DAKAR, 19 juin (IPS) – Huit cadres du Syndicat de la presse gambienne (GPU) et des journalistes des médias, actuellement détenus par le Service national des renseignements (NIA) du pays, ont été hâtivement inculpés et traduits devant un tribunal d’instance tard jeudi soir. Ces journalistes sont inculpés de trois chefs d’accusation, y compris “le complot de publication avec intention séditieuse”.
Huit journalistes – la première vice-présidente du GPU, Sarata Jabbi, qui est une mère qui allaite un bébé de six mois, le secrétaire général du GPU, Emil Touray, et le trésorier du GPU, Pa Modou Faal; le directeur et deux adjoints du journal le 'Point', respectivement Pap Saine, Ebrima Sawaneh et Abba Gibba; et le rédacteur en chef du journal 'Foroyaa', Sam Sarr, puis un de ses journalistes, Abubacarr Saidykhan – ont été tenus au secret depuis leurs arrestations, et ni leurs avocats ni leurs collègues et les membres de leurs familles n’ont été autorisés à avoir accès à eux. Sept d’entre eux ont été détenus le 15 juin : la loi gambienne autorise qu’un suspect soit gardé pendant 72 heures sans inculpation. Des moments avant que cette période n’ait expiré, les huit ont été traduits en justice sans représentation juridique devant le Tribunal d’instance de Kanifing, à sept kilomètres de Banjul, la capitale. Les journalistes ont plaidé non coupables des charges portées contre eux et ont été ensuite privés de la libération sous caution et envoyés à la prison de 'Mile Two Prison' qui est la prison centrale de l’Etat. Jabbi a bénéficié d’une libération sous caution d’environ 7.500 dollars, mais selon le GPU, c’était trop tard dans la journée avant que sa famille et d’autres sympathisants ne mobilisent l’argent.
Les journalistes ont été arrêtés suite à un communiqué de presse publié par le GPU le 12 juin, réagissant à un entretien du président sur la télévision nationale, au cours duquel il a nié l’implication du gouvernement dans le meurtre, en 2004, de Deyda Hydara, un ancien journaliste gambien chevronné. Dans cet entretien, le président a déclaré : “La nuit où Hydara a été tué, l’ex-mari sénégalais de l’une de ses collègues femmes avec qui il avait une affaire d’amour, était en ville. Donc, ceux qui veulent savoir qui a tué le journaliste Deyda Hydara devraient plutôt aller lui poser la question dans sa tombe”.
La réaction à cette dernière attaque contre les journalistes gambiens a été rapide. Le groupe de la liberté de la presse, basée à New York, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) affirme : “C’est scandaleux que les forces de sécurité détiennent des journalistes du Point et de Forayaa pour avoir passé un communiqué de presse. Tous les sept journalistes devraient être immédiatement relâchés”. D’autres groupes de défense des droits comme Reporters sans frontières, basé à Paris, ont qualifié cette arrestation et la détention continue de ces journalistes de nouveau “fantasme de Yahya Jammet envers les médias et les journalistes indépendants, qui est sans précédent en Afrique de l’ouest”.
Le président du GPU, Ndey Tapha Sosseh a déclaré : “Nous demeurons fermes et inflexibles dans notre demande pour que les journalistes travaillent librement en Gambie sans le harcèlement et l’interférence continus de l’Etat”.
Reporters sans frontières a, au cours de nombreuses années passées, inscrit la Gambie et son président Yahya Jammeh comme des 'Prédateurs de la liberté de la presse'. La Gambie est classée 137ème sur les 173 pays sur l’indice de la liberté de la presse de l’organisation à travers le monde. La poignée de médias indépendants opère en Gambie sous un climat de peur et d’autocensure, particulièrement depuis le meurtre sans suite de Hydara et l’arrestation en 2006 du journaliste Chief Ebrima Manneh, qui n’a pas été vu ou entendu depuis lors. Cette dernière attaque contre les cadres du GPU et les directeurs ainsi que des journalistes de la presse indépendante va vraisemblablement forcer beaucoup de journalistes à l’autocensure.

