KIMWENZA, RD Congo, 29 août (IPS) – L’abattage systématique des arbres et les constructions anarchiques provoquent la destruction de l’environnement et des érosions qui emportent des maisons coupant des routes à Kimwenza, une bourgade rurale d’environ 100.000 habitants, située non loin de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
Des habitants de la place parmi lesquelles certaines autorités administratives estiment que «l’Etat n’a rien fait pour prévenir ces érosions ni cette destruction environnementale» et que, bien au contraire, «des conservateurs des titres fonciers (qui dépendent du gouvernement) ont contribué à cette destruction en octroyant des concessions foncières en désordre, sans imposer un plan cadastral à ceux qui les acquéraient».
Donat Kanyinda, assistant du bourgmestre (maire), a confirmé cette information en se plaignant même que par cette destruction environnementale, sa propre maison, «bien qu’éloignée des principales têtes d’érosions, a fini par perdre toute sa valeur vénale» parce qu’elle est entourée par ces têtes d’érosions.
La grande inquiétude est celle qui est exprimée par les mères des familles habituées à faire le déplacement de Kinshasa pour vendre des légumes ou pour aller y offrir leurs services domestiques dans des maisons de la capitale. Portant un gros fagot de légumes sur la tête, marchant à pieds depuis environ une heure, Wivine Kipoyi, mère de trois enfants et dont le mari est sans emploi, a dit à IPS qu’elle va tous les jours au centre-ville de Kinshasa pour y vendre ses légumes. Mais elle a ajouté : «J’ai peur de l’annonce de la pluie. Et je ne peux plus demander à mes enfants de traverser ces ravins pour aller eux aussi vendre les légumes en ville, puisque ces ravins pourraient s’écrouler sur eux, si jamais ils y sont surpris par des éboulements des collines de sable». Kipoyi s’adressait ainsi à IPS la semaine dernière pendant la traversée d’un ravin large d’environ trois mètres et long d’environ 500 mètres, causé par «une érosion qui a déjà englouti une vingtaine de maisons, à cause d’un déboisement systématique et des constructions anarchiques le long de l’avenue de l’université», selon elle.
Une autre femme, qui traversait les ravins au même moment, disait à IPS de tout faire pour «demander au gouvernement de venir changer cette situation qui handicape toute la vie des habitants de Kimwenza, particulièrement celle des élèves et jeunes enfants qui doivent chaque fois traverser ce dangereux ravin pour se rendre de l’autre côté à l’école».
D’autres personnes parmi lesquelles des conducteurs de minibus, habitués à assurer le transport en commun, déplorent qu’ils soient «obligés de faire un grand détour pour amener les passagers» à Kimwenza, «au seul motif que l’avenue de l’université qui est la route principale soit totalement parsemée de ravins».
Jules Kambayi est un de ces conducteurs qui dénonce “l’irresponsabilité des services de l’Etat”. Il a déclaré à IPS que «cette érosion était évitable», mais que «les services cadastraux n’ont pas su contrôler les autorisations de bâtir qu’ils délivraient pour exiger que soient respectés les arbres et que soient prévus des canaux de conduite des eaux de pluie». Estimant le nombre des maisons que l’Etat devrait détruire, Kambayi a indiqué que «plus de 80 pour cent des constructions de son quartier ne sont ni pourvues de conduites d’eaux de pluie ou des sorties d’eaux des ménages, ni de jardins ou des arbres pour soutenir le sol». A Kimwenza, «faute des canalisations, les eaux des pluies et des ménages se fraient des passages et finissent par créer des ravins et même de grands éboulements de terres», a-t-il expliqué.
Loin de toute action des services de l’Etat, Kimwenza, essentiellement habité par des congrégations des religieux catholiques, ne survit finalement que grâce aux interventions ponctuelles de ces groupes. Tel est le cas de la communauté des pères jésuites qui y habitent depuis plusieurs décennies et qui sont plusieurs fois intervenus pour sensibiliser la population et initier des actions de reboisement.
Les services de l’Etat sont absents à Kimwenza pour la simple raison que dans toute la RDC, les villages et les campagnes sont généralement considérés comme des endroits reculés où l’Etat ne dispose formellement d’aucun bureau et où la gestion de la cité est abandonnée aux chefs coutumiers, sans moyens d’intervention.
Daniel Syauswa, directeur général de l’Institut supérieur agronomique et vétérinaire (ISAV) appartenant aux jésuites, a déclaré à IPS qu’il a «déjà sensibilisé jusqu’aux églises protestantes de la place sur la nécessité d’une lute concertée contre les érosions qui menacent». Mais, il regrette qu’aucune action n’ait été entreprise par la population qui, selon lui, est en proie à la pauvreté et est d’abord préoccupé par les problèmes de survie – sa priorité. Syauswa dit qu’il espère qu’un jour, «la population s’appropriera les initiatives lancées par les jésuites et se constituera des noyaux locaux de sensibilisation et même d’actions concrètes pour la réhabilitation de son environnement».
Toutefois, «une lueur d’espoir vient de nous être lancée par un député national qui a dit que le gouvernement vient de débloquer une somme de 15 millions de dollars US et qu’il les aurait remis à une entreprise chinoise opérant à Kinshasa pour réhabiliter la grande avenue de l’université», affirme Michel Lobunda, un autre prêtre qui habite la localité. Mais, cette information n’a pas été confirmée par des sources officielles contactées par IPS.
En attendant une éventuelle intervention concrète de l’Etat, Syauswa de l’ISAV s’est décidé à «planter entre deux et trois hectares d’acacias pour contenir les eaux de pluies et soutenir le sol» dans la zone, avec l’aide de la communauté des prêtres jésuites.

