SANTE-SENEGAL: Une utilisation mitigée des préservatifs

DAKAR, 9 juil (IPS) – Pour l’année 2009, les besoins en préservatifs masculins pour tout le Sénégal s’élèvent à 11,730 millions, mais l’option entre le plaisir du contact direct et l’assurance qu’offrent les condoms reste un problème, selon les responsables de 'Intra Health', une organisation internationale partenaire du gouvernement sénégalais.

L’estimation des besoins se fait par des exercices de planification qui consistent, indique Dr Baba Lissa Ndaw de 'Intra Health', à faire la revue de toutes les données de consommation de préservatifs des programmes utilisateurs. Ces programmes sont la division de la santé de la reproduction, la division des infections sexuellement transmissibles/SIDA (IST/SIDA) et l’Agence de développement du marketing social qui collabore avec le ministère de la Santé. 'Intra Health' est une organisation non gouvernementale basée aux Etats-Unis, qui vise à améliorer la qualité des soins de santé.

Ndaw explique que le Sénégal n’a jamais acheté de préservatif masculin ou féminin. Le gouvernement fait part des besoins aux partenaires au développement que sont l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), qui financent les stocks. «Il y a déjà un stock considérable de condoms, il existe aussi un stock de 6.000 condoms féminins, mais le peu d’intérêt que cela suscite chez les jeunes Sénégalais s’explique par la honte et la peur», déclare-t-il à IPS.

Pourtant, la contraception est devenue au Sénégal un droit pour de nombreux jeunes qui sont sexuellement actifs. L’article premier de la loi sur la santé de la reproduction adoptée en 2005 stipule : «Toute personne a le droit d’être informée et d’utiliser les méthodes de régulation des naissances de son choix. Ces méthodes doivent être sûres, efficaces, accessibles et acceptables». L’enquête démographique de la santé du premier semestre de cette année indique que les rapports sexuels ont lieu tôt chez les jeunes. Avant l’âge de 15 ans, 13 pour cent de femmes âgées de 20 à 49 ans ont déjà eu des rapports sexuels. Il y a vingt ans, le pourcentage pour cette même tranche d’âge était de 59 pour cent. Chez les hommes, 25 pour cent étaient déjà sexuellement actifs à 18 ans, mais peu sont ceux qui utilisent de préservatifs dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

«La seule fois que j’ai utilisé le préservatif, j’ai vite fait de le retirer en pleine action. Ce truc me gênait, ce qui réduit considérablement le plaisir que me procure le contact direct», affirme Ousmane Faye, 21 ans, un jeune étudiant en deuxième année de sociologie à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, la capitale sénégalaise.

Faye paie pour son choix puisqu’il a deux enfants de deux mères différentes à nourrir, néanmoins, il campe sur sa position. «C’est plus fort que moi, je n’arrive pas mettre de capote, d’abord j’ai honte d’acheter ça dans une pharmacie, ensuite, je trouve que cela est tabou, mais je sais aussi que l’on peut être contaminé de maladies sexuelles», explique-t-il à IPS, un peu confus.

Ils sont cependant nombreux les jeunes hommes qui ont conscience des dangers résultant des rapports sexuels non protégés. Oumar Diagne, 20 ans, étudiant en droit à l’UCAD, estime que le fait d’utiliser de capote est une question d’habitude. «Le port de condom ne réduit en rien le plaisir que l’on peut ressentir. Après les relations non protégées, on s’interroge sur une éventuelle grossesse ou une contraction de maladies sexuellement transmissibles», déclare-t-il à IPS.

Toutefois, il arrive que les filles exigent de leurs partenaires de ne pas mettre de capote pour plusieurs raisons. Selon Anta Mbengue, une étudiante âgée de 20 ans, le port de condom est réservé pour les aventuriers. «Quand on aime sincèrement une personne, on ne doit plus avoir peur, ni avoir honte de ce qu’on fait. Je regrette seulement qu’il n’y ait pas de fémidon (condom féminin) dans les rayons des officines de pharmacies», confesse-t-elle à IPS.

Yacine Sy, une autre étudiante de 19 ans parle plutôt de l’abstinence qui, selon elle, est le seul moyen de ne pas être contaminé par les maladies sexuelles. «Je veux arriver vierge au mariage. Je sais que certaines de mes camarades ont déjà de rapports sexuels et elles trouvent des moyens pour ne pas tomber enceintes, mais l’abstinence est meilleure», déclare-t-elle à IPS.

Selon Amsata Niang, une travailleuse de sexe depuis 20 ans, la première arme contre les IST/SIDA est le port de capote avant l’acte sexuel. «On connaît les risques liés à notre métier, le préservatif devient alors un impératif».

Dans les pharmacies de Dakar, les réponses aux questions de IPS sont les mêmes. «On ne vend pas de fémidon». A la pharmacie des Baobabs sur l’avenue Bourguiba, Boubacar Ndiaye affirme que c’est parce que personne ne vient le demander. «Il y a quelques années, on avait de fémidon dans nos rayons, mais personne ne vient l’acheter, donc on ne peut pas faire de commande. On ne peut pas vendre quelque chose qui n’intéresse pas les clients», explique-t-il.

L’imam El Hadj Amadou Traoré de la mosquée de Grand Yoff, une banlieue de Dakar, pense que l’utilisation de condoms ne doit plus être quelque chose qu’il faut interdire aux jeunes. «Les jeunes de nos jours connaissent tout à travers la télévision, des amis ou autres, il est préférable de les conseiller sur ces choses-là plutôt que de les leur interdire. Etant un religieux, je souhaite seulement que ceux qui utilisent les capotes ne les laissent pas après à portée des mains des enfants», indique-t-il à IPS.

«Il arrive que quand les bonnes femmes balaient la cour, qu’elles tombent sur des préservatifs. C’est pour cela que plusieurs fois, j’insiste, dans les prêches, sur le comportement sexuel d’un musulman», ajoute-t-il, un peu agacé.

Salima Kane, une éducatrice et mère de famille estime également qu’il faut plutôt expliquer tout ce qui concerne la sexualité aux enfants. «Nous parents, n’avons plus le droit à l’erreur. Nous devons éduquer nos enfants en leur parlant de la reproduction. Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront à notre place et de manière très négative», souligne-t-elle.

Cependant Adama Ndoye, de l’UNFPA, soutient qu’il faut être prudent par rapport à la question de l’accès des jeunes à la contraception. «Il faut plutôt informer et préparer les jeunes à leur vie adulte. L’accent doit être mis sur les informations sur la contraception de manière générale et le VIH/SIDA en particulier», explique-t-il à IPS.