LUSAKA, 25 sep (IPS) – L'économie baisse, le prix de l’engrais monte, et les agriculteurs zambiens sont en train de détourner les eaux usées pour leurs potagers. Les eaux usées non traitées constituent un cocktail de germes qui peuvent causer des maladies mortelles.
Des responsables de l'assainissement à Lusaka, la capitale zambienne, et dans la province de la Copperbelt (ceinture du cuivre), accusent les agriculteurs périurbains de provoquer des épidémies en alimentant leurs cultures avec de l'eau puante et des matières fécales humaines partiellement décomposées.
Mais Irène Moonga, une assistante commerciale dans l'une des entreprises agricoles à Lusaka, sympathise avec les agriculteurs qui essayent de gagner leur vie puisque le prix de l’engrais a augmenté au cours des deux dernières années, à 58 dollars pour un sac de 50 kilogrammes.
Et comme l'économie de la Zambie trébuche à la suite de la baisse des prix du cuivre, des consommateurs aux abois dans les centres urbains sont obligés de dépendre de plus en plus des légumes comme leur goût principal.
Un sac de feuilles de la plante de colza, chéries par les Zambiens comme un légume de table, coûte jusqu’à 30.000 Kwacha zambien (6,50 dollars) en gros au marché des produits frais où les intermédiaires qui achètent auprès des “fermes d'égouts” apportent les légumes pour la revente.
Rosemary Mwamba, une femme au marché de Kaunda-Square, à Lusaka, déclare qu'elles ne demandent pas la provenance des produits – le colza, les haricots, le maïs vert et la canne à sucre sont parmi les légumes cultivés – avant qu'elles ne décident d'acheter auprès du fermier.
“Nous sommes plus motivées par la qualité des légumes. Si les feuilles sont fraîches et grosses, alors nous achetons. Dans tous les cas, même si on nous posait des questions, je ne pense pas que cela nous aiderait, parce que si une personne sait qu'elle est en train de vendre quelque chose de mauvais, elle ne le dira pas”, a-t-elle observé.
Les responsables de la santé sont préoccupés. Jacob Bwalya, un inspecteur de la santé publique dans la municipalité de Kitwe, à 470 km au nord de Lusaka, parcourt une liste de maladies que les eaux usées non traitées peuvent répandre: la dysenterie, la fièvre typhoïde, le gardisis, l'hépatite infectieuse et la salmonelle…
“C'est à cause de cela que, conformément à la Loi sur les aliments et les drogues, c'est une grande infraction que l’on utilise des eaux usées non traitées pour arroser des légumes qui vont être vendus au public”, a ajouté Bwalya.
“Ils vont percer le tuyau d’égout puisqu’il traverse un terrain vide et utilisent les eaux usées non traitées pour arroser et engraisser leurs légumes”, a-t-il affirmé.
Le directeur général de la Société de l'eau et de l'assainissement de Lusaka, George Ndongwe, a refusé de répondre aux questions sur l'ampleur du problème dans la capitale, mais un responsable de service, qui a requis l'anonymat, a expliqué que la société s’engage dans un jeu de cache-cache avec les agriculteurs.
“Dès qu’ils voient nos hommes dans nos bassins d’eaux usées, ces gens s’enfuient dans la brousse pour ne revenir qu’après notre départ. Pour accéder aux eaux usées, ils saccagent d'abord les bassins de décantation et les tuyaux d'égouts afin de puiser dans l'effluent brut”, a-t-il dit.
Margaret Zulu, porte-parole de la Société d’eau et d’assainissement de Kafubu qui gère l'eau potable et l'assainissement sur la Copperbelt, admet que le vandalisme des tuyaux d'égouts et des bassins, afin de détourner les déchets, est un véritable casse-tête pour l'entreprise.
“De temps en temps, nous nous unissons avec les municipalités pour réduire radicalement tous les potagers qui utilisent des eaux usées non traitées et dégager les agriculteurs illégaux de la zone; mais ils reviennent toujours. Avec le choléra, une menace persistante, nous devons être sur nos gardes, particulièrement maintenant que nous tendons vers la saison des pluies”, a-t-elle expliqué.
Depuis 1991, la Zambie a connu des épidémies régulières de choléra, qui surviennent généralement au début ou au milieu de la saison des pluies, qui va de novembre à avril. La plupart des cas de choléra enregistrés – souvent au-delà de 10.000 chaque année – se produisent dans les installations imprévues de Lusaka.
Mais il est intéressant de noter que l'épidémie de l'année dernière, par exemple, n’a pas commencé à Lusaka ou dans la Copperbelt où beaucoup de personnes mangent les légumes engraissés par les eaux usées, mais dans des camps de pêche dans le district de Mpulungu, de la Province du Nord, sur les rives du lac Tanganyika, avant de se répandre sur les localités à forte densité, à Lusaka et à Kitwe.
Les agriculteurs profitent de cela pour justifier la poursuite de l'utilisation des eaux usées non traitées dans leurs lopins de terre, bien que le choléra soit seulement une de toute une série de maladies potentielles. Samson Zulu, un agriculteur, qui possède un potager au pied des bassins de décantation de Kaunda-Square à Lusaka, est impénitent.
“Que veulent-ils que nous fassions? Nous avons des familles à nourrir et ce gouvernement, même celui qui était là avant lui, a refusé de donner aux gens un emploi”, a déclaré Zulu, avec amertume.
ENCADRE: Il existe un nombre de techniques de compostage des matières fécales humaines pour produire de l’engrais. Au Malawi, par exemple, les fermiers ajoutent de la cendre et du sable aux matières fécales et à l'urine, produisant de l'engrais sur une période de six mois.
Mais le rajout de la cendre et le temps de compostage sont essentiels pour éliminer les micro-organismes nuisibles. Les fermiers zambiens, qui cultivent des légumes près des installations municipales de collecte des eaux usées, sont simplement en train de déverser des eaux usées fraîches, non traitées, sur leurs cultures.

