LE CAP, 3 sep (IPS) – C'est la mi-journée, mais Lyle Arendse, 25 ans, d'Athlone aux Cape Flats, une banlieue tentaculaire du Cap, est à la maison. Il a abandonné l’école il y a près de 10 ans et est depuis au chômage. “C'est à cause de la drogue – la tik (méthamphétamine) et l'héroïne – que j'ai abandonné l'école”, reconnaît-il.
“Je ne travaillais pas bien sur le plan scolaire parce que tout ce à quoi je pouvais penser était de prendre ma dose suivante”. Il a arrêté de prendre la drogue il y a environ 18 mois. “J'ai constaté que personne ne se souciait plus de moi. J'ai perdu la confiance de mes amis parce que je les ai oubliés pour entretenir mes habitudes. Ma copine m'a quitté et mon père ne veut pas avoir affaire à moi”. Arendse peut être “propre”, mais il est toujours prudent pour sortir et il choisit ses amis attentivement. “Je ne peux pas aller aux endroits où je traînais avant. Je sais qu'il y a des dealers là-bas et je ne sais pas si je suis déjà assez fort pour leur résister. J'essaie de m’occuper en nettoyant la maison de ma tante. Elle m'a recueilli lorsque je n'avais nulle part ailleurs où aller. “Je sors avec mes cousins parce que je me sens en sécurité avec eux. Ils ne me laisseront pas prendre de la drogue”. Arendse est l'un des millions de Sud-Africains qui sont quotidiennement confrontés à la tentation de la drogue. Mais cela pourrait devenir même plus difficile de résister à cette tentation pendant la frénésie de la Coupe du monde de football de la FIFA, prévue en Afrique du Sud, en juin 2010. Le Bureau des Nations Unies pour la lutte contre la drogue et le crime (ONUDC) et l’Autorité centrale contre la drogue (CDA) de l'Afrique du Sud ont récemment prévenu que les cartels de la drogue pourraient utiliser cet événement international – qui connaîtra plus de 400.000 visiteurs amateurs du sport affluer vers le pays – pour faire entrer de grandes quantités de drogues. Lors d'une récente conférence de presse, Dr Jonathan Lucas, représentant régional de l'ONUDC, a souligné la difficulté de bien contrôler les activités de drogue en Afrique du Sud avec des niveaux élevés de corruption au sein de la police et parmi les agents des frontières. Il y a également un manque de service de renseignements adéquat sur les crimes. “Le trafic de drogue augmente toujours avec les grands événements – en Allemagne, le commerce et l'utilisation de drogues avaient augmenté pendant la Coupe du monde qui a été organisée là-bas en 2005”, déclare à IPS, dans un entretien, David Bayever, vice-président de la CDA, un organe statutaire qui conseille le gouvernement sur les questions de stupéfiants. “Nous nous inquiétons du fait que la projection, en plein air, des matches attirera des milliers de spectateurs où des vendeurs saisiront l’occasion pour vendre des drogues”. Selon Bayever, l’Afrique du Sud est sur la voie de transit du trafic de drogue de l'Amérique du sud vers l'Asie et elle est devenue également un marché lucratif pour les cartels de la drogue opérant au niveau régional. La valeur de la drogue qui transite par ce pays est estimée à environ quatre milliards de dollars par an. Les drogues sont également introduites dans le pays à partir de l'Orient et de l'Afrique de l'ouest. Dr Roger Meyer du Centre de rééducation Kenilworth, dans la province du Cap occidental, confie à IPS que le centre de santé est en train de mettre en place des structures afin de s'assurer qu'il dispose suffisamment de ressources pour les traitements d'urgence de la toxicomanie pendant la Coupe du monde. “Nous faisons toujours des efforts supplémentaires chaque fois qu'il y a un événement international au Cap”, a expliqué Meyer. “La Coupe du monde est un événement extrêmement lucratif qui attirera des hommes d'affaires venus du monde entier. Je suis sûr que ces personnes incluent des gens qui tirent profit de l'industrie des drogues illicites”. Les forces de sécurité sont en train de prendre aussi des dispositions. “Nous avons en place un plan qui implique les Services de police d’Afrique du Sud, la force de défense, les services des recettes, les autorités portuaires et aéroportuaires”, indique à IPS, Vish Naidoo, porte-parole de la police nationale. “Nous seront non seulement en état d'alerte pour les drogues illicites, mais aussi pour les armes à feu illicites et la circulation des personnes sans papiers. “Il y aura en service 41.000 agents de police spécialisés et expérimentés dans le contrôle des grands événements. Nous travaillons également en étroite collaboration avec différents pays afin d'identifier des criminels notoires pour les empêcher d'entrer en Afrique du Sud”. Mais toutes ces mesures n'impressionnent pas Arendse. “Il y a déjà beaucoup de drogues en Afrique du Sud. Il est facile de fabriquer la méthamphétamine, et elle est bon marché. Avec (trois dollars) vous pouvez acheter assez de méthamphétamine pour au moins cinq doses. Et elle est facile à trouver dans les boîtes de nuit, aux coins des rues et dans certaines des maisons les plus belles”. Bayever admet : “L'usage de la drogue chez les Sud-Africains est le double de la norme mondiale”. L’Afrique du Sud dépense environ 18 millions de dollars par an sur la rééducation et d’autres dépenses connexes. Selon un rapport du Réseau sud-africain de l’épidémiologie communautaire sur l’utilisation de drogues (SACENDU), un organe qui recherche l'abus de drogues dans le pays, 2.807 malades étaient traités dans la province du Cap occidental au cours de la période de juin à décembre 2008. Dans la province du KwaZulu-Natal, sur la côte-est du pays, 1.537 malades étaient traités, et dans la province de Gauteng, le centre économique du pays, il y avait 3.158 admissions dans les centres de traitement au cours de la même période. Au Cap occidental, 12 pour cent de ceux qui étaient traités étaient des étudiants ou en âge d’aller à l’école alors qu’à Gauteng le chiffre était de 18 pour cent. Selon le SACENDU, le cannabis est la substance illicite la plus couramment consommée. Toutefois, au Cap occidental, la méthamphétamine est la substance la plus courante chez les malades de moins de 20 ans. D'autres substances consommées sont la cocaïne et le crack, l'héroïne, l'ecstasy et l’acide lysergique diéthylamide (LSD).
Les chiffres donnés par Bayever indiquent qu'il existe 3,2 millions de consommateurs de cannabis en Afrique du Sud tandis que 300.000 personnes consomment la cocaïne, et 320.000 utilisent des stupéfiants tels que la méthamphétamine et l'ecstasy régulièrement.
Meyer affirme que “dans les communautés défavorisées, les emplois sont rares. L'industrie de la drogue semble être une porte de sortie. Les pivots sont souvent ceux qui semblent avoir réussi – ils se déplacent dans de grosses voitures et vivent dans de grandes maisons. “Les jeunes de ces communautés pourraient voir ces personnes comme des modèles de rôle et devenir des 'contrebandiers' pour eux dans l'espoir de monter dans les rangs, de se libérer éventuellement de la pauvreté”. La Coupe du monde n’est pas seulement une occasion sensationnelle pour les amateurs du football.

