AFRIQUE: Les engagements du sommet du G20 liés au commerce déçoivent

GENEVE, 7 avr (IPS) – Les promesses du Groupe des 20 (G20) de financer et d’aider le commerce sont trop vagues, selon les rédacteurs du livre électronique “Rebuilding Global Trade” (Reconstruire le commerce mondial), publié la semaine dernière.

Et le sommet de Londres de ce groupe des économies développées et en développement, la semaine dernière, n’a pas pu prendre un engagement fort pour le régime de commerce multilatéral. “Plusieurs engagements importants liés au commerce – par rapport aux pays en développement, au développement durable et au multilatéralisme – ont soit déçu ou ont manqué dans les décisions du G20”, a déclaré à IPS, Dr Carolyn Deere Birkbeck, directrice du projet de la gouvernance du commerce mondial de l’Université d’Oxford.

Sur la question de savoir si le G20 est le lieu propice pour débattre du commerce mondial, Deere Birkbeck a indiqué : “C’est précisément son plus grand échec. Il n’y a eu aucune réflexion sur comment faire pour que le G20 soit plus inclusif. L’Afrique du Sud et l’Ethiopie – la dernière ayant été invitée au dernier moment – étaient les seuls pays africains présents”.

Deere Birkbeck et Ricardo Meléndez-Ortiz, directeur exécutif du Centre international pour le commerce et le développement durable (ICTSD), à Genève, sont les rédacteurs de ce livre électronique. L’ICTSD vise à combler le fossé entre les partisans du commerce et le développement durable. Meléndez-Ortiz a remarqué qu’”il faut 50 milliards de dollars en 2009 pour ramener l’Afrique à l’endroit où elle était avant la crise, mais selon le communiqué du G20, il est difficile de voir d’où viendra cet argent”. “Reconstruire le commerce mondial” est une compilation d’essais écrits par des universitaires et d’autres experts sur des questions telles que les priorités commerciales immédiates à la lumière de la crise économique mondiale, et un programme tourné vers l’avenir pour la gouvernance du commerce international. Il accorde “une attention spéciale aux besoins des pays en développement et aux considérations d’un développement durable telles que la réduction de la pauvreté, la durabilité de l’environnement et la justice sociale”.

Ce livre électronique fait des propositions concrètes au G20, y compris des réformes sur le long terme du système de commerce international, et estime que la gouvernance économique mondiale devrait être mise dans les mains d’un forum plus inclusif. Il soutient la recommandation faite la semaine dernière par la Commission des experts des Nations Unies sur les réformes des finances internationales et des structures économiques, dirigée par le professeur Joseph Stiglitz, de créer un conseil économique mondial, sous les auspices des Nations Unies, qui se réunirait une fois par an comme une alternative démocratique au G20. Le communiqué du G20 appelle à la conclusion d’un cycle de négociations commerciales ambitieux et équilibré. Pourtant, les négociations actuelles à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne sont pas un cycle quelconque, mais celui qui doit assumer un mandat appelé le Programme de développement de Doha. Il priorise explicitement les besoins des pays en développement et corrige les déséquilibres déjà présents dans les règles du régime de commerce mondial. Rien de nouveau n’est venu du G20 par rapport au cycle de Doha, a affirmé Meléndez-Ortiz. “Il y a un engagement à sa conclusion, mais pas de date, ni un appel à une conférence ministérielle cette année”. Le G20 a effectivement engagé 250 milliards de dollars pour booster le financement du commerce. Ceci est une sorte de garantie de crédit pour permettre aux commerçants d’accéder au crédit dans leurs transactions quotidiennes, puisque celui-ci s’est tari à cause de la crise financière. “Un chiffre aussi élevé est une bonne nouvelle et beaucoup plus que je l’espérais”, a reconnu Meléndez-Ortiz. “Mais le problème, c’est comment l’amener vers les pays qui ont le plus besoin d’argent, une question sur laquelle le G20 a été muet. “Les exportations de l’Afrique vont baisser de 40 pour cent cette année. La demande extérieure pour les produits africains a chuté, ainsi que les prix des produits de base, le tourisme, les transferts de fonds et la croissance économique des grands pays locomotives – l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya. L’Afrique a sérieusement besoin d’un financement du commerce”.

Deere Birkbeck est d’accord : “L’Afrique a besoin d’un plan spécifique et clair en vue d’un appui rapide relatif au commerce, notamment parce que des baisses nettes des recettes commerciales ont causé des pertes de taille pour nombre de budgets gouvernementaux et menacent ainsi une gamme de services sociaux et de services de santé aux plus pauvres”. Par rapport à l’aide au commerce, le G20 n’a pas été aussi spécifique. “Ils auraient pu faire plus”, a déclaré Deere Birkbeck. “Des engagements existants sont maintenus, mais rien n’est dit sur comment les atteindre.

“Alors que le communiqué détaille une série de mesures financières pour accroître des ressources pour les pays en développement à travers le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, il n’y a eu aucun engagement exprès pour assurer que l’aide au commerce représente de nouvelles ressources plutôt qu’un détournement de l’aide publique au développement existante”.

L’aide au commerce est une sorte d’assistance structurelle qui a été adoptée à la conférence ministérielle de l’OMC en 2005 à Hong Kong. Elle vise à aider les pays en développement à s’adapter à la libéralisation des échanges commerciaux et à participer au système de commerce multilatéral ainsi qu’au marché mondial.

Les mesures varient entre la construction de l’infrastructure pour le commerce et les institutions nécessaires pour exporter le développement, et l’accroissement de la productivité des exportateurs. “Le problème est que personne ne sait vraiment comment évaluer l’aide au commerce et le G20 n’a rien ajouté à cet égard”, a expliqué Meléndez-Ortiz à IPS.

“L’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a proposé une matrice, mais qui va la surveiller? Est-ce l’OMC ou l’OCDE? Il existe un consensus émergent selon lequel ce serait l’OMC, mais toute la question est encore confuse – une histoire habituelle du Cycle de Doha”, a-t-il ajouté.

Deere Birkbeck a par ailleurs affirmé que “le G20 n’a pas pris un grand engagement politique en faveur du système de commerce multilatéral. Néanmoins, l’OMC est l’endroit le plus sûr pour que les pays en développement puissent négocier. “Heureusement, le sommet du G20 a reconnu que l’OMC devrait surveiller conformément aux règles de commerce. Mais le problème est que son organe de révision de la politique commerciale ne dispose pas de pouvoirs étendus”. Meléndez-Ortiz partage l’opinion selon laquelle “le G20 devrait créer un groupe de travail pour revoir le système de gouvernance de l’OMC et rationaliser le régime de commerce international afin de s’assurer que les accords bilatéraux et régionaux sont pris en ligne de compte à l’OMC.

“Plus le régime de commerce international devient complexe, plus il est asymétrique. Le G20 n’a pas dit un mot par rapport à cela, pourtant c’est l’un des plus grands problèmes que nous vivons – une crise de confiance et de bonne foi”.