ANGOLA: Des ONG sceptiques sur les plans de développement rural du gouvernement

LUANDA, 9 juin (IPS) – Dans un effort de réduire la pauvreté rurale, le gouvernement de l’Angola envisage de diversifier son économie axée sur le pétrole en essayant de restaurer le secteur agricole du pays autrefois en plein essor.

L’Angola était auparavant le grenier de l’Afrique australe et un grand exportateur de bananes, de café et de sisal, mais trois décennies de guerre civile ont détruit la campagne fertile du pays, la laissant jonchée de mines terrestres et conduisant des millions de personnes dans les villes. Ce pays dépend maintenant des produits alimentaires importés, chers, notamment de l’Afrique du Sud et du Portugal, alors que plus de 90 pour cent de l’agriculture est faite au niveau familial et pour la subsistance. Sept années dans la paix, l’Angola veut réduire cette dépendance des produits alimentaires importés et encourager les gens à retourner dans les zones rurales. Pour réaliser cela, le gouvernement a lancé un plan d’incitation exceptionnel pour améliorer les opportunités agricoles et accroître les services en dehors des villes et cités principales. Ce plan vise également à réduire les zones urbaines en surpeuplement – notamment Luanda, la capitale du pays, qui était conçue par les Portugais pour 800.000 personnes mais qui abrite maintenant plus de cinq millions d’habitants. Actuellement, le pétrole constitue la principale mine d’or de l’Angola, représentant 83 pour cent des recettes nationales. Les recettes ont énormément baissé au cours des onze derniers mois, toutefois, avec des prix du brut chutant de plus de 100 dollars. “La dépendance d’un ou de deux produits seulement, comme le pétrole et les diamants, rend l’économie extrêmement vulnérable aux forces des marchés internationaux, et a un impact sur le développement à long terme d’un pays”, a expliqué Ricardo Gazel, un économiste principal à la Banque mondiale en Angola. “Diversifier l’économie en des zones de main d’œuvre intense comme l’agriculture est fondamental pour le développement à long terme de l’Angola”, a-t-il ajouté. Le gouvernement angolais est en train de réfléchir suivant des lignes similaires. Son Plan de développement rural intégré vise à améliorer les routes, les écoles, les services de santé, l’accès aux micro-crédits pour les coopératives agricoles, les programmes de formation et la construction de nouvelles maisons. Au cours d’une série de conférences gouvernementales très discutées, fortement relayées par des médias contrôlés par l’Etat, des politiciens ont promis d’investir des millions de dollars dans des zones rurales, avec l’espoir d’encourager les citadins à retourner à la campagne. Filomena Delgado, secrétaire d’Etat pour le développement rural, a déclaré : “Beaucoup de nos campagnes ont été sacrifiées pendant la guerre. Mais maintenant, nous sommes en paix, et alors que ce ne sera pas facile, nous ferons tout ce que nous pourrons, politiquement, socialement, économiquement et culturellement pour aider les communautés rurales à lutter contre la pauvreté”. Construire plus d’écoles et de centres de santé sera, espère le gouvernement, une façon d’encourager les citadins à retourner à la campagne et travailler dans des secteurs agricoles nouvellement réévalués.

Douglas Steinberg, directeur national de ‘Save the Children’ en Angola, croit toutefois que les plans du gouvernement sont irréalistes. “Le mieux que le gouvernement puisse espérer est de ralentir le flux de gens migrant dans les villes pour trouver du travail”, a-t-il confié à IPS. “Je n’imagine pas que ces nouveaux projets puissent amener les gens à vouloir retourner à la campagne. Des familles se sont installées dans les villes, elles se sont mariées à des personnes venues de différentes provinces. Alors, où retourneraient-elles et à quoi doivent-elles retourner si elles ont quitté il y a 20 ans?”. Steinberg se réjouit de l’engagement du gouvernement à réduire la pauvreté rurale, mais reste sceptique sur sa capacité de tenir ses promesses : “Je pense qu’il est important d’avoir une meilleure agriculture et de cesser d’être si dépendant des vivres importés, mais je ne pense que nous puissions voir l’agriculture comme la seule approche”. Il estime que le gouvernement devrait fournir également une formation professionnelle aux jeunes dans les zones rurales et semi-rurales pour créer une variété d’opportunités de travail dans d’autres secteurs, tels que la mécanique ou la menuiserie. Sergio Calundungo, directeur général de l’ONG Action pour le développement rural et l’environnement (connue par son sigle portugais ADRA), est également inquiet de l’approche directrice du gouvernement par rapport à la pauvreté rurale. “En Angola, je ne pense pas que le problème soit le manque d’investissement”, a-t-il affirmé, ajoutant : “Je pense que c’est un manque d’engagement avec les communautés où l’investissement est en train d’être fait. Nous avons besoin d’entendre la voix des populations, pas seulement le gouvernement parlant en leur nom, disant aux gens ce dont ils ont besoin”. Selon Calundungo, injecter subitement de l’argent dans les communautés rurales pourrait peut-être faire plus de mal que de bien : “Vous pouvez avoir un projet pour donner à certains fermiers un tracteur, mais qui va le conduire? Qui va l’entretenir? Que feront les travailleurs maintenant que le tracteur fait le travail, et comment la communauté fera-t-elle face à la productivité accrue?” Selon lui, que bien que l’ADRA se soit réjouie de la discussion sur l’amélioration des vies rurales, mais elle a dit qu’il était essentiel que des approches soient faites sur la base des besoins comme la formation et l’infrastructure, au lieu d’une approche à large pinceau qui ne pourrait pas être appropriée pour toutes les communautés. Malgré un scepticisme très répandu, les paysans ruraux placent leurs espoirs dans le plan de développement rural du gouvernement. Vingt kilomètres en dehors de Luanda, où les bidonvilles commencent par se disperser et s’étendre sur de vastes terrains de gazon, la plupart vivent de l’agriculture de subsistance, travaillant de petites parcelles de cultures comme le chou et le maïs. Ils vendent le peu de surplus qu’ils produisent sur des marchés aux abords des voies, espérant attirer l’achat des automobilistes qui passent. A l’un des éventaires, Teresa José, 28 ans, une mère de six enfants, est assise à côté d’une table de fortune de tomates abîmées et de maïs non mûrs. “Nous avons besoin de toute l’aide que nous pouvons avoir, et j’espère que ces promesses ne sont pas seulement dans la tête du chef du gouvernement”, a-t-elle indiqué à IPS.