ENVIRONNEMENT-AFRIQUE DU SUD: En quoi le plastique biodégradable est-il profitable?

LE CAP, 8 juil (IPS) – Des campagnes de sensibilisation sur la pollution et la quantité de déchets entrant dans un espace d’enfouissement de déchets limité sont en train d’encourager l’adoption croissante des produits avec un emballage de plastique biodégradable. Mais des écologistes contestent les déclarations faites pour ces produits verts.

“Des décideurs ont eu tendance à se concentrer sur les déchets qui peuvent être collectés, et ont encouragé les gens à réduire, à réutiliser et à recycler, mais dans aucun pays au monde, tous les déchets ne seront collectés, et certains demeureront toujours pour défigurer le paysage”, déclare Michael Stephen, vice-président de 'Symphony Environmental Technologies', un fabricant de plastiques oxo-biodégradables. “Cela est particulièrement vrai pour le plastique, qui peut s’accumuler dans l’environnement, polluant la terre et les océans pendant des décennies, et peut-être pendant des centaines d’années. Toutefois, le plastique d2w oxo-biodégradable de Symphony s’autodétruira s’il entre dans l’environnement ouvert. Le plastique oxo-biodégradable est fait à base d’un sous-produit du raffinage du pétrole qui était d’habitude gaspillé; alors, personne n’extrait ou n’importe de pétrole supplémentaire pour le fabriquer”. Le plastique biodégradable contient des additifs chimiques qui, selon ses promoteurs, lui permettent de se détériorer après élimination, au lieu de rester dans l’environnement. Il y a deux principaux types de ce plastique : hydro-biodégradable et oxo-biodégradable. L’année dernière, Symphony a conclu un marché consistant à fournir un emballage de plastique oxo-biodégradable à 'Albany Bakeries', une filiale du géant sud-africain de l’alimentation 'Tiger Brands'. Symphony affirme que l’emballage se dégradera dans moins de six mois, sans laisser derrière des fragments ou résidus nuisibles.

Des critiques comme Bruno de Wilde, directeur de laboratoire aux Systèmes de déchets organiques, une entreprise de conseil belge qui teste la biodégradabilité des biens de consommation, ne sont pas convaincus. “Pour être profitable à l’environnement, un [plastique] polymère devrait disparaître complètement. En biodégradation, cela signifie une conversion naturelle en CO2 et en eau”, a expliqué Bruno de Wilde. Wilde avertit que les minuscules fragments en lesquels se dégrade le plastique oxo-biodégradable peuvent entrer dans la chaîne alimentaire et poser des risques de santé. Stephens rejette cette contestation. “Le plastique d2w de Symphony se dégrade par un processus à deux étapes. La première phase, c’est une oxydation biotique dans laquelle la formule d2w rompt les chaînes moléculaires dans le polymère. Lorsque le poids moléculaire a baissé à 40.000 Daltons ou moins, le matériau n’est plus un plastique, mais un matériau qui peut être assimilé biologiquement par des micro-organismes se produisant naturellement de la même façon que les déchets de la nature. A la fin du processus, il n’y a que de l’eau, du CO2, de la biomasse et des oligo-éléments”. Il est impossible de dire exactement le temps que mettra une pièce donnée de plastique oxo-biodégradable pour se dégrader complètement, parce que cela dépend des conditions dans lesquelles elle est éliminée : la température, ou l’exposition au soleil, par exemple, auront une incidence sur la vitesse de dégradation. Mais, affirme Stephens, tant que l’oxygène est présent, des tests indépendants montrent que le plastique d2w se dégradera plus rapidement que les matières naturelles comme les feuilles ou la paille – et beaucoup plus rapidement que les plastiques ordinaires. Normes Un grand débat entre les critiques et les promoteurs de plastiques oxo-biodégradables est de savoir le test approprié pour cette affirmation. Symphony dit que son produit a été indépendamment testé contre les indications britanniques et européennes pour la sécurité des aliments et du sol, ainsi que sa biodégradabilité. Toutefois, des critiques indiquent qu’il n’a pas été certifié conformément à la norme EN 13432 de l’Union européenne, largement utilisée, pour “les emballages récupérables à travers le compostage et la biodégradation” (qui s’apparente de près à la norme ASTM-6400 des Etats-Unis). L’Afrique du Sud ne possède pas son propre système de certification pour les produits biodégradables et Muna Lakhani, coordinateur national de l’Institut pour zéro déchets en Afrique, basé à Durban, estime que cela est une faiblesse. “[Le gouvernement est] beaucoup trop rapide pour autoriser des entreprises à mettre en vente des produits sans aucune sorte de surveillance”, déclare-t-il. “Le nombre de nouveaux produits chimiques mis en vente chaque année, sans exigences pour l’évaluation de l’impact environnemental, social et sur la santé, constituent une grande inquiétude”. L’Association des plastiques oxo-biodégradables, un regroupement d’entreprises, ne croit pas que la norme EN 13432 – notamment l’exigence de la capacité du plastique à entrer dans un composte – soit appropriée à leurs produits, et ont exigé sa révision.

“Le compostage des déchets organiques a un sens, mais le plastique compostable pour les sacs utilisé pour faire des emplettes, les emballages des aliments, des emballages sous film plastique, etc. on n’en a pas”, déclare Stephen. “Il est jusqu’à 400 pour cent plus cher que le plastique ordinaire; c’est plus épais et plus lourd, et nécessite plus de camions pour le transporter; il utilise des ressources terrestres et en eau rares pour produire la matière première, et des quantités substantielles d’hydrocarbures sont brûlées et du CO2 libéré par les tracteurs, les camions et d’autres machines utilisées”. Recyclage Un autre défi pour les références environnementales des plastiques oxo-biodégradables, est qu’ils ne peuvent être recyclés sans danger et avec succès que s’ils sont capturés dans le courant de recyclage après quelques jours d’utilisation. “Dans la collecte des déchets, vous ne connaissez pas l’âge des plastiques, alors il est probable que dans le processus de tri mécanique, des plastiques oxo-biodégradables puissent finir dans la fabrication d’autres produits et continuer par se dégrader”, indique David Hughes, directeur exécutif de la Fédération des plastiques d’Afrique du Sud, qui a convaincu des poids lourds industriels comme Coca-Cola et Woolworths d’éviter les plastiques oxo-biodégradables. “Les entreprises de recyclage ne voudront pas prendre les produits fabriqués à partir des plastiques oxo-biodégradables. Cela perturbera l’industrie de recyclage qui est en train de créer des emplois en Afrique du Sud”, a-t-il ajouté.

Pas ainsi, indique Stephen, toutes les inquiétudes au sujet du recyclage devraient être orientées vers les plastiques hydro-biodégradables ou fabriqués à base de l’amidon. “Il n’y a pas du tout de problème (avec le plastique oxo-biodégradable) sauf si le produit recyclé est destiné à des produits pour bande de film à longue durée de vie tels que la fabrication des bandes de film. Celles-ci sont fabriquées à partir de polymère vierge, ou du produit recyclé dont la provenance est connue. Les bandes de film à longue durée de vie ne devraient pas être fabriquées à base de déchets mélangés dont les provenances sont inconnues”. L’entrée d’un nouveau produit quelconque suscite un débat et il est encore trop tôt d’évaluer l’impact des plastiques oxo-biodégradables sur l’environnement et l’économie de l’Afrique du Sud.

Lakhani, de Zéro déchets, recommande vivement la retenue. “La législation a tendance à entrer en action seulement lorsque des dommages sont causés; ainsi il n’y a aucune application du principe de précaution”, souligne Lakhani. Il appelle les militants de l’environnement à faire pression sur le ministère national de l’Environnement et du Tourisme ainsi que le ministère de la Santé à s’assurer que des réglementations environnementales de l’Afrique du Sud correspondent aux normes internationales.

“J’aimerais voir installé un organisme qui viserait la suppression progressive des produits et procédés non renouvelables et dangereux, y compris beaucoup de plastiques, et qui serait chargé de remplacer ceux-ci par des alternatives sûres, locales, renouvelables et créatrices d’emploi”, a ajouté Lakhani. *(L’original de cet article, publié le 23 avril, n’a pas réussi à présenter fidèlement les points de vue des fabricants de d2w).