EDUCATION-RD CONGO: Les parents réclament la gratuité de l’école primaire

GOMA, RD Congo, 21 sep (IPS) – Quelque 180.000 élèves n’ont pas pu rentrer à l’école ce mois au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), selon les Nations Unies. A Dungu, un district de la Province orientale, dans le nord-est, c’est le nombre d’élèves qui a beaucoup baissé faute de moyens pour les parents de scolariser leurs enfants.

Plusieurs parents, parmi lesquels Adolphe Mukole et Honoré Muciga, deux habitants de Goma, au Nord-Kivu, ont exprimé à IPS leur inquiétude pour «l’avenir de leur enfants qu’ils ne peuvent plus scolariser faute de moyens». Pourtant, soulignent-ils, «l’article 43 de la constitution du pays affirme que l’enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics», tandis que «l’article 44 dit que l’éradication de l’analphabétisme est un devoir national pour la réalisation duquel le gouvernement doit élaborer un programme spécifique».

«Il n’existe aucun programme politique en matière d’enseignement dans notre pays», affirme Auguste Shamamba, un parent de deux élèves et enseignant à l’école primaire privée Mwanzo de Bukavu, au Sud-Kivu. «La souffrance des parents, qui supportent l’enseignement en payant de leurs poches les salaires des enseignants, a fini par dévoiler, depuis les années 1980, l’incapacité totale du gouvernement à prendre en charge le domaine de l’éducation», dit-il à IPS. Shamamba ajoute que «l’incapacité de l’Etat est d’autant grande qu’il ne parvient même pas à réglementer ces cotisations (payées par les parents) qui sont versées depuis plus de 20 ans et dont certains responsables d’écoles fixent le barème abusivement».

Le taux moyen de ces cotisations varie entre 120 dollars US par an pour des écoles publiques dont les parents d’élèves sont relativement pauvres et 250 dollars pour des écoles plus ou moins riches. Mais dans les écoles privées essentiellement fréquentées par des parents nantis, ces cotisations montent jusqu’à 800 dollars l’an.

A chaque rentrée scolaire, cette question est à la base d’un bras de fer entre le gouvernement, les responsables d’écoles, les parents, les syndicats et la prélature catholique, notamment pour ce qui est de la hauteur des cotisations à payer par les parents pour le fonctionnement des écoles.

A Kinshasa, ce bras de fer vient d’être exacerbé par deux décrets pris le 6 septembre par Monseigneur Laurent Monsengwo, archevêque de la capitale congolaise. Le premier fixe le maximum des cotisations à payer pour le cours primaire à 100 dollars et à 180 dollars US pour le secondaire dans toutes les écoles conventionnées catholiques de la capitale. Le second décret crée un «Fonds commun de solidarité» où, selon le prélat, «les bienfaiteurs pourraient mettre de l’argent en appui à ces écoles afin de promouvoir une solidarité avec les enfants des familles plus pauvres et plus démunies».

Les écoles conventionnées en RDC fonctionnent sous une convention passée entre l'Etat et l'église catholique pour la gestion de certains établissements construits par l'église.

Mais, les décrets de l’église catholique ne sont pas bien reçus par certains parents comme Philippe Lutonadio de Kinshasa, qui estime que «très peu de parents seront capables de payer de tels montants puisque la plupart d’entre eux travaillent pour l’Etat et sont eux-mêmes non payés depuis de longs mois». Mgr Monsengwo a indiqué à IPS que «si les parents et les enseignants constatent que les exigences éthiques et morales qu’on demande aux écoles conventionnées catholiques dépassent leurs capacités, ils doivent se retirer et aller où ils peuvent».

Pour sa part, Maker Mwangu Famba, ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, a déclaré devant des journalistes : «Nous ne sous-estimons pas les difficultés des parents à payer ces cotisations. Hier, il y a certains parents qui ont eu aussi beaucoup de difficultés pour assurer notre propre formation. Nous devons faire la même chose pour nos enfants, même si les conditions aujourd’hui sont beaucoup plus différentes». Il faisait le constat de «l’incapacité budgétaire de l’Etat à assurer le bon fonctionnement des écoles». Afin de trouver des solutions durables, Lutonadio propose : «Comme chacune des provinces a désormais sa propre politique conformément à la loi sur la décentralisation, que les gouvernements provinciaux prennent conscience qu’ils sont les seuls remparts pour les parents et qu’ils décrètent la gratuité de l’école primaire comme l’exige la constitution du pays et comme l’a déjà fait la province du Katanga», la province du sud-est de la RDC.

En effet, dans la province du Katanga, les écoles primaires ont vu le nombre d’élèves accroître et elles sont même débordées depuis que le gouvernement provincial a décidé de la gratuité de l’enseignement pour les trois premières années du cycle primaire.

Seul le Katanga – sur les 11 provinces du pays – a déjà décrété cette gratuité limitée «à cause des contraintes budgétaires pour la province, mais que le gouvernement provincial espère surmonter l’année scolaire suivante en étendant cette gratuité à tout le cycle primaire», explique Mulongo Beula 1er Ndala, chef coutumier et député provincial au Katanga. Mulongo, dont deux neveux et deux petits-fils bénéficient déjà de cette mesure, a dit à IPS que «la gratuité de trois années d’école primaire au Katanga est un pas dans l’exécution des dispositions de la constitution et dans la lutte contre l’analphabétisme au Katanga». Il estime que «ce programme contribue largement à l’allègement des charges que les parents d’élèves étaient obligés d’endurer chaque année».

De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en RDC a souhaité, dans un communiqué ce mois, que toutes les provinces congolaises adoptent effectivement le principe de la gratuité de l’école primaire.

Dans le cadre de son projet «Education pour tous», lancé au début de ce mois, l’UNICEF propose au gouvernement congolais «d'inscrire chaque année, en première année primaire, 1,5 million d'enfants en âge d'aller à l'école dont 750.000 filles». Ce projet, chiffré à six millions de dollars US pour l’année scolaire en cours, «vise à couvrir 3,4 millions d'élèves et 53.000 enseignants des écoles publiques conventionnées du pays qui seront dotées de fournitures scolaires et de matériel didactique», a indiqué Joyce Brandful, de l’Unité communication de l’UNICEF à Kinshasa, joint par IPS.