ENVIRONNEMENT-AFRIQUE DU SUD: Le label biodégradable moins écologique qu’il le promet

LE CAP, 29 avr (IPS) – Les Sud-Africains achetant des produits à emballage en plastique “biodégradable” sont souvent dupés par des entreprises pressées de profiter de la tendance actuelle en faveur d’une protection consciente de l’environnement. Bien que les plastiques se cassent en petits morceaux, ils demeurent toxiques et potentiellement dangereux pour la santé humaine.

Dans un effort de réduire la pollution et la quantité de déchets allant dans un espace d’enfouissement des déchets, ce pays a commencé par investir dans une forme de plastiques nouvellement développés qui se dégradent rapidement, appelés plastiques oxo-biodégradables. Toutefois, ces plastiques ont essuyé le feu des écologistes parce que, contrairement à la façon dont ils sont vendus, ils ne sont pas vraiment biodégradables. Le manque de réglementation environnementale signifie que l’étiquetage peut être trompeur et les consommateurs n’obtiennent pas nécessairement ce qu’on leur a promis. L’Afrique du Sud ne dispose pas d’un système d’authentification en place qui fait la distinction entre les plastiques dégradables et biodégradables. Un plastique oxo-biodégradable est, comme d’autres plastiques, fait à base du pétrole, avec un produit chimique supplémentaire qui casse le produit en de très minuscules morceaux. Par conséquent, ces plastiques n’occupent pas de l’espace dans les milieux d’enfouissement des déchets, mais ils émettent une poussière toxique qui pollue l’environnement, connue pour être nuisible à la santé humaine. “[Le gouvernement sud-africain est] beaucoup trop rapide pour autoriser des entreprises à mettre en vente des produits sans aucune sorte de contrôle”, se lamentait Muna Lakhani, coordinateur national de l’Institut pour zéro déchets en Afrique, basé à Durban. “Le nombre de nouveaux produits chimiques mis en vente chaque année, sans les exigences d’une évaluation de leur impact environnemental, social et sur la santé, constitue une grande inquiétude”. Il n’existe aucun cadre de régulation en Afrique du Sud pour contraindre les entreprises à fournir des évaluations indépendantes de la santé, par exemple. “La législation a tendance à entrer en action seulement lorsqu’un dommage est causé; alors il n’y a aucune application du principe de prévention”, affirme Lakhani. L’année dernière, le fabricant britannique ‘Symphony Environmental Technologies’ a conclu un marché consistant à fournir des produits plastiques à ‘Albany Bakeries’, une filiale du géant sud-africain de l’alimentation ‘Tiger Brands’. Il déclare que ses emballages contiennent un composé chimique complémentaire qui fait que le plastique se dégrade dans moins de six mois, sans laisser derrière des fragments ou des résidus nuisibles. Toutefois, des experts de l’environnement disent que cela n’est pas assez bon pour être considéré comme biodégradable. “Pour être favorable à l’environnement, un [plastique] polymère devrait disparaître complètement. En biodégradation, cela signifie une conversion naturelle en CO2 et en eau”, a expliqué Bruno de Wilde, directeur de laboratoire aux Systèmes des déchets organiques (OWS), une entreprise-conseil belge qui teste et certifie la biodégradabilité des produits des consommateurs et des emballages. Non certification Un autre problème avec les plastiques oxo-biodégradables est qu’ils ne peuvent être recyclés sans danger et avec succès que seulement s’ils sont captés dans le temps de recyclage après quelques jours d’utilisation. “Dans la collecte des déchets, vous ne connaissez pas l’âge des plastiques, alors il est probable que dans le processus de tri mécanique, des plastiques oxo-biodégradables puissent finir dans la fabrication d’autres produits et continuer par se dégrader”, a indiqué David Hughes, directeur exécutif de la Fédération des plastiques d’Afrique du Sud, qui a convaincu les poids lourds industriels comme Coca-Cola et Woolworths d’éviter les plastiques oxo-biodégradables. “Les entreprises de recyclage ne voudront pas prendre les produits fabriqués à partir des plastiques oxo-biodégradables. Cela perturbera l’industrie de recyclage qui est en train de créer des emplois en Afrique du Sud”, a-t-il ajouté.

‘Albany Bakeries’ n’est pas la seule entreprise en Afrique du Sud qui essaie de recourir à des consommateurs conscients de l’environnement en commercialisant ses emballages comme étant biodégradables. Astrapak, l’un des plus grands producteurs d’emballages en plastique dans le pays, fabrique une poubelle en plastique biodégradable conçue à partir de granulés à base de pétrole en lesquels elle se dégradera après utilisation.

Mais des experts de l’environnement, comme Wilde, avertissent que ces minuscules fragments de plastique en lesquels se dégrade cette poubelle pourraient entrer dans la chaîne alimentaire et constituer des risques de santé. La plupart des plastiques contiennent des produits chimiques nuisibles, tels que les oxydes de soufre et d’éthylène, qui peuvent entraîner des problèmes respiratoires et de reproduction. Jusqu’à présent, les plastiques oxo-biodégradables ne répondent pas aux normes internationalement acceptées pour les emballages transformables en compostes et biodégradables qui assurent qu’un produit se décompose totalement dans un milieu d’enfouissement de déchets ou dans un tas de composte industriel. Pour être certifié biodégradable, un produit doit être entièrement testé et approuvé par des organismes internationalement reconnus, tels que l’Institut de recherche des normes (ISR) et l’Organisation internationale de normalisation (ISO). Puisqu’il n’existe aucun système d’authentification en place, qui fait la distinction entre les termes ‘dégradable’ et ‘biodégradable’ en Afrique du Sud, cela signifie que les entreprises sont capables de transporter en bachot leurs emballages comme étant biodégradables et, par conséquent, favorables à l’environnement. Un lobby puissant “Le lobby de l’industrie en Afrique du Sud est puissant et notre gouvernement accepte aveuglément toute chose que, par exemple, le Service de contrôle des aliments et des médicaments des Etats-Unis approuve”, a souligné Lakhani. Il appelle les militants écologistes à faire pression sur le ministère national de l’Environnement et du Tourisme ainsi que le ministère de la Santé à assurer que les règlementations environnementales de l’Afrique du Sud correspondent aux normes internationales.

“J’aimerais voir installé un organe qui viserait la suppression progressive des produits et procédés non renouvelables et dangereux, y compris beaucoup de plastiques, et qui serait chargé de remplacer ceux-ci par des alternatives sûres, locales, renouvelables et créatrices d’emploi”, a ajouté Lakhani.