DAKAR, 7 juin (IPS) – Après l’extraction de plus de 80.000 mètres cubes d’ordures ménagères et de déchets solides jusqu’à quatre mètres de profondeur par une entreprise spécialisée, la baie de Hann, à l’est de Dakar, la capitale sénégalaise, renoue encore avec les ordures à cause des activités de la population et des industries riveraines.
Pourtant, cette baie a retrouvé une seconde vie avec les travaux de dépollution qui ont duré de janvier 2006 à mars 2009. Cette opération, qui a coûté plus de trois milliards de francs CFA (environ six millions de dollars), a été financée par le gouvernement des Pays-Bas, et exécutée par Sen environnement, une entreprise placée sous la tutelle du ministère sénégalais de l’Environnement et de la Protection de la Nature. Situé à quelques encablures du quartier de la cité Marinas, à l’est de Dakar, le quai de pêche du village de pêcheurs de Hann ne désemplit pas de monde. Des jeunes, paniers sur la tête déchargent des pirogues artisanales de poissons. Et toute cette activité se fait sur cette baie de plus de 14 kilomètres.
IPS a constaté sur la plage de Hann qu’à côté des tas de poissons, il y avait, sur des kilomètres, des ordures en plastiques, des ordures ménagères et des tas de goémons (algues marines). Selon Amadou Ndiaye, un natif du village et chef d’exploitation du quai de pêche de Hann, la situation environnementale n’augure pas d’un avenir meilleur, notamment avec le départ de la société Sen environnement après avoir fini la première phase de dépollution de la plage.
«Sen environnement ne se focalisait pas seulement sur l’extraction des déchets sur la baie, elle effectuait aussi la collecte quotidienne des ordures ménagères. Le départ de cette société ne nous arrange pas», se désole-t-il.
Selon Ndiaye, le mal de la baie de Hann est que les localités qui la longent ne disposent pas de systèmes d’assainissement et de collecte d’ordures appropriés. «Vous voyez que ces localités n’ont pas de routes pour que les camions bennes de ramassage d’ordures puissent accéder aux maisons situées vers les rivages», explique-t-il à IPS. François Mathieu, l’administrateur de Sen environnement, indique à IPS que la collecte des ordures ménagères était une mission dévolue à la municipalité de Hann. «Pour maintenir la propriété du site, nous étions obligés de prendre en charge la collecte des ordures ménagères».
Mais, Pape Fall, un jeune du village soutient que la pollution de la baie n’est pas seulement due aux activités de la population. «Nous ne sommes pas les seuls responsables de la pollution de la plage. Plus de 260 unités industrielles, renfermant 70 pour cent du tissu industriel du Sénégal, déversent des produits polluants dans l’eau de la baie», affirme-t-il à IPS.
«L’essentiel des unités industrielles ne dispose pas d’unités de traitement adéquates. Elles déversent quotidiennement et en toute impunité leurs effluents pollués sur la baie via des canaux exclusivement destinés au drainage des eaux pluviales», dit-il.
Selon Ahmed Sow, responsable de l’environnement à la mairie de Hann, la mairie a toujours fait des efforts pour la collecte des ordures. «La mairie a pensé qu’il est plutôt important de sensibiliser la population sur le bien-fondé de la protection de l’environnement. Et c’est ce que nous faisons. On peut ramasser les ordures, mais lorsque la population est sensibilisée sur ça, c’est encore mieux. Nous avons toujours travaillé en collaboration avec Sen environnement», déclare-t-il à IPS.
Au ministère de l’Environnement du Sénégal, Elimane Ba, chef de Division des études d’impact sur l’environnement, de la prévention et du contrôle des pollutions et nuisances, affirme que la réhabilitation de la baie de Hann fait partie des urgences de l’Etat. «Après le travail de dépollution effectué par Sen environnement, les autorités veulent s’attaquer à la racine du mal : la pollution industrielle», explique-t-il à IPS. Selon Ba, l’Agence française de développement (AFD) et la Banque européenne d’investissement (BEI) viennent d’octroyer plus de six millions de dollars pour construire, le long de la baie, un réseau d’assainissement moderne qui collectera et drainera – vers un centre de traitement – toutes les eaux usées destinées à la baie.
«C’est une opération grandeur nature qui va permettre de traiter au moins 95 pour cent de la pollution bactérienne afin d’améliorer la situation sanitaire de plus que 500.000 âmes qui vivent dans la localité de Hann», révèle-t-il.
En attendant l’aide de l’AFD, l’Etat et la mairie organisent des tournées de sensibilisation à l'endroit de la population sur les dangers de la pollution de la plage de Hann afin de la maintenir propre. Ce qui reste toujours difficile. Selon Mamadou Gueye, responsable de l’abattoir 8 à Hann, les bouchers sont conscients de la dégradation de la baie. «On sait très bien que le sang pollue l’eau de la mer, mais pour l’instant, on n’a pas de matériels appropriés pour le traitement du sang des animaux. Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas de machine pour traiter le sang avant de le déverser dans la mer, mais nos machines sont insuffisantes», reconnaît-il.
Dr Issa Niang, du centre de santé de Hann, affirme que la pollution de cette baie est à l’origine d’une situation environnementale et sanitaire. «La dernière étude, du premier semestre de cette année, des eaux de la baie a décelé des concentrations de bactéries nuisibles à la santé», explique-t-il à IPS.
Selon Dr Niang, la population de Hann souffre souvent de la typhoïde et des dermatoses. «Les enfants sont plus contaminés que les adultes. La teigne dérange les enfants, surtout ceux qui fréquentent la mer. Il faut ajouter à cela la diarrhée».
Awa Diagne, une mère de famille, confirme, estimant que la baie doit être interdite aux enfants. «Regardez ces taches sur mon fils : quand on était ailleurs, il n’avait pas ces brûlures sur la peau, mais depuis qu’on s’est installé ici et qu’il côtoie la mer, toute sa peau est atteinte de teigne», se plaint-elle.

