MUTARE, Zimbabwe, 1 oct (IPS) – Quelques années après avoir été prises de leurs familles et forcées de se marier et avoir des relations sexuelles avec des hommes adultes, dans un rituel shona, au Zimbabwe, pour apaiser un esprit vengeur, cinq adolescentes sont confrontées à une triste réalité.
Les jeunes filles de Honde Valley, dans le Manicaland, étaient obligées d’abandonner l'école, de devenir des épouses et mères mineures, et de vivre une vie appauvrie comme vendeuses de légumes afin de contribuer au revenu du ménage de leurs nouvelles familles.
En 1999, Felicitas Nyakama, Nesta Maromo, Juliet Muranganwa, Precious Maboreke et Perseverance Ndarangwa, qui avaient à l’époque entre sept et 15 ans, ont été remises par leurs parents à la famille de Gibson Kupemba comme un paiement pour le meurtre de l'homme. Les parents des jeunes filles ont tué Kupemba pour préparer le Muti – un médicament traditionnel – qui est parfois fait à base des parties du corps.
Selon la croyance traditionnelle, les parents d'un meurtrier doivent apaiser l'âme du défunt avec des filles vierges, parfois ayant l'âge de six ans. La vierge doit vivre avec la famille de la personne assassinée, quel que soit son âge. Quand elle atteint la puberté, elle devient la femme de l'un des hommes de sa nouvelle famille.
Gibson (junior), le petit-fils de Kupemba, a déclaré que son grand-père lui est apparu dans son sommeil, exigeant une fille vierge comme dédommagement de la part de chacune des familles impliquées dans son assassinat. Il insiste que les filles n'étaient pas obligées de se donner elles-mêmes, mais que c'était leur choix personnel pour sauver leurs familles d'un mauvais esprit.
“Elles sont venues ici confesser de leur propre gré. Chaque fille doit être accompagnée de 22 têtes de bétail”, a indiqué Kupemba junior, 28 ans, qui a épousé Precious Maboreke en 1999, quand elle avait 15 ans. Ils ont trois enfants.
Pendant que cinq filles ont été déjà promises à la famille Kupemba, Kupemba junior dit que sa famille demande encore douze autres vierges pour venger la mort de son grand-père.
'Kuripa ngozi', ou promesse d’une vierge, est une infraction punissable en vertu de Loi sur les violences conjugales du Zimbabwe; cette pratique est généralisée dans tout le pays, mais aucun coupable n'a jamais été poursuivi.
La saga des cinq filles a commencé en 1995, l'année où Kupemba a été assassiné par quatre propriétaires de boutique d'épicerie locale avec l'aide de 13 autres villageois. Le corps mutilé de Kupemba, en décomposition, a été retrouvé abandonné dans une rivière asséchée.
Quelque temps plus tard, les habitants affirment que l'esprit de Kupemba a commencé par causer des maladies et des décès subits dans les familles impliquées, amenant certains d'entre eux à avouer l’avoir tué. Les propriétaires des boutiques ont reconnu avoir coupé ses parties intimes, ses petits doigts, sa langue et une plaque de cheveux pour la préparation de médicaments traditionnels afin d’accroître leurs affaires.
Malgré les aveux, aucune arrestation n'a été faite, et les parents de Kupemba prétendent que les propriétaires des boutiques ont acheté le silence de la police.
Pour apaiser l'âme du défunt, les familles ont remis les cinq premières vierges à la famille Kupemba depuis 1999, mais le processus a été bloqué en 2006, lorsque l’organisation des droits des enfants 'Girl Child Network' (Réseau des enfants filles – GCN) a obligé la police et le ministère des Affaires sociales à enquêter sur l'affaire et retourner les filles à leurs familles.
Mais peu de temps après, les enquêtes ont été gelées. Headman Samanga, de Honde Valley, a déclaré à IPS qu’il s’est retiré de l'affaire de Kupemba, parce que toutes les familles impliquées l'ont accusé de les empêcher de régler des affaires conjugales privées.
“Dans cette zone, les gens croient fermement que 'kuripa ngozi' ne peut être réglée que par l’offre d’une fille vierge. J'étais la seule voix contre la pratique, et elle a été peu après noyée. Les familles croyaient que j'étais en train d’empêcher leurs efforts de régler leurs transgressions”, a-t-il expliqué.
Finalement, la police, qui avait sauvé quatre des filles de la famille Kupemba et les avait placées sous la garde du GCN, a ordonné au GCN de renvoyer les filles à leurs familles, qui les ont retournées à la famille Kupemba.
Seule la mère de l'une des filles, Anna Ndarangwa, affirme qu'elle a essayé de sauver sa fille du rituel. “J'ai eu une altercation houleuse avec la famille Kupemba”, a-t-elle indiqué, mais n'a pas réussi à ramener sa fille à la maison.
Ndarangwa estime qu’on a lavé le cerveau des filles pour qu’elles croient que la santé et le bien-être de leurs familles sont dépendants de leur sacrifice personnel. “C'était comme si quelque chose les animait. Je ne veux pas que ma fille paie pour un crime qu'elle n'a pas commis. Je mourrai en luttant pour elle”, a-t-elle déclaré.
Ayant peur de parler aux médias, les cinq filles ont refusé d'être interviewées par IPS.

