CORRUPTION-SIERRA LEONE: La lutte contre les pots-de-vin dans les mains de la société civile

FREETOWN, 30 sep (IPS) – La lutte contre la corruption en Sierra Leone a pris un nouveau visage. Le gouvernement et la société civile travaillent maintenant ensemble pour éradiquer la fraude endémique.

L'agence nationale de lutte contre la corruption, précédemment un organe édenté n'ayant aucun pouvoir, récemment renforcé par des amendements dans la loi, invite maintenant la société civile à jouer un rôle important dans l'élimination de la corruption dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

Selon l’Indice de la perception de Transparency International sur la corruption, la Sierra Leone figure encore parmi les 70 pays dans le monde qui sont considérés comme ayant une corruption endémique.

Il a été demandé aux membres de la société civile, récemment formés par la Commission nationale de lutte contre la corruption (ACC), de surveiller les institutions gouvernementales pour s'assurer qu'elles essaient d'être exemptes de corruption.

L’ACC lutte contre la fraude à travers une Stratégie nationale de lutte contre la corruption (NACS). Cette stratégie implique que l’ACC travaille la main dans la main avec les institutions gouvernementales pour identifier les foyers de corruption dans leurs organisations, et trouver également des solutions diverses à cela.

Les documents établis à la suite de ce processus ont été donnés à la société civile afin qu'elle puisse surveiller les institutions de l’Etat.

Ngolo Kata, le directeur d'une grande coalition de groupes de la société civile, a déclaré qu'ils ont toujours voulu jouer un rôle dans la lutte contre la corruption.

Ngolo a expliqué que l’ACC a déjà formé plusieurs membres de la société civile en matière du processus de suivi. “Des membres ont été nommés par leurs différentes organisations à travers le pays pour former un noyau de contrôleurs”.

Cette équipe de contrôleurs a fini récemment le premier et le deuxième trimestre du processus de suivi, et compile actuellement ses rapports.

“Pour réglementer notre travail, nous avons signé un code de déontologie qui contrôle la conduite de nos membres au cours du suivi et parmi ces règles, le maintien d’une lèvre serrée avec les médias est souligné”, a indiqué Ngolo.

Sholay Williams, coordinateur du projet de l'ACC, a expliqué que les rapports sur le suivi seront rassemblés au niveau régional, et présentés à un comité directeur qui supervise l'application de la NACS. “Ce noyau fera des recommandations au gouvernement sur les mesures à prendre contre les institutions défaillantes”, a confié Sholay à IPS. Selon la nouvelle Loi sur l’ACC, les défaillants paieront une amende atteignant cinq millions de leones (environ 1,4 million de dollars), seront démis de leurs emplois, indépendamment des dispositions prévues dans leur lettre de nomination.

Dans le passé, l’ACC a été décrite comme un “chien taureau sans dents”. Mais, sous le nouveau régime du président Ernest Koroma – qui est arrivé au pouvoir sur un ticket de tolérance zéro – elle est en train de récupérer ses dents. Lorsque le régime de Koroma a pris le pouvoir en 2007, il n'a pas tardé à réexaminer la Loi sur la lutte contre corruption de 1991 et à la renforcer avec une nouvelle l’année dernière.

Cette nouvelle loi a donné à l'ACC le pouvoir d'envoyer directement des cas devant les tribunaux, pour la première fois. Auparavant, on demandait à l’ACC d'envoyer d’abord tous ses cas au procureur général pour approbation. Par conséquent, plusieurs cas impliquant de hauts responsables du gouvernement ont péri sur la table du procureur général qui n'a jamais poursuivi ces affaires. L’ACC avait également manqué de la capacité d'enquêter de manière approfondie sur les cas. Il y avait un manque de coopération de la part de la société civile et du public dans la fourniture des informations ou de renseignements pertinents sur la corruption. C'était parce que beaucoup doutaient de la capacité de la commission à poursuivre les cas de corruption. Toutefois, une ACC revigorée avec une nouvelle direction et des pouvoirs renforcés, est soucieuse de lutter efficacement contre la corruption et de sauver son image meurtrie. La commission est en train de gagner la confiance du peuple. “L'introduction de la NACS est une orchestration nationale, le plan le plus large qu’un pays puisse avoir dans la lutte contre la corruption”, a affirmé Sholay. Et personne ne sera à l'abri de la nouvelle commission de lutte contre la corruption. Les ministres du gouvernement seront également placés sous les projecteurs.

Le ministre de l'Information, Ibrahim Ben Kargbo, a déclaré : “Le président jettera également activement un coup d’œil sur les rapports et évaluera la performance des ministres sur la base de ces rapports”.