LUSAKA, 8 avr (IPS) – Après presqu'une décennie de lutte pour l’autorégulation, les médias zambiens pourraient finalement voir leurs souhaits pris en compte par la protection constitutionnelle.
Le nouveau projet de constitution du pays interdit une législation qui saperait la liberté des médias et un comportement administratif qui pourrait freiner le développement de ce secteur. Le vice-président de l’Association de la presse de Zambie (PAZA), Amos Chanda, a déclaré à IPS qu’une disposition séparée, qui sauvegarde “catégoriquement” la liberté des médias, est prise alors que des clauses dans la constitution actuelle sur la liberté d’expression sont également retenues.
Juste un peu moins de 500 représentants de tous les secteurs de la population zambienne, qui travaillent dans 11 commissions, sont en train de rédiger la nouvelle constitution. Les modifications prises en considération comprennent un nouveau système électoral, un conseil électoral indépendant et un contrôle plus grand du gouvernement par le parlement. La Conférence constitutionnelle nationale (NCC) convoquera en mai une discussion plénière sur ses propositions et devrait organiser un referendum sur un projet de constitution final d’ici à décembre. “La NCC constitue à ce jour la plus grande ouverture, pour le pays, de commencer par abroger, amender et promulguer une législation progressiste en accord avec les références d’une démocratie plutôt solide qu’est devenue la Zambie au cours des 18 dernières années de politique pluraliste”, a indiqué Chanda. La PAZA est ravie que plus de 90 pour cent de ses propositions à la Commission de révision de la constitution figurent dans le projet de document.
Mais, il y a encore des parlementaires des deux côtés du fossé politique qui préféreraient que les médias soient régulés par l’Etat. Les appels se sont intensifiés à la suite des accusations de comportements tendancieux des médias au cours de la dernière élection présidentielle.
Brian Ntundu, un député du parti de l’opposition, le Parti uni pour le développement national, a dit au parlement que certains organes de presse méprisent l’éthique journalistique et s’étaient transformés en directeurs de campagne pour certains partis. “Franchement, les médias n’ont pas pu s’autoréguler, et j’ai eu des difficultés à les défendre”, se plaignait Sakwiba Sikota, du Parti libéral uni. Le ministre de l’Information et de la Communication, Ronnie Shikapwasha, s’en est aussi pris aux médias. “Même certaines personnes qui soutenaient l’autorégulation des médias ne peuvent plus faire cela parce que dans ces quelques derniers mois, certains organes de presse ont montré qu’ils ne peuvent pas s’autoréguler”. Dans une déclaration conjointe, la PAZA, l’Association des femmes journalistes de Zambie (ZAMWA), l’Union des journalistes de Zambie (ZUJ), le Comité de la liberté de la presse (PFC) de la Poste et l’Institut des médias d’Afrique australe (MISA), ont fustigé ce qu’ils voient comme des tentatives pour bâillonner les médias.
“Nous condamnons les appels à une telle régulation parce que la liberté des médias et le droit du public à savoir, qui constituent la pierre angulaire de toute démocratie vivante, ne peuvent pas être régulés à travers un organe statutaire puisque cela étouffera la liberté de presse, une plate-forme importante sur laquelle le peuple zambien s’exprime”, a indiqué la déclaration.
Les journalistes ont encouragé les politiciens à utiliser les voies prévues dans le Code de conduite électorale pour régler leurs allégations d’un traitement ou d’une couverture inéquitables au cours de l’élection présidentielle. Les partis ont le droit de déposer des plaintes écrites à la Commission électorale de Zambie et pourraient exiger des médias incriminés qu’ils rectifient les déformations dans leur couverture. Le débat sur les médias a même fait craquer une mention dans le discours d’ouverture du parlement du président Rupiah Banda cette année. Il a exprimé la préférence de son administration pour l’autorégulation des médias et a exigé que toutes les maisons des médias s’affilient à la Commission d’éthique et de déontologie des médias de Zambie (MECOZ), non statutaire et d’autorégulation, qui a été créée en 2002.
Le MISA Zambie a appelé les institutions des médias à tenir compte de l’appel de Banda pour un seul organe de régulation des médias. Mais la Poste, le principal quotidien privé du pays, a reçu les commentaires du président Banda avec suspicion. “Il n’y a aucune voie pour que le même gouvernement puisse dire qu’il soutient l’autorégulation des médias et forcer au même moment les maisons des médias à s’affilier à la MECOZ. Forcer les médias à s’affilier à la MECOZ équivaut à la régulation. Du moment que des menaces sont appliquées, cela devient la régulation. Alors, pour nous, nous ne ferons pas cela”, a souligné à IPS, Chansa Kabwela, rédacteur en chef de la Poste.
“Nous n’avons pas besoin d’appartenir à la MECOZ parce que nous nous sommes toujours régulés sur une base quotidienne. Nous recevons beaucoup d’informations, d’histoires et même des lettres et nous essayons autant que possible de choisir à partir de ce que nous avons, et cela en lui-même est une régulation. Si le gouvernement est vraiment engagé à l’autorégulation des médias, alors s’affilier à la MECOZ devrait être volontaire”. Le président du MISA, Henry Kabwe, a déploré la “désunion” dans les rangs des médias qu’il a imputée au “manque de terrain d’entente” sur l’éthique et le professionnalisme. Il a indiqué que l’état actuel des choses était en train d’envoyer les “faux messages” aux Zambiens qui dépendent des médias pour des informations crédibles et fiables. Kabwe a déclaré que le MISA est “découragé” que des citoyens aient “peu de connaissances” sur les codes de l’éthique sur lesquels les médias fonctionnent. “Cela a fait qu’il est difficile au citoyen ordinaire de demander réparation … parce qu’il ne connaît pas sur quoi fonder sa plainte”.

