KORHOGO, nord de la Côte d’Ivoire, 7 juin (IPS) – La sécurisation des élections présidentielles et le retour à la paix en Côte d’Ivoire doivent se faire avec plus de célérité, sinon, la date du 29 novembre retenue pour le scrutin peut paraître encore prématurée, estiment des organisations non gouvernementales (ONG) du nord du pays.
«Nous pensons… qu’il faut beaucoup de célérité parce qu’il ne faut pas se cacher la face; la sécurité est une préoccupation majeure en Côte d’Ivoire tant en zones ex-rebelles qu’en zone ex-zone gouvernementale», déclare Yacouba Ouattara, président régional du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH) et président de la plateforme de la société civile du nord de la Côte d’Ivoire.
Ouattara fait notamment allusion au lent redéploiement des préfets et des forces de défense de sécurité en cours avant l’élection présidentielle. Selon lui, l’importance de ce volet devrait amener les généraux des deux armées ex-belligérantes à «convaincre leurs éléments pour qu’ils acceptent le brassage des deux forces de sécurité, ce qui nous permettra non seulement d’avoir des nuits paisibles, mais de sortir définitivement de cette impasse». Pour les élections fixées au 29 novembre, dit-il, «nous estimons, sans vouloir être un oiseau de mauvaise augure, que c’est une date prématurée en ce sens qu’il existe encore beaucoup de choses à faire, notamment l’identification dont la dernière phase…se poursuit».
Ensuite, indique Ouattara à IPS, il faut procéder aux révisions des listes électorales, au regroupement définitif des milices dans le sud du pays et des Forces nouvelles (ex-rebelles) dans le nord, tout en assurant la présence des forces de défense et de sécurité sur l’ensemble des zones ex-rebelles pour sécuriser les élections. Malheureusement, tout ce processus piétine, ajoute-t-il.
Approché par IPS à Bouaké, dans le centre du pays, le 26 mai, après la cérémonie de passation de service, le directeur de l’administration territoriale, Gaspard Séhi, a affirmé que les autres passations de charge entre les préfets et les commandants des zones des villes de la région centre nord et ouest – occupée par les ex-rebelles – vont se dérouler progressivement, sans donner aucune indication sur la période.
En attendant, les préfets des autres villes, occupées encore par les Forces nouvelles, demeurent dans l’incertitude et nourrissent l’espoir de voir arriver leur tour de prendre service. Pour l’instant, en effet, la passation de service s’est faite uniquement avec le préfet de Bouaké, dans le centre de ce pays d’Afrique de l’ouest. Pour Auguste Tahan, préfet de la région des Savanes, dans le nord de la Côte d’Ivoire, les préfets redéployés n’attendent que la passation de service pour rentrer définitivement en possession des prérogatives de leur fonction. «Cela doit se faire très rapidement, sans quoi, un préfet ou un sous-préfet redéployé sans les pouvoirs qui lui sont conférés, ne représente rien…», a-t-il souligné à IPS. Koua Hermane, le juge assurant les fonctions de président du tribunal de Korhogo, depuis février dernier, a exprimé, le 25 mai dans les locaux provisoires du tribunal, des inquiétudes à IPS : «Le tribunal ne peut exercer toutes ses compétences parce que nous n’avons pas les officiers de police judicaires, c’est-à-dire les forces de sécurité que sont les gendarmes qui ne sont pas encore redéployées. Or, elles constituent le bras séculier de la justice, donc en clair, nous ne pouvons pas mener des procédures pénales». Lacina Koné, secrétaire départemental du Rassemblement des républicains (RDR) de Korhogo, un parti de l’opposition, et directeur de campagne du candidat Alassane Dramane Ouattata dans ce département, estime qu’il faut néanmoins saluer les progrès accomplis vers les élections et la paix. Même si les forces de défense et de sécurité (FDS) ne sont pas encore redéployées entièrement dans toutes les villes du nord, il faut saluer les efforts vers la réunification du pays, indique à IPS Koné, ajoutant : ‘’Nous pensons que la nouvelle armée, qui sortira de la réunification des deux armées, sera une armée républicaine qui sera à la disposition de la Côte d’Ivoire et non pas d’un parti quelconque’’.
Pour sa part, Lanzeni Coulibaly, secrétaire de la section du Front populaire ivoirien (FPI), le parti au pouvoir, de la commune de Korhogo et directeur départemental de campagne du candidat Laurent Gagbo, affirme à IPS que la libre circulation des biens et des personnes est encore inexistante dans le nord du pays.
«En tournée politique dans le département de Korhogo, le cortège de notre président, Pascal Affi N’guessan, a été empêché le 23 mai dernier par les Forces nouvelles (ex-rebelles) de se rendre à Nenekiri, le village de feu le colonel Sekou Coulibaly, un conseiller du président de la République Laurent Gbagbo…, décédé accidentellement en début d’année», a observé Lanzeni Coulibaly.
Il faut le redéploiement des forces de défense et de sécurité dans les villes de cette région avant le lancement officiel de la campagne électorale pour éviter d’avoir des élections perturbées, a-t-il souligné.
De son côté, Mariam Traoré, présidente d’une ONG locale ‘Femmes unies’, qui lutte contre les violences faites aux femmes, a déclaré à IPS : «Nous sommes inquiets que le redéploiement des forces de sécurité se déroule un peu comme le regroupement des milices et des ex-rebelles, qui traîne encore». Elle ajoute : «Ensuite, c’est un non-événement la passation de charge avec les préfets avant le redéploiement des forces de sécurité parce que les préfets ne seront pas libres de leurs mouvements».

