DEVELOPPEMENT: L'Afrique 'pas gravement touchée' malgré 16 nouveaux millions de pauvres

LE CAP, 18 juin (IPS) – L’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, croit que l’Afrique n’a pas été aussi “profondément” touchée par la crise économique mondiale, comparativement à d’autres régions dans le monde – bien que le nombre d’Africains vivant dans la pauvreté ait augmenté de 16 millions l’année dernière et que la croissance annuelle chutant de six à un pour cent.

Le rapport annuel de 2009 du Panel pour le progrès en Afrique (APP), dirigé par Annan, a été lancé le 10 juin, la première journée du 19ème Forum économique mondial (WEF) sur la rencontre de l’Afrique au Cap, une ville côtière d’Afrique du Sud. Ce rapport indique que l’Afrique “ne peut pas faire face à la situation actuelle seule. Il existe une responsabilité partagée pour la crise qui exige une réaction conjointe basée sur un partenariat solide”.

L’APP a été initialement formé en 2007 pour s’assurer que les promesses de la communauté internationale à l’Afrique seront tenues, et vise à promouvoir le développement du continent par le suivi des progrès, en attirant l’attention sur les opportunités et en catalysant les actions. Alors que Annan est sous l’impression discutable que “l’Afrique n’a pas été touchée aussi profondément par la récession économique que d’autres parties du monde”, il reconnaît que “la crise a mis en évidence la vulnérabilité du continent et est en train de saper les progrès faits au cours de la décennie passée, ou environ”.

La Banque mondiale espère une croissance économique moyenne totale d’un pour cent pour l’Afrique en 2009. Cela constitue une baisse importante à partir de l’année 2008 lorsque la croissance annuelle était de six pour cent.

“Ce sont essentiellement les pays qui dépendent de l’exportation des produits de base qui ont été touchés. La récession a, par exemple, entraîné une baisse de la demande des ressources naturelles”, a déclaré Annan. L’effondrement des marchés financiers en 2008 et la crise économique mondiale ont provoqué une baisse de la demande pour les ressources naturelles. Par conséquent, les prix des produits de base tels que le cuivre et le platine ont chuté jusqu’à leurs niveaux les plus bas.

Les nombreux pays africains qui dépendent de l’exportation de ces ressources ont été durement touchés. Par exemple, en République démocratique du Congo (RDC), plus de 60 pour cent des mines de cuivre et de cobalt, dans la province du Katanga, avaient fermé à la fin de 2008, laissant plus de 300.000 personnes au chômage. En Afrique du Sud, des dizaines de milliers de gens ont perdu leurs emplois lorsque les prix du platine ont chuté de plus de 40 pour cent.

“Sous plusieurs aspects, la crise mondiale a davantage alimenté le chômage et l’inégalité en Afrique. Ces développements et d’autres pourraient déclencher des tensions sociales et l’instabilité politique, et pourraient mettre en jeu non seulement des moyens d’existence, mais également des vies”, a reconnu Annan. Malgré les défis posés par la crise, le leadership de l’Afrique devrait également regarder les opportunités qui existent, dont l’une d’elles est l’agriculture.

“L’Afrique a le potentiel pour produire assez d’aliments pour nourrir sa population de 900 millions d’habitants et disposer d’assez pour exporter vers d’autres parties du monde”, a affirmé Graça Machel, une panéliste de l’APP et présidente de la Fondation pour le développement communautaire – une organisation non gouvernementale mozambicaine luttant contre la pauvreté et l’injustice sociale en Afrique.

Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de la Banque mondiale, a partagé les points de vue de Machel. “L’agriculture est l’un des secteurs qui peuvent faire sortir les gens de la pauvreté le plus rapidement”, a-t-elle déclaré.

Elle estime par ailleurs que “l’éradication de la pauvreté est nécessaire, puisque le nombre d’Africains vivant dans la pauvreté a augmenté de 16 millions au cours de l’année dernière. La crise économique et les prix des denrées alimentaires en hausse, qui sont liés, constituent les principales causes”. Pour contenir cette tendance, l’Afrique devrait mettre plus d’efforts dans sa propre production alimentaire: “Cela est possible puisqu’en ce moment, seulement cinq pour cent des terres cultivables africaines sont utilisées, alors il en reste beaucoup”.

La saisie des opportunités présentées par la crise est tout d’abord la responsabilité des dirigeants africains. “Nous avons besoin d’un leadership plus fort, extra vigoureux, qui est objectif, durable, visionnaire et fait un effort supplémentaire”, a suggéré Machel. Les pays en développement doivent s’approcher de l’assiette en honorant leurs engagements pour l’aide. L’APP a souligné également que les partenaires au développement de l’Afrique ne devraient pas laisser tomber les investissements et l’aide financière au continent, malgré les difficultés financières auxquelles ils pourraient être confrontés comme conséquence de la crise. En 2008, le comité d’aide de l’Organisation de coopération et de développement économiques, représentant les pays riches, a annoncé que le total net de l’aide publique au développement (APD) des pays les plus développés a augmenté de 10,2 pour cent comparativement à l’année précédente.

Avec la récession économique mondiale, plusieurs organisations de développement préviennent que les pays riches donateurs réduiront leur aide. “Nous avons encore à voir des preuves de cela”, a affirmé Marilou Jane Uy, directrice du département pour le financement de l’Afrique et le développement du secteur privé à la Banque mondiale. Annan a souligné que les pays développés devraient honorer leurs engagements pour l’aide qui avaient été pris avant la crise. “Il faut plus d’investissements en Afrique, en particulier lorsqu’il s’agit de l’infrastructure. C’est ce qui est en train d’handicaper le plus la région pour le développement”.