DAKAR, 1 oct (IPS) – Le Sénégal a enregistré environ 1,5 million de cas de paludisme en 2006, mais 275.000 cas en 2008, selon les chiffres du ministère de la Santé, soit une réduction d’un cinquième. En plus de cette réduction des cas, le taux national de morbidité dû au paludisme est passé de 8.000 cas en 1998 à 1.500 cas en 2007.
Grâce à l’aide des partenaires au développement du Sénégal, les prix des médicaments antipaludiques ont baissé dans ce pays d’Afrique de l’ouest. Ce qui permet de débourser 150 Francs CFA (environ 0,33 dollar) pour acheter les ACT (médicaments antipaludiques) aux enfants de moins de 14 ans. Les adultes achètent ces médicaments à 300 FCFA (environ 0,66 dollar) au lieu de 600 FCFA (environ 1,3 dollar). Selon la ministre de la Santé et de la Prévention, Thérèse Coumba Diop, le paludisme est une source de pauvreté, qui affecte l’économie nationale et perturbe la scolarisation des enfants. Cette maladie est un obstacle au développement, a-t-elle ajouté à IPS.
«Le Sénégal a décidé de mettre gratuitement les tests de diagnostic rapide à la disposition des structures, de réduire de 50 pour cent les prix des médicaments antipaludiques à base d’artémisine et de subventionner les moustiquaires dont le prix est de 1.000 FCFA (environ 2,2 dollars», déclare Coumba Diop. Bien que Anta Tall Dia, la directrice de l’Institut de santé et de développement – rattaché au ministère de la Santé -, parle de lueurs d’espoir dans la lutte contre le paludisme au Sénégal, elle s’inquiète néanmoins de la question de l’accès universel de tout Sénégalais aux mesures de prévention, de traitement et de soins. «Les faibles systèmes de santé sont des facteurs qui ne militent pas à l’élimination du paludisme. L’élimination de cette maladie sera un leurre s’il n’y a pas un financement viable de la mise en œuvre des interventions», dit-elle à IPS. «Il est donc important de renforcer les connaissances et les capacités des cadres supérieurs et des cadres intermédiaires de la santé dans le domaine de l’épidémiologie du paludisme, de la prévention et de la prise en charge des cas». Grâce à une visite à l’hôpital de Fann à Dakar, la capitale sénégalaise, IPS a pu constater qu’un test moderne permet de préciser le diagnostic. Tous les cas de fièvre, que l’on traitait de façon abusive comme étant liés au paludisme, sont diagnostiqués de façon exacte. Il y a également de nouveaux médicaments qui sont des ACT, qui sont, selon les experts de la santé, une combinaison de deux antipaludéens dont l’objectif est de réduire l’apparition de la résistance. «La lutte contre le paludisme est inscrite dans nos priorités. L’Etat subventionne à 100 pour cent la SP qui est un médicament qui protège la femme enceinte contre le paludisme», explique Oumou Faye, sage-femme à l’hôpital Fann. Abdoulaye Ndione, un malade de 12 ans rencontré à l’hôpital raconte à IPS qu’il est bien traité, et sa mère confirme. «Abdoulaye était fatigué et mourant avant qu’on n’arrive à l’hôpital, mais ici, il a été bien suivi, certains médicaments sont donnés gratuitement et je n’attends qu’il se rétablisse pour qu’on rentre chez nous», se réjouit-elle.
Mais, avec les inondations actuelles, tous les centres de santé sont-ils aussi bien équipés pour répondre aux sollicitations des patients? IPS s’est rendu au centre de santé de Guédiawaye, une banlieue de Dakar, pour trouver une réponse à cette question. Le constat est que les médecins sont dépassés par le nombre de malades souffrant de paludisme notamment, dont beaucoup sont couchés à même le sol. «On est débordé, voyez vous-même; chaque jour, on reçoit plus de 100 malades, la plupart souffrant de paludisme. C’est normal, le quartier est inondé, ce n’est pas facile. L’Etat fait des efforts, mais tant qu’il y aura encore des eaux stagnantes, il y aura toujours de moustiques», explique à IPS, Astou Dia Diop, une infirmière du centre. Selon Diop, la pauvreté influe beaucoup sur le comportement des populations de la banlieue. Elle affirme que les séances de sensibilisations dans les banlieues, suivies de distribution gratuite de moustiquaires imprégnées, ont été plutôt une source d’enrichissement illicite pour certaines personnes. «Ici, les gens ne pensent qu’à survivre, trouver à manger, c’est toute leur préoccupation. Pour vous dire, les moustiquaires imprégnées distribuées gratuitement pour lutter contre le paludisme, ont été vendues par des parents pour avoir de l’argent», déclare-t-elle à IPS. Ibrahima Gning, maçon et père de famille vivant Guédiawaye, reconnaît avoir vendu les moustiquaires imprégnées. «J’ai eu trois moustiquaires imprégnées, mais j’ai tout vendu. Ici on n’a rien à manger, et j’ai besoin d’argent pour nourrir ma famille. D’ailleurs, les moustiquaires ne feront rien contre les moustiques. Regarde, il y a partout l’eau, même le jour, les moustiques nous piquent», se défend-il. Cependant, le coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), Pape Moussa Thior, se réjouit de la baisse de la morbidité et du recul du paludisme au Sénégal. «Pour moi, pour mon équipe et l’ensemble des partenaires, ce sont de réels motifs de satisfaction. La morbidité proportionnelle est partie de 33 pour cent en 2006 à 5,6 pour cent en 2008», dit-il à IPS, reconnaissant qu’il reste encore beaucoup à faire. «Mais, nous disposons des moyens modernes pour traiter efficacement les malades», ajoute-t-il. Selon Bakary Sambou, chargé de la lutte contre le paludisme au bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Dakar, l’organisation appuie les pays pour la mise en œuvre des stratégies comme celle de la distribution des moustiquaires et de la sensibilisation des populations contre le paludisme. «L’OMS mobilise tous les partenaires qui peuvent intervenir et aider le programme de lutte contre le paludisme. Sur financement du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, le paludisme et la tuberculose, nous avons distribué en 2008 plus de deux millions de moustiquaires imprégnées. Des partenaires comme l’USAID, ont distribué plus de 750.000 moustiquaires…», explique-t-il à IPS.

