PORT-LOUIS, 27 août (IPS) – L’ampleur que prend la grippe AH1N1 à l’échelle mondiale a de quoi inquiéter les Africains. L’Ile Maurice n’a pas été épargnée par le virus de cette grippe qui est déjà responsable de cinq morts, dont deux enfants.
Le communiqué du Conseil des ministres mauricien du 14 août, se veut pourtant rassurant. Il dit que le «gouvernement suit de près l’évolution de la situation concernant l’évolution de la grippe AH1N1 à Maurice aussi bien qu’à Rodrigues», une petite île située à 360 kilomètres au nord-est de Maurice.
Selon le communiqué, 29 cas d’infections confirmées ont été enregistrés à ce jour à Maurice et un cas à Rodrigues. «Trois cas de mortalité ont aussi été enregistrés. Six patients sont actuellement sous traitement dans les salles d’isolement des hôpitaux. Parmi eux, il y a un étudiant du collège d’Etat Sookdeo Bissoondoyal…» Mais, selon les nouveaux chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), reçus le 23 août, l’île compte désormais 69 cas de grippe AH1N1 dont cinq décès enregistrés. Et selon l’OMS, après 45 cas avérés, c’est déjà la pandémie.
«Un centre d’isolement a été créé dans chaque hôpital du pays pour l’admission des cas positifs ou suspectés de l’être. Des unités spéciales, désignées comme 'Flu-Clinics', ont été aménagées dans les quatre hôpitaux régionaux et dans les centres de santé régionaux pour accueillir les malades souffrant d’influenza», indique le communiqué. Une autre unité de soins a ouvert ses portes il y a deux semaines à Flacq qui est le plus grand village de Maurice. «De plus, une campagne nationale pour le lavage des mains a été lancée mercredi dernier à l’école du gouvernement sir Veerasamy Ringadoo. Une campagne identique sera lancée à l’école primaire Daneswock Sewraz de Triolet», ajoute le communiqué. Mais, malgré les assurances du gouvernement, la situation semble être hors du contrôle des autorités mauriciennes. En l’espace d’un week-end, deux autres morts sont venues alourdir le bilan initial. Ce qui fait un total de cinq décès jusqu’ici. La première personne victime du virus de la grippe AH1N1 au début de ce mois a été une femme d’une cinquantaine d’années. Quelques jours plus tard, c’était une fillette de quatre ans qui en décédée. Le lendemain, il y a eu deux autres décès liés à la grippe AH1N1 : un photographe de 29 ans et un garçonnet de deux ans et demi. Et le cinquième mort est un ingénieur informaticien de 46 ans, à l’Université de Maurice.
Ces disparitions ont plongé les familles des défunts dans un grand désarroi. «Si je dois vous raconter ma petite fille, c’est un livre que vous pourrez écrire. Au pire, je m’attendais qu’elle soit admise au département des soins intensifs de l’hôpital, mais pas qu’elle y laisse la vie. Ses dernières paroles ont été: Maman, prends-moi», raconte entre deux sanglots Nasreen Ausgur, la mère de la fillette décédée. De son côté, Dominique Antoine, la mère du petit garçon mort, affirme avoir «découvert un corps sans vie dans son lit. Il y avait des vomissures près de ses lèvres». Pour sa part, la famille de la femme de 50 ans est toujours sous le choc de sa mort, et ses quatre filles ne cessent de pleurer sa disparition. De son côté, l’ingénieur décédé laisse derrière lui une veuve et une fillette de sept ans. Si l’on se fie aux estimations du ministère de la Santé mauricien, le pire est à craindre. Environ 40 pour cent de la population pourrait être concernée par le virus de grippe AH1N1. L’Ile Maurice serait «le pays d’Afrique le plus touché», selon certaines sources. La question que tout le monde se pose est la suivante: Maurice a-t-elle les moyens de lutter contre une telle pandémie? Dans les hôpitaux publics, le pays ne dispose que de 46 lits dans les salles d’isolement et seulement 12 tests de confirmation peuvent être pratiqués quotidiennement alors que le nombre de cas rapportés a augmenté. L’association des médecins privés a réclamé la fermeture des établissements scolaires pour deux semaines «afin de réduire de 30 à 40 pour cent la propagation de la maladie», comme cela a été fait à Bombay en Inde, et à Bangkok en Thaïlande. Cette demande est soutenue par de nombreuses interventions publiques sur les ondes des radios privées mauriciennes. Le ministre de l’Education de Maurice, Dr Vasant Bunwaree, qui avait refusé, dans un premier temps, d’envisager la fermeture des écoles, a dû finalement céder face à la pression populaire. Toutes les institutions scolaires sont fermées jusqu’au 31 août prochain. Même l’église catholique a changé ses rituels pour faire face à la pandémie. Dans un communiqué, le diocèse de Port-Louis, la capitale mauricienne, explique qu’afin d’éviter la propagation du virus de la grippe AH1N1, les fidèles, les prêtres et les laïcs officiant – qui présentent des symptômes reconnus par un médecin comme étant ceux de la grippe A – sont priés de ne pas participer aux célébrations communautaires, aux réunions et rassemblements, ni de les animer. Temporairement, le contact des mains lors du partage de la paix est supprimé. L’eau bénite ne sera pas mise dans les bénitiers jusqu’à nouvel ordre. Certaines personnes sont plus fragiles que d’autres face au virus de la grippe AH1N1. Ce sont les personnes âgées, les diabétiques, les cardiaques, et les femmes enceintes. Selon Dr Anil Deelchand, responsable du système de veille du virus de la grippe A, «les femmes enceintes souffrant d’une fièvre courent des risques de perdre leur bébé et de développer des complications».
Plusieurs pays africains ont notifié officiellement à l’OMS de cas confirmés de grippe AH1N1. Jusqu’à présent, il y aurait 1.220 cas confirmés dont 826 dans la région africaine de l’OMS. L’Afrique du Sud est en tête avec 700 cas, suivie de l’Egypte avec 314 cas. Une conférence régionale sur la pandémie de la grippe AH1N1 s’est récemment tenue à Johannesburg, en Afrique du Sud, mais elle n’a pas décidé d’une interdiction formelle des voyages. Il a simplement été recommandé aux personnes présentant des symptômes de grippe de différer leur voyage à l’étranger et aux voyageurs qui présentent de tels symptômes de consulter les services médicaux à leur retour chez eux. Ce sont des mesures de prudence qui peuvent limiter la propagation de nombreuses maladies transmissibles, dont celui du virus la grippe AH1N1.
Cette grippe a également un coût économique élevé. Si le Tamiflu (médicament qui traite le virus de la grippe AH1N1 est disponible gratuitement dans le secteur public, son stock serait limité à 13 pour cent des 1,2 million d’habitants de Maurice. Ce stock devrait bientôt pouvoir couvrir les besoins de 25 pour cent de la population, selon le ministère de la Santé. Dans le privé, ce médicament coûte cher. Il se vend en pharmacie à 994 roupies (environ 30 dollars). L’Antiflu, médicament générique au Tamiflu, est lui en vente à un prix légèrement inférieur, soit 683 Rs (environ 20 dollars). Ce qui reste toujours hors de portée du Mauricien au bas de l’échelle, qui perçoit un salaire minimal mensuel de 3.500 Rs (environ 105 dollars). Et dans bon nombre de pays africains, le scénario pourrait être pire. Ce qui montre bien que l’Afrique est très vulnérable face au virus de la grippe AH1N1.
*(Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une organisation non gouvernementale d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre 'Gender Links' et IPS).

