LE CAP, 27 juil (IPS) – Le refus d’appuyer le financement des programmes de traitement du VIH/SIDA pourrait entraîner un nombre croissant de décès, notamment en Afrique.
“Il nous faut 17 à 18 milliards de dollars par an, ou un total de 123 milliards de dollars au cours des sept prochaines années (pour financer les programmes de VIH à travers le monde), mais tout ce que nous avons, c’est 20 milliards de dollars, nous laissant avec un écart de financement de 103 milliards de dollars”, a averti Eric Goemaere, directeur de l’organisation non gouvernementale internationale Médecins sans frontières en Afrique du Sud. Goemaere était parmi des milliers de chercheurs, de cliniciens, de décideurs et d’activistes communautaires ayant participé à la cinquième Conférence de la société internationale de lutte contre le SIDA (IAS) sur la pathogenèse, le traitement et la prévention du VIH, qui a pris fin le 22 juillet au Cap, en Afrique du Sud. Le Plan présidentiel d’assistance d’urgence au SIDA des Etats-Unis (PEPFAR), qui fournit plus de 3,7 milliards de dollars à la prévention et la prise en charge du VIH à travers le monde, n’a pas augmenté son budget cette année, malgré la promesse du président Barack Obama d’une augmentation annuelle d’un milliard de dollars. Le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, un autre bailleur mondial clé, a annoncé qu’il est en train d’être confronté à un déficit budgétaire de trois à quatre milliards de dollars. Goemaere a déclaré que ce déficit de financement était particulièrement tragique parce qu’avec sept millions de personnes dans le besoin du traitement anti-rétroviral à travers le monde, “le besoin augmente toujours, et nous avons promis l’accès universel. Il est inacceptable que nous disions qu’il n’y a pas d’argent au plan international”. Selon Goemaere, la menace au financement du VIH a moins à faire avec la crise financière mondiale qu’avec un manque général d’engagement de la part de certaines nations riches telles que la France et l’Italie, qui fournissent respectivement 0,4 pour cent et 0,1 pour cent de toutes les ressources du VIH/SIDA dans le monde, malgré la taille de leurs économies. En Afrique australe, l’une des régions les plus durement touchées par la pandémie, les résultats des réductions du financement de la part des bailleurs internationaux ont déjà produit l’effet escompté. Le gouvernement tanzanien, par exemple, était obligé de réduire d’un quart son budget pour le VIH, alors que le Swaziland a baissé son objectif pour la couverture du traitement du VIH de 2011, de 60 pour cent à 50 pour cent, ce qui affectera environ 40.000 personnes séropositives. L’Ouganda a été instruit d’arrêter l’inscription pour le traitement par certaines organisations non gouvernementales internationales financées par le PEPFAR, et le Malawi attend des ruptures nationales de médicaments et est en train de mettre en place un plan d’urgence.
Hoosen Coovadia, professeur à 'Victor Daitz' pour la recherche sur le VIH/SIDA à l’Université de KwaZulu-Natal, a succinctement résumé la situation: “Vous ne pouvez pas faire des choix bidons entre la vie et la mort. Vous devez trouver de l’argent”. Coovadia croit qu’il existerait assez d’argent disponible à travers le monde pour lutter contre la pandémie si les gouvernements mettaient en œuvre des programmes de santé plus efficacement. “Nous avons gaspillé de l’argent en ne planifiant pas ou ne ciblant pas correctement. Par conséquent, nos services sont en train de s’effondrer. Nous avons besoin du leadership réel et des interventions de rapport coût-efficacité” “Vuyiseka Dubula, la secrétaire générale du groupe sud-africain de plaidoyer pour le traitement du VIH, 'Treatment Action Campaign' (TAC), est d’accord avec Coovadia que le manque de volonté politique en Afrique subsaharienne est une grande pierre d’achoppement à l’accès au traitement. “Les budgets pour la santé ne sont pas priorisés. Il y a une mauvaise planification et des dépenses associées à la mauvaise responsabilité”, se lamentait-elle. “Notre leadership pourrait faire plus”.
Goemaere a appelé pour un engagement renouvelé de la part des dirigeants internationaux. “Nous avons besoin de la sécurité des financements nationaux et internationaux à travers des plans de cinq ans pour créer la durabilité et la pression en cours afin d’appuyer la volonté politique (pour soutenir le financement du VIH”), a-t-il dit. “En 2000, [le spécialiste ougandais du VIH, Peter] Mugyenyi a affirmé que le traitement existe, mais pas là où se trouve la maladie, et malheureusement, cela est toujours vrai”, a ajouté Goemaere.
Les déficits de financement affecteront directement les taux de la maladie du VIH et de mortalité dans les pays en développement. “Nous ne devons pas nous permettre de récidiver. Si nous ne maintenons pas les programmes existants et n’augmentons pas la couverture (du traitement du VIH), nous verrons une mortalité immense”, a averti le professeur Robin Wood, directeur du Centre de prise en charge du VIH Desmond Tutu, au Cap. “Les financements ne devraient pas tarir. Autrement, nous verrons des ruptures de médicaments, qui entraîneront une suppression vitale et nous perdrons la viabilité des traitements de première ligne”, a-t-il indiqué.
Les médicaments anti-rétroviraux (ARV) de première ligne sont une série de trois produits hautement efficaces pour traiter le VIH. Si les malades ne suivent pas leur régime de traitement du fait de ruptures de médicaments, ils peuvent devenir immunisés contre certains des médicaments de première ligne et être obligés de dépendre du traitement de deuxième ligne, constitué de différents médicaments, qui sont moins efficaces, présentent plus d’effets secondaires et coûtent six fois plus chers que les ARV de première ligne. “Des retards dans la mise sous traitement des patients ont des conséquences désastreuses. Environ un quart ne reviendront pas [une fois que les ARV seront disponibles], 22 pour cent mouront et le coût des services de santé augmentera parce qu’ils tomberont malades”, a averti Wood. “C’est un désastre”. Cette année, des ruptures temporaires de stocks d’ARV se sont déjà produites dans beaucoup de pays subsahariens, y compris l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Malawi et le Nigeria. “Les ruptures de stocks constituent un échec dans la gestion et une violation des droits humains qui sont inacceptables”, a déclaré Brian Brink, médecin-chef de Anglo-American. “La récession économique ne peut pas être une excuse pour ralentir le traitement. Si nous ne continuons pas la fourniture du traitement, il coûtera beaucoup plus dans le long terme”.

