RABAT, 29 avr (IPS) – A moins de deux mois des élections communales prévues le 12 juin prochain au Maroc, l'un des enjeux du scrutin repose sur une volonté royale qui veut que la femme prenne la place qui lui revient dans la sphère politique de ce pays d’Afrique du nord, notamment au sein des conseils communaux.
Cette volonté se reflète dans un discours prononcé le 13 octobre 2008, dans lequel le roi Mohamed VI avait appelé à une "collaboration constructive" entre le gouvernement et le parlement marocains en vue de la mise en place des mécanismes renforçant la présence des femmes dans ces conseils.
Pour garantir cette représentativité, un plan d’action a été défini afin de changer un constat fait en 2003 : seulement 137 femmes occupaient un siège de conseillère communale et une seule était maire et présidente de la commune d’Essaouira, une ville du sud du royaume.
Le gouvernement a établi un quota de 12 pour cent et a demandé aux partis politiques de s’investir dans ce sens, en adoptant une méthode pour assurer aux femmes non seulement une représentativité, mais également l’accès aux postes de responsabilités au niveau local. Les 12 pour cent sont réservés aux femmes par le biais des listes supplémentaires pendant les élections : c’est un quota obtenu à l’arraché au parlement par les femmes députées. Ainsi, en plus des femmes choisies par les partis pour se présenter aux élections, il faut qu’il y ait encore 12 pour cent de femmes sur les listes de candidature de chaque parti. Pour inciter les partis à encourager les femmes à se présenter au scrutin du 12 juin, le gouvernement a prévu un soutien financier. Pour promouvoir ce plan, un fonds d’aide d’environ 890.000 euros a été créé par le ministère de l’Intérieur pour soutenir tous les partis qui auront une plus grande représentativité des femmes. Il servira à financer des campagnes électorales et des ateliers de formation des femmes, relative à l’action politique et à la gestion locale.
Khalid Benjelloun, un cadre supérieur au ministère de l’Intérieur, salue cette décision qui, selon lui, fera bouger les choses en faveur des femmes. «Toutes les conditions sont remplies pour relever ce défi», affirme-t-il à IPS, estimant que «les partis politiques sont donc obligés d’appliquer la loi qui leur impose les 12 pour cent».
Saïd Saadi, un ancien ministre de la Famille et de l’Enfant, explique à IPS : «La femme a enregistré une présence assez remarquable dans tous les domaines où elle a œuvré, donc elle mérite d’être représentée dans des postes décisionnels. En plus, sa présence peut apporter une touche féminine aux tâches qui lui sont confiées, une occasion d’appliquer l’approche genre».
Selon Saadi qui est également un chercheur, «La représentativité de la femme ne peut être que bénéfique, surtout que la mentalité patriarcale a beaucoup changé en s’ouvrant sur la moitié de la population. Il faut donc en faire profiter aux femmes et… leur faire arracher des sièges dans leurs communes».
Le Maroc compte 24.000 conseillers locaux, dont 137 femmes, soit un taux de représentation de 0,52 pour cent; une participation symbolique loin de la population féminine marocaine, selon des organisations non gouvernementales (ONG). Selon le dernier recensement général de la population et l’habitat remontant à 2004, les femmes comptent 5O pour cent des habitants du royaume. Avec 0,52 pour cent, le Maroc est loin derrière en matière des droits et égalité des sexes : son rang au niveau mondial est de 125ème sur 130, selon un classement établi par le Forum économique mondial en 2007. Une place peu enviable qui reflète les entraves que rencontrent les Marocaines désireuses de s’intégrer dans la sphère politique qui a toujours été une affaire des hommes, selon des associations des femmes.
Par exemple, sur les 325 sièges du parlement marocain élu en 2007, on recense 34 femmes, un chiffre qui place le Maroc à la 94ème place du palmarès mondial en matière de parité homme/femme en politique.
Abdelkrim Benatik, un ancien secrétaire d’Etat, aujourd’hui secrétaire général du Parti travailliste, a déclaré à IPS : «Notre parti n’est pas seulement impliqué dans cette action; plus que ça, nous sommes engagés jusqu’au bout pour établir une relation équitable entre les sexes». Benatik, qui est un banquier de formation, ajoute : «Le plus grand combat est de miser sur la femme rurale, car à notre sens, elle est très présente dans le système productif. Pour qu’elle soit intégrée dans le social et la politique, nous œuvrons pour que nos listes soient féminisées».
Par ailleurs, des efforts ont été faits pour permettre le passage du milieu associatif à la scène politique. Par exemple, un programme de formation a été lancé le 19 mars dernier à Rabat, la capitale marocaine, pour des femmes qui se présenteront aux communales afin de s’initier à mener une campagne électorale leur permettant d’atteindre un taux plus élevé que les 12 pour cent. Selon des analystes, le gouvernement marocain cherche à avoir plus de femmes conseillères communales par rapport au scrutin de 2003 qui a enregistré seulement cinq pour cent du total des candidates. Malgré cela, Aicha Lakhmas, secrétaire générale de l’Union de l’action féminine (UAF), une ONG basée à Casablanca, la capitale économique, trouve que les 12 pour cent ne sont pas suffisants pour une représentativité honorable. Elle déclare à IPS : «En tant que militantes, soit au sein des partis politiques soit dans les associations féminines, nous demandons 25 pour cent des femmes sur nos listes avec 12 en tête de liste».
Selon Lakhmas, «à Casablanca, il y a 16 communes et nous espérons en gagner quatre, ce qui n’est pas facile, car notre plus grand défi est de convaincre les électeurs et électrices de nous faire confiance».
Les médias sont également sollicités à participer à cette sensibilisation menée sous le thème : «Femmes dans les communes, levier de la gouvernance locale». Quant au forum des femmes parlementaires, toujours à la recherche d’une parité équitable, elles ont lancé un appel au nom «Des voix féminines pour la démocratie». Elles sont 35 femmes députées appartenant à plusieurs partis politiques variés. Nadia Oumlil, une sympathisante des associations de défense des droits de la femme, a commenté cette représentativité à IPS : «Fini le temps où les femmes n’étaient pour les partis politiques que de simples voix, ou pour faire jolies au sein de l’hémicycle». Elle a ajouté : «Si le Maroc se veut un pays démocratique, il doit donner la parole à ses femmes, les mêler à la gestion de toutes les affaires communales, provinciales, régionales et même nationales».

