MASERU, 6 juin (IPS) – Un centre de santé dans l’un des districts les plus pauvres du Lesotho a enregistré un succès important dans la mise en œuvre d’un programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME), mais les experts de la santé avertissent qu’un nombre de facteurs, y compris les croyances culturelles et le stigma, menacent de faire avorter le programme.
“C’était la décision la plus difficile à prendre dans ma vie, mais je savais que je devais le faire pour l’amour de mon fœtus. Les conseils que nous avons reçus avant le dépistage ont beaucoup aidé aussi”, s’est rappelée Nthabiseng Rannyali, 24 ans, qui a décidé de faire le test du VIH pour protéger son fœtus. Rannyali, qui a été dépistée séronégative, faisait partie d’un groupe de mères enceintes qui ont été conseillées par des médecins de l’Hôpital de zone St James Mantsonyane, dans le district de Thaba Tseka, à environ 200 kilomètres de Maseru, la capitale de Lesotho, de faire le test du VIH. Le district sanitaire de Mantsonyane est l’un des plus pauvres au Lesotho, où seulement environ 15 pour cent des habitants ont accès à un emploi salarié. La majorité vit de l’agriculture et de projets communautaires occasionnels dirigés par le gouvernement et, parfois par des organisations non gouvernementales (ONG). L’hôpital de zone supervise un réseau de neuf centres de santé, desservant une population de 64.000 habitants couvrant une région de 2.000 kilomètres carrés. Le programme de la PTME fait partie de l’initiative du gouvernement du Lesotho pour accélérer l’accès universel à la prévention du VIH, au traitement, aux soins et au soutien d’ici à 2010. Il vise à augmenter le nombre de femmes enceintes séropositives qui bénéficient d’un cours complet de la prophylaxie anti-rétrovirale (ARV) pour réduire de 80 pour cent le risque de la transmission de la mère à l’enfant. Le personnel de santé affirme que la réponse au programme de PTME du Lesotho a été encourageante. Le nombre de centres de santé fournissant au programme est passé de neuf en 2004 à 166 vers la fin de l’année 2008. Le nombre de femmes qui ont bénéficié de la PTME et du traitement ARV subséquent est passé de 421 en 2004 à environ 5.000 vers la fin de l’année dernière, selon les statistiques de 2009 du Conseil national du SIDA.
Toutefois, les centres de santé ont commencé par être confrontés à quelques défis imprévus dont les principaux sont les croyances culturelles et le stigma lié au VIH et au SIDA.
Khanyane Mabitso, le coordonnateur des soins de santé primaires à l’Hôpital de zone St James Mantsonyane, déclare que le stigma et les croyances culturelles font qu’il est difficile au personnel médical de suivre les mères séropositives et leurs bébés.
“Il reste encore beaucoup à faire après l’accouchement. Nous devons continuer par conseiller les mères sur l’hygiène personnelle, la nutrition, la prise des médicaments et d’autres questions, mais certaines femmes disparaissent peu après l’accouchement quand elles sont informées de leur statut séropositif”, a-t-il souligné. “Du fait que le stigma est toujours associé à la maladie, elles craignent que les gens au sein de la communauté puissent être informés de leur statut et les méprisent”, a expliqué Mabitso. En dehors du stigma, des croyances culturelles empêchent les femmes de revenir dans le centre de santé où elles savent que les agents de santé leur conseilleront de ne pas exposer leurs bébés aux rites traditionnels et à la médecine par les plantes. Certaines femmes, par exemple, nourrissent leurs nouveaux-nés avec des herbes pour les rendre forts, pendant que d’autres croient que nourrir ou laver les bébés avec des arbustes les aide à lutter contre des maladies et les immunise contre les attaques de sorciers. Par ailleurs, un mythe local stipule que si un bébé refuse de téter, c’est que sa mère a commis l’adultère au cours de la grossesse. Par conséquent, les mères séropositives sont réticentes à choisir la formule d’alimentation exclusive. Il est conseillé aux mères séropositives, qui ont mis au monde des bébés séronégatifs à travers la PTME, de nourrir leurs bébés au biberon, à cause du risque élevé d’infection à travers l’allaitement. “Il y a un niveau élevé d’analphabétisme dans cette zone et nous travaillons pour s’assurer que les mères savent comment choisir [entre le sein et la formule d’alimentation] et comment utiliser la formule du lait”, a confié Mabitso à IPS, ajoutant que beaucoup de mères continuent d’ignorer les conseils des agents de santé et alternent entre les méthodes d’alimentation, souvent à cause de la pression des femmes membres de la famille, plus âgées, qui pensent qu’elles connaissent mieux. Pour ce qui est des avantages, de plus en plus de femmes, telles que Rannyali, comprennent maintenant la nécessité de faire le test du VIH quand elles tombent enceintes, pour protéger leurs fœtus.
L’introduction de la PTME à l’Hôpital de zone St James Mantsonyane a également permis “de promouvoir des messages de prévention du VIH à travers plusieurs communautés dans la région du centre de santé”, selon Ascension Martinez, un consultant indépendant. Le programme a également encouragé les gens à venir pour des conseils volontaires et le dépistage et à participer aux groupes de soutien.
“Nous pouvons maintenant affirmer en toute sécurité que davantage de personnes ont des informations sur le VIH et le SIDA à travers l’éducation et la formation. Mais, il est toujours difficile d’évaluer l’influence [du programme] sur le changement de comportement”, a observé Martinez. Le Conseil national du SIDA du Lesotho envisage de mettre en œuvre le programme de la PTME dans tous les 128 conseils de district du pays au cours des quelques prochaines années.

