GRAND-BASSAM, Côte d’Ivoire, 14 avr (IPS) – Face à un chômage qui touche près de 80 pour cent de leur population en âge de travailler, les pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) ont convenu de mettre en place un plan quinquennal commun de création d’emploi.
Ce plan, qui a été présenté, discuté et adopté à une conférence des ministres du Travail et de l’Emploi de la zone CEDEAO, la semaine dernière à Grand-Bassam, près d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, souligne que la proportion élevée du chômage oblige 60 pour cent des 290 millions habitants de la communauté à vivre avec moins d’un dollar par jour.
“Les Etats membres de notre région ont des points communs pas reluisants en matière d’emploi”, a déclaré Adrienne Diop, commissaire du développement humain et du genre à la CEDEAO, citant le faible niveau d’instruction et de compétence des gens, le taux de chômage et de sous-emploi significatifs, et le vaste secteur informel alors que, dit-elle, la migration de travail est croissante. “C’est un sombre tableau auquel il fallait faire face avec un plan bien défini pour contenir le mal”.
Le plan, qui s’articule autour de douze programmes prioritaires – élaboré en collaboration avec des syndicats de travailleurs, des organisations patronales et les organisations non gouvernementales -, présente aux Etats le cadre de création d’un environnement propice à l’investissement dans le capital humain et l’amélioration de l’employabilité des demandeurs d’emploi, en particulier les jeunes.
“Par le passé, il y avait un ensemble de mesures politiques sur la question, mais il est resté sans effet pour des raisons diverses. Sans doute parce qu’il n’associait pas toutes les parties impliquées dans le domaine de l’emploi”, a estimé Babacar Cissé, un expert sénégalais. Il a participé aux travaux de confection de la politique d’emploi, au cours de la conférence ministérielle des la zone CEDEAO, qui s’est tenue à Grand-Bassam, 30 kilomètres au sud-est de la capitale économique ivoirienne.
La CEDEAO comprend 15 Etats membres : Bénin, Burkina Faso, Cap Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.
“Aujourd’hui, il nous faut des entreprises durables, porteuses de croissance et un appui important à l’esprit d’entreprise. De nombreux jeunes dans notre zone sont pleins d’initiatives, mais manque de soutien financier ou matériel. Il faut parer très vite à cela”, a indiqué Cissé à IPS. Selon Cissé, la dernière enquête en date sur la question de l’emploi des jeunes au Sénégal remonte à 2001 et indiquait un taux de chômage de 51 pour cent des jeunes et 87 pour cent sans qualification professionnelle ou n’ont pas de formation adaptée aux besoins des structures de la place. “Ces dernières années, les chiffres sont en hausse. Et avec la crise financière, nous sommes désormais dans un environnement difficile, mais pas impossible. Le plus dur était d’avoir un plan, maintenant que nous l’avons, les gouvernants doivent le mettre en place très rapidement”, estime Cissé.
Son homologue du Nigeria, Jessie Okpuno, a soutenu, pour sa part, que des centres pour l’emploi doivent être créés dans tous les pays de la CEDEAO, les programmes scolaires doivent être réformés pour mettre l’accent sur les compétences techniques, professionnelles et l’entreprenariat afin de réussir l’intégration sous-régionale en matière d’emploi.
“Au Nigeria, le gouvernement fédéral a adopté, en mars dernier, un plan d’urgence pour la création de 11 millions d’emplois cette année. Le contenu de ce plan, dont certains éléments ont été proposés aux ministres ouest-africains et pris en compte, doit nous permettre de contrer le trafic des enfants ou encore l’exode massif vers l’Europe”, a-t-elle affirmé à IPS. “Le taux de chômage des jeunes au Nigeria avoisine les 35 pour cent”.
Bernard Ahissou, un expert béninois, souligne que “ce qui est aussi important, c’est que tout le monde a compris que les gouvernements ne peuvent pas être les seuls pourvoyeurs d’emploi. Un appel a donc été lancé aux entrepreneurs privés afin qu’ils mettent la main en pâte, de même que les investisseurs internationaux”, a-t-il expliqué à IPS.
“Nous sommes prêts à jouer notre partition, mais pas à n’importe quel prix”, a réagi Moustapha Bakayoko, responsable d’entreprise et membre de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire, une organisation patronale basée à Abidjan. “De nombreuses contraintes fiscales et surtout l’environnement de crise ne peuvent jamais favoriser les affaires. Si nos gouvernements l’ont compris, alors, ils savent quoi faire afin de nous aider à créer des emplois et sortir des millions de familles de la pauvreté”, a indiqué Bakayoko à IPS.
De son côté Mathurin Agnissan, membre d’un syndicat libre des travailleurs de Côte d’Ivoire, a souligné qu’il était, certes, intéressant de songer à la création des emplois, “mais il ne faut pas occulter la protection sociale de l’employé et sa retraite, ainsi que la promotion du dialogue social tripartite”.
“Rien ne peut se faire sans le travailleur. Dans nos Etats, généralement, les décisions se prennent sans qu’on consulte ceux qui sont chargés de son exécution. Il est tout à fait normal qu’elles ne produisent pas l’effet escompté”, a affirmé Agnissan.
“Toutes les préoccupations ont été prises en compte. Au niveau des ministres, nous savons que des conditions sont nécessaires pour l’exécution du plan”, a reconnu le ministre ivoirien de la Fonction publique et de l’Emploi, Hubert Oulaye. “Il s’agit particulièrement de la volonté politique de chaque Etat membre; avec de la volonté, nous y parviendrons”, a-t-il ajouté. Mais, le plan quinquennal de la CEDEAO n’indique pas de coût financier global, et au ministère ivoirien en charge de l’emploi, on explique que le plan d’action devrait conduire les Etats membres à augmenter, selon leurs moyens, leurs budgets consacrés à la formation et à l’emploi. De même, ils devraient accorder des exonérations ou facilités fiscales aux entreprises créatrices d’emplois.

