LE CAP, 28 avr (IPS) – Comme les résultats des quatrièmes élections démocratiques de l’Afrique du Sud, tenues le 22 avril, tombent, le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), est assuré de retourner au pouvoir au sein de l’Assemblée nationale de 400 sièges.
Le parti est également sur la bonne trajectoire d’émerger comme le parti au pouvoir dans les neuf provinces sauf un. Il est probable que le principal parti de l’opposition, l’Alliance démocratique, prenne le Cap de l’ouest. Emus par les premières tendances électorales, des milliers de militants de l’ANC ont envahi le lendemain le centre ville de Johannesburg en vue d’un rassemblement pour manifester leur joie. Le président de l’ANC, Jacob Zuma, qui deviendra le quatrième président du pays depuis que les élections de 1994 ont fait entrer au pouvoir Nelson Mandela, a rendu hommage aux fidèles du parti. “Ceci est pour nous une façon de remercier les volontaires qui sont passés de porte à porte dire aux électeurs sud-africains de voter pour le Congrès national africain”.
Jacob Simpson, un militant de l’ANC à Johannesburg, le centre économique du pays, a confié à IPS qu’il était excité par cette victoire “inévitable” de son parti. “C’est un sentiment merveilleux; cela montre que notre démocratie est en train de grandir”, a-t-il indiqué.
Mais le résident du Cap, John Frere, était d’une humeur moins optimiste, affirmant que c’était “inutile” que le parti au pouvoir célèbre “une victoire attendue”.
“Je pense que le parti au pouvoir peut démarrer sur un pied très bien en ne gaspillant pas des milliards et des milliards de rand sur leur fête. Ils organisent des fêtes avant les élections, alors nous n’avons plus besoin d’autres célébrations”, récriminait Frere. “Ils devraient plutôt investir cet argent dans l’assistance aux pauvres et dans la construction des maisons”.
Le point de vue de Frere indique l’espérance selon laquelle un ANC dirigé par Zuma honorerait à ses promesses électorales de réduire la pauvreté, de créer des emplois, et d’améliorer les services de santé et de l’éducation, de se concentrer sur le développement rural et de faire face aux niveaux élevés de la criminalité. Nosiviwe Ntini a voté pour l’ANC à cause de leur engagement électoral d’améliorer les emplois et les salaires. Elle doit faire la navette de Gugulethu, une communauté très peuplée typique des townships du pays, au district commercial central du Cap, pour son travail d’agent de sécurité. “Je reçois actuellement un salaire pitoyable et je suis vraiment assurée que le nouveau gouvernement réalisera ses promesses”. Le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), la plus grande fédération des travailleurs du pays, a également encouragé l’ANC d’être à la hauteur de ses mandants.
“Pendant que nous fêtons, nous devons avoir à l’esprit qu’il reste encore du chemin à faire avant que nous ne nous reposions. C’est maintenant que l’ANC, les syndicats et la nation dans son ensemble doivent travailler ensemble et commencer par mettre en œuvre les politiques faisant partie du manifeste de l’ANC”, a déclaré Patrick Craven, le porte-parole national du COSATU.
Le COSATU est une alliance partenaire du parti au pouvoir et était l’un des principaux partisans de Zuma dans sa candidature pour la présidence de l’ANC. Les membres de l’ANC les plus anciens se sont séparés du parti suite à l’échec de la candidature de Thabo Mbeki pour un troisième mandat comme président de l’ANC et sa destitution subséquente comme président du pays. Le chercheur politique Justin Sylvester de l’Institut pour la démocratie en Afrique du Sud (IDASA) prévient d’un dur mandat pour Zuma et l’ANC. Il a indiqué que le nouveau président serait sous la pression de ses partisans de mettre rapidement en œuvre son manifeste électoral mais pourrait remarquer que cela est difficile dans la crise économique mondiale actuelle. “La réalité en Afrique du Sud est qu’il y a une gamme de défis socio-économiques dont les principaux sont le chômage, l’éducation, les soins de santé et les services de base comme l’assainissement, notamment pour les gens des zones rurales”. La Campagne de l’Action pour un traitement (TAC) est une organisation qui fait la pression pour l’accès des personnes vivant avec la tuberculose et le VIH/SIDA au traitement. Fredalene Booysen, la coordinatrice de TAC dans la province du Cap de l’ouest, a déclaré à IPS que les nouveaux dirigeants au pouvoir devraient intensifier les programmes pour le traitement de la tuberculose. Elle a indiqué que la tuberculose, une infection opportuniste fréquente des personnes vivant avec le VIH/SIDA, ne bénéficie pas actuellement d’une attention suffisante de la part du gouvernement.
“Nous avons encore de longues files d’attente, nous continuons d’avoir un manque d’infirmiers, et nous n’avons pas toujours fini avec les personnes dans les fermes en termes de l’accès au traitement ou aux soins de santé. Ce sont ces questions pertinentes qui restent toujours à être réglées”. Un autre activiste de la santé, Onisimo Jodana, a accusé le gouvernement d’abandonner plusieurs initiatives dans le domaine de la santé et de mettre en péril des vies. Il a dit a IPS que le gouvernement devrait surveiller les programmes à la base et travailler avec les groupes communautaires afin d’améliorer la fourniture des services.
“Maintenant que nous nous dirigeons vers la prochaine ère de démocratie, il doit exister un mécanisme qui coordonne les activités depuis la base. Vous ne pouvez pas avoir un gouvernement surveillant à partir du sommet sans que les structures locales n’informent pas en retour. Il y a nécessité d’une réorientation et d’une redéfinition de stratégie étant donné la situation prochaine”.
Les résultats des quatrièmes élections démocratiques de l’Afrique du Sud tenues le 22 avril ont été officiellement annoncés par la Commission électorale indépendante du pays le 25 avril.

