WASHINGTON, 16 juin (IPS) – La corruption gouvernementale a longtemps été un fait de la vie au Nigeria – les élections sont souvent émaillées de fraudes, d’intimidations et de violences; les compagnies pétrolières sont connues pour payer l’armée pour l’aide à la répression des manifestations; des politiciens indélicats volent l’argent des services et programmes des infrastructures.
Malgré la richesse relative du pays, il traîne derrière des nations comparables en matière d’infrastructures de base comme l’électricité, les centres de santé et les routes.
Il y a environ deux semaines, Human Rights Watch (HRW), une organisation pour le plaidoyer, basée à New York, a adressé une lettre au président nigérian Umaru Musa Yar'Adua, réprimandant son administration pour le refus de mettre en œuvre des mesures de lutte contre la corruption. Et le 10 juin, Nasir El-Rufai, qui a servi de 2003 à 2007 comme ministre du Territoire d’Abuja, la capitale fédérale nigériane (FCT), a parlé au Centre des études stratégiques et internationales du besoin et des perspectives pour une réforme politique du Nigeria. S’adressant à Yar’Adua, HRW a déclaré que l’objectif de leur lettre était “d’exprimer nos inquiétudes par rapport au faible taux de progrès, et en fait aux importantes difficultés, dans la résolution des problèmes cruciaux des droits humains au Nigeria sous votre administration”. Cette lettre vient au milieu du premier mandat présidentiel de Yar’Adua. Elle demande à Yar’Adua de mener un programme des droits humains en 10 points, vers la fin, “d’amélioration de la transparence et de la reddition des comptes au Nigeria”. Les 10 points comprennent des recommandations sur une large variété de domaines, de la liberté de l’information à la punition des responsables gouvernementaux pour détournement. El-Rufai croit que les réponses aux troubles du Nigeria peuvent être regroupées sous le parapluie le plus large de la réforme politique, contrairement à la réforme économique. Sous l’administration Obasanjo, dans laquelle El-Rufai a servi comme ministre, le Nigeria s’est concentré sur les réformes économiques et sur l’amélioration de sa place dans la communauté économique internationale. Ses efforts étaient efficaces – selon El-Rufai, “les taux de croissance du PIB s’élevaient à environ six pour cent au cours de la période [de l’administration d’Obasanjo], les taux de pauvreté avaient chuté de 70 pour cent en 1999 à 54 pour cent en 2006, le taux des changes stabilisé, l’inflation modérée et les taux d’investissement avaient augmenté”. En outre, le pays a remboursé 4,6 milliards de dette au Club de Paris, un groupe de 19 pays qui fournit des services financiers aux nations endettées. Toutefois, la focalisation de l’administration Obansanjo sur la réforme économique, contrairement à la réforme politique, a en réalité rendu le pays plus instable. “La politique est de loin plus importante que l’économie”, a affirmé El-Rufai.
“Je pense que nous n’avions pas défini 'la réforme' très globalement”, a-t-il ajouté. “La réforme économique a été très utile pour stabiliser la macroéconomie africaine, mais elle a fait beaucoup plus que cela”.
El-Rufai a souligné trois domaines que le leadership du Nigeria devrait prioriser : mettre en œuvre des réformes électorales, investir dans les infrastructures de base, régler ce qu’il appelle “le problème du Delta du Niger” – la crise sécuritaire et des droits de l’Homme dans la zone du delta du Nigeria, riche en pétrole. Cette crise provient des tensions entre les compagnies pétrolières et les minorités ethniques indigènes du Nigeria. Comme l’a rapporté IPS au début de la semaine dernière, certains de ces affrontements ont joué dans les tribunaux des Etats-Unis, en vertu de la loi 'Alien Tort Claims Act'. Parmi ces trois réformes, El-Rufai considère que la réforme électorale doit être d’une importance la plus immédiate, parce qu’un leadership responsable constitue un tremplin pour toutes les autres réformes. “La plupart des leaders politiques acceptent les réformes d’une grande portée par nécessité”, a-t-il dit. “Ce que je recommande est que la seule manière dont nous pouvons avoir une réforme politique au Nigeria est de commencer avec la réforme électorale – respecter les résultats des urnes”. Si un leader croit qu’il ou elle pourrait être potentiellement démis de ses fonctions, a poursuivi El-Rufai, alors il ou elle sentira plus de pression pour ne pas s’engager dans des pratiques corrompues. Dans les élections de 2007, dans lesquelles Yar’Adua a été déclaré vainqueur, HRW avait signalé un nombre d’abus électoraux et d’irrégularités. Il s’agissait de l’intimidation des électeurs par le PDP (le parti de Yar’Adua), l’achat des voix, le vote des enfants, et des partisans volant des bulletins de vote ou des urnes. La lettre de HRW critique l’administration de Yar’Adua pour n’avoir toujours pas “enquêté, bien poursuivi les personnes responsables du soutien ou du déclenchement des violences au cours des élections de 2007, qui ont fait au moins 300 morts”. C’est un domaine dans lequel la communauté internationale peut être utile. Carl LeVan, un professeur à l’Ecole du service international à l'Université américaine, croit que la pression pour des élections justes pourrait rendre les dirigeants plus responsables devant la communauté internationale, ainsi que devant leur propre peuple. “Beaucoup de dirigeants ont constaté qu’il n’existait aucune conséquence diplomatique pour le vol d’une élection”, a-t-il indiqué.
El-Rufai est d’accord, suggérant qu’à l’extérieur, des pays aident en ayant une présence accrue dans l’observation des élections. Pour avoir un impact réel, dit-il, le Nigeria aura besoin d’autant d’observateurs des élections que possible. “Pas des dizaines, pas des centaines, mais des centaines de milliers d’observateurs électoraux. Cent dans chaque isoloir”, a-t-il déclaré par ironie.
Il y a de raison pour que les nations étrangères s’intéressent à la gouvernance au Nigeria – il est le pays le plus peuplé et la deuxième plus grande économie d’Afrique. Il est également la 37ème plus grande économie au monde et le principal exportateur dé pétrole du continent africain. Puisque les Etats-Unis consomment de plus en plus le pétrole ouest-africain, l’importance du Nigeria pour les Etats-Unis augmentera certainement aussi. Bien que le marché mondial de pétrole ne manque jamais en fait d’attirer l’attention internationale, il est toujours important de ne pas ignorer ce qui d’autre est en jeu – la lutte du peuple nigérian pour un gouvernement qui rende des comptes.
“Le public est largement embarqué [pour une réforme politique], affirme LeVan, “et nous sommes maintenant dans une situation dans laquelle nous avons besoin d’amener également les politiciens”.

