WASHINGTON, 28 juil (IPS) – Des représentants venus de quatre grands pays producteurs du coton sont arrivés à Washington la semaine dernière pour engager un dialogue sur les subventions au coton qu’ils considèrent comme des pratiques commerciales déloyales des Etats-Unis.
Les ministres du Commerce des soi-disant 'Coton-4' ou les pays C4 – le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad et le Mali – se sont exprimés au cours d’une conférence le 21 juillet à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, ainsi qu’à une conférence de presse le 22 juillet au Club de la presse nationale. Mamadou Sanou, coordinateur des pays C4 et ministre du Commerce, de l’Entreprenariat, et de l’Artisanat du Burkina Faso, s’était exprimé au nom des pays C4 à la conférence de presse du 22 juillet.
“Les subventions au coton des Etats-Unis et de l’UE (Union européenne) ont un impact très négatif sur le secteur du coton en Afrique”, a déclaré Sanou, s’exprimant à travers un interprète. “Nous sommes venus à Washington avec beaucoup d’espoir. Le secteur du coton en Afrique a réellement besoin de notre attention aujourd’hui”. Les représentants des C4 souhaitent parvenir à un accord par lequel les Etats-Unis réduiront leurs subventions au coton. Ils ont souligné un accord de 2005 des membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans lequel les membres se s’étaient engagés à réduire les subventions faussant le commerce, d’une manière “ambitieuse, spécifique et prompte”. Jusqu’ici, les pays C4 ne sentent pas que cet objectif ait été poursuivi.
Les Etats-Unis sont le principal exportateur de coton au monde et accordent de lourdes subventions à leurs fermiers, faisant d’elles une attention primordiale pour les dirigeants des C4, qui ont tenté d’engager le monde dans un dialogue sur le sujet depuis le début des négociations de l’OMC au Cycle de Doha en 2001. “Les dirigeants des C4 affirment que leurs tentatives pour négocier un accord au cours des pourparlers de l’OMC ont été ignorées. “Nous n’avons reçu aucune réponse ou contre-proposition de la part des Etats-Unis”, a souligné Sanou. “Comment pouvons-nous avoir une solution s’il n’existe aucun dialogue? Notre proposition est sur la table. Elle est restée trop longtemps sur la table sans aucune réponse”.
Le Cycle de Doha a été notamment improductif, traînant en longueur pendant près de huit ans à cause des retards et des ruptures entre les nations développées et les nations en développement. Les négociations ont échoué en juillet 2008 pour la troisième fois en sept ans. Le sujet du coton a été débattu avant cet échec, frustrant les nations productrices de coton les plus petites. Pour cette raison, a confié Sanou, les nations C4 se tournent vers la conférence ministérielle de l’OMC en novembre à Genève, où ils espèrent que le coton sera réglé.
Les pays C4 ont menacé de retarder davantage les négociations de Doha si un accord sur les subventions au coton n’est pas obtenu. “Les C4 sont ouverts aux négociations. Ils sont ouverts à un dialogue”. Toutefois, a-t-il déclaré : “Il n’y aura aucune solution au Cycle de Doha sans une solution au coton”.
Le coton est indispensable pour les économies de beaucoup de pays d’Afrique occidentale et centrale, avec 15 millions de personnes impliquées dans sa production dans la région. La production cotonnière dans la région a augmenté presque quatre fois depuis les années 1980, et représente cinq à 10 pour cent des produits intérieurs bruts (PIB) de ces nations.
Cette région constitue une partie essentielle du marché mondial du coton, contribuant à près de 15 pour cent des exportations de coton dans le monde. Pris ensemble, les pays C4 constituaient en 2008 les huitièmes plus grands producteurs de coton et les cinquièmes plus grands exportateurs de coton au monde, selon des données du département américain de l’Agriculture. Bon nombre d’économistes conviennent que les subventions agricoles dans des grandes économies productrices de coton, comme les Etats-Unis et l’Union européenne, ont fait du tort au marché du coton africain. Lorsque des gouvernements stimulent la production, un excédent de coton est produit, ce qui baisse les prix mondiaux et réduit le revenu des producteurs dans les pays qui n’ont pas de telles protections (les subventions). Le gouvernement des Etats-Unis donne annuellement environ trois milliards de dollars dans les subventions aux producteurs de coton américains. Une étude d’Oxfam en 2007 estimait que si les subventions au coton américain étaient totalement supprimées, le prix mondial du coton augmenterait de six à 14 pour cent, avec le prix pour les cultures des agriculteurs d’Afrique de l’ouest s’élevant de cinq à 12 pour cent. Toutefois, la réduction des subventions américaines a évolué moins que faisable puisque le marché du coton américain a diminué au cours des récentes années, largement à cause de la crise économique mondiale, de la baisse de la demande, et de l’utilisation croissante de mesures protectionnistes en Chine et en Inde. Comme l’a déclaré à Reuters la semaine dernière, Mark Lange, le président du Conseil national du coton : “Une réponse efficace à ce qui se passe en Chine et en Inde doit être trouvée”. Au cours de la campagne agricole 2005–2006, les Etats-Unis ont produit 5,2 millions de tonnes de coton; en 2008-2009, ce chiffre a vertigineusement baissé de 46 pour cent, tombant à 2,8 millions de tonnes. Les exportations du coton américain ont également chuté de près de 25 pour cent au cours de ces trois dernières années. A la question de savoir si cette réduction des exportations des Etats-Unis et l’augmentation des prix ont aidé l’industrie cotonnière de son pays, Sanou a déclaré que même le rendement plus petit du coton américain est assez grand pour faire baisser les prix dans d’autres pays. Il a parlé des récents changements apportés au marché mondial de coton : “Ce n’est pas une solution; c’est juste un arrangement temporaire de la situation. Nous recherchons une solution systématique”.
Cette solution peut venir partiellement de la considération des subventions au pétrole. Steve Suppan, un analyste principal de politique à l’Institut pour la politique agricole et commerciale, un groupe de réflexion progressiste basé à Minneapolis, qui est généralement sceptique de l’agro-industrie, a indiqué à IPS que les pays membres de l’OMC feraient bien de prendre en compte les prix du pétrole lorsqu’ils discutent du marché mondial du coton. “Le fait essentiel de la question est ceci: les prix du coton suivent les prix de la fibre à base de pétrole, parce que le pétrole est beaucoup plus fortement subventionné que le coton”, a indiqué Suppan. Parce que le coton fait concurrence avec les fibres à base du pétrole, les subventions au pétrole peuvent donner aux fibres à base du pétrole un avantage compétitif, réduisant la demande pour le coton. Suppan a ajouté que, bien que les prix du pétrole soient si influents, ils sont souvent ignorés dans les débats sur les subventions à l’agriculture. “[L’influence des prix du pétrole] est certainement oubliée dans les négociations de l’OMC. Parmi les économistes des produits de base, cela est certainement considéré comme une question problématique”. Aussi sur l’agenda pour les dirigeants des C4 la semaine dernière, figurait une rencontre avec le membre du Congrès Donald Payne le 23 juillet. Une réunion programmée avec Ron Kirk, le représentant des Etats-Unis pour le commerce, a été repoussée à cette semaine, comme les représentants des C4 envisagent de le rencontrer à Nairobi, au Kenya.

