cadre de coordination sont formalisés», ajoute Austin de l’OOAS.

