OUAGADOUGOU, 17 juil (IPS) – La micro-finance devrait améliorer ses services pour atteindre les 90 pour cent de la population du continent laissés en marge du système bancaire formel et qui ont besoin de services financiers, estiment les participants à la quatrième conférence sur la micro-finance, tenue récemment à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.
Selon les quelque 400 participants venus d’une quarantaine de pays africains, les institutions de micro-finance, qui ont toujours accordé un crédit pour la consommation, devraient miser sur les investissements et prêts à long terme pour permettre de lutter contre la pauvreté et renforcer la production agricole. Seulement dix pour cent de la population active en Afrique ont accès aux banques. La rencontre de Ouagadougou avait pour thème «Comment faciliter l’accès aux services financiers pour les entreprises africaines à faibles revenus». «La micro-finance fait partie du système financier global, la particularité c’est qu’elle est proche des populations et qu’elle s’adresse aux pauvres», explique Charles Konan Banny, l’ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest (BCEAO) et consultant à la rencontre qui s’est déroulée au début de ce mois.
Selon Konan Banny, les problèmes de son extension sont nombreux : l’accès au financement et son coût; l’insuffisance du nombre de points de service et la diversité des institutions financières; les garanties exigées par les établissements de crédit pour accroître leur assistance aux institutions de micro-finance; et l’absence d’offre de produits financiers adaptés aux besoins exprimés.
Konan Banny a préconisé la création, dans les pays africains, de ministère de la Micro-Finance pour exprimer la volonté politique et accompagner les institutions de micro-finance auprès des populations dans les zones les plus reculées.
«Pour être plus efficace, il faut réduire le coût d’intervention et offrir des services plus abordables, et voir comment la micro-finance peut aider dans la réduction de la crise alimentaire», suggère Rasmané Ouédraogo, un expert en micro-finance.
Pour baisser le coût du crédit et toucher le maximum de clients, pour lesquels la conférence a suggéré l’utilisation des nouvelles technologies de l’information comme le «mobile banking», le «branchless banking» qui consistent à apporter des prêts aux populations très éloignées sans avoir une agence sur place, et l’intégration des intermédiaires.
Les taux d’intérêt sont souvent prohibitifs, pouvant atteindre 27 pour cent, et ont été également critiqués comme obstacles à l’accès du plus grand nombre aux services de la micro-finance.
«Les différentes recherches montrent clairement que l’accès aux financements renforce la croissance, augmente les revenus des pauvres, et réduit les inégalités. Mais les mécanismes pour atteindre les résultats restent difficiles à définir», déclare à IPS, Gerhard Coetzee, professeur de micro-finance à l’Université de Pretoria, en Afrique du Sud.
«On ne peut pas lutter contre la pauvreté en distribuant des subventions ou en vivant de l’aide des ONG; il faut permettre aux gens de travailler suivant leur intelligence, leur créativité. Souvent, ce qui manque, c’est un petit soutien, et c’est ce que la micro-finance fait», explique Soumaïla Cissé, le président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
«Il faut créer une toile d’araignée dans tous les villages afin que les institutions de micro-finance (IMF) touchent le plus grand nombre», préconise Cissé.
La micro-finance a fait un bon en un peu plus de 15 ans en Afrique, selon les participants à la conférence de Ouagadougou. Ainsi, plus d’un million de crédits sont annuellement octroyés et leur montant représente 442 milliards de francs CFA en 2008 (environ 950,5 millions de dollars), contre 10 milliards FCFA (environ 21,5 millions de dollars) en 1993.
A la fin de décembre 2008, quelque 700 institutions de micro-finance étaient implantées en Afrique où servent 9,3 millions de personnes, représentant 12,5 pour cent de la population totale de l’Union africaine. Les actifs des institutions de micro-finance étaient évalués à près de 500 milliards FCFA (environ 1,075 milliard de dollars) en 2007.
Il reste cependant que seuls 18 pour cent de la population active ont accès aux services financiers.
Selon Ouédraogo, pour mieux lutter contre la pauvreté les IMF devraient cesser de financer la consommation et octroyer des crédits à long terme.
«Les institutions de micro-finance dans les zone rurales financent la consommation, de petits prêts à court terme, l’engrais, les insecticides qui ne sont pas des crédits d’investissement», souligne Ouédraogo à IPS.
Les IMF basées dans les zones rurales pourraient contribuer à la réalisation de la sécurité alimentaire en étant plus présentes dans l’agriculture; malheureusement, la micro-finance n’octroie pas de crédits à moyen et long termes pour financer des activités qui peuvent augmenter la production agricole, observe Ouédraogo.
Des recommandations ont été faites afin que les Etats, les banques centrales, les partenaires mettent les moyens à la disposition des institutions de micro-finance pour financer l’agriculture et les autres investissements alors que les IMF font face à une réduction de 25 pour cent de flux financiers en raison de la crise financière.
Selon Cissé, de l’UEMOA, son institution a mis en place la Banque régionale de solidarité (BRS) pour soutenir les IMF dans la sous-région ouest-africaine. Malgré la création de mutuelles, d’institutions de micro-finance entre 1993 et 2006, et l’établissement d’une réglementation, explique-t-il, «on s’est rendu compte qu’il y a un chaînon manquant; c’est pourquoi nous avons mis en place la BRS pour refinancer le micro-crédit afin que la chaîne continue».
Par ailleurs, pour renflouer les caisses des institutions de micro-finance, la conférence estime qu’une appréciation de la qualité des performances des IMF par des sociétés de notation leur permettrait d’être fiables pour obtenir des financements de sociétés indépendantes.
La première conférence sur la micro-finance a eu lieu en 2003 à Johannesburg, suivie de celles du Cap en 2005 et de Kampala en 2007.

