DROITS-AFRIQUE DU SUD: Les femmes ouvrières agricoles menacent de boycotter les élections

LE CAP, 6 avr (IPS) – Des femmes venues des trois provinces du Cap, en Afrique du Sud, ont marché sur le parlement au Cap pour dénoncer le “lent et inéquitable” programme de redistribution des terres du pays. Ces manifestantes ont déclaré que si on ne leur donne pas un accès plus grand à la terre, elles ne voteront pas dans les élections générales du pays le 22 avril.

Des femmes brandissant des pancartes, lors des manifestations du 26 mars, ont critiqué le ministre des Affaires foncières, Lulu Xingwana, de les faire échouer. “Nous voulons ce qui nous appartient, nous nous battons pour la terre pour l’amour du futur de nos enfants, alors, pas de terre, pas de vote”, a indiqué Maria Pietersen du Cap du nord dont les efforts pour obtenir une terre ont été contrecarrés par le gouvernement local. Cette manifestation était le point culminant d’une conférence de deux jours convoquée par ‘Surplus People Project (SPP)’, une organisation qui plaide pour la réforme agraire en Afrique du Sud. Des femmes venues des provinces du Cap du nord, de l’est et de l’ouest ont échangé des expériences personnelles au cours de cette conférence. Des questions telles que le changement climatique, les prix des aliments et la récession économique mondiale ont aussi dominé les discours.

Selon Herschelle Milford, directrice exécutive du SPP, le manque d’accès à la terre est au centre des problèmes que vivent les femmes qui ont participé à cette conférence. “La réforme agraire a complètement échoué, mais encore plus pour les femmes. Certaines femmes passent toute une vie à chercher la terre, et lorsqu’elles l’obtiennent, c’est [juste] un hectare. Alors, les femmes disent : nous sommes les fournisseurs de la nourriture, nous voulons commencer cette révolution en matière de réforme agraire”. Milford affirme que le gouvernement est en train de s’écarter de la disposition de la Loi sur la réforme agraire et l’assistance foncière, qui souligne la promotion de la croissance économique et l’autonomisation des personnes historiquement défavorisées. Gahsiena van der Schaff, coordinateur du groupe de pression de 'Aids Legal Network' (Réseau juridique du SIDA), une organisation qui plaide pour les droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA, est d’accord avec Milford. Van der Schaff a déclaré que beaucoup de personnes sont mortes silencieusement, leur condition s’est aggravée par le manque de logement et de terre pour produire de la nourriture. “Ce gouvernement donne l’impression selon laquelle les femmes ne sont pas assez bonnes pour posséder la terre et même pour cultiver”, a indiqué van der Schaff. L’impact d’un accès inadéquat à la terre est également ressenti sur les fermes industrielles où sévit la discrimination basée sur le genre. Diana Hlathe, une ouvrière agricole dans la zone de culture de fruits de Wellington, au Cap occidental, a déclaré à IPS comment, en tant qu’une femme, elle est privée des avantages dont jouissent les ouvriers hommes. Elle affirme qu’une rémunération égale est toujours un rêve, et des appels pour l’intervention du gouvernement ont été ignorés. Hlathe, qui souffre de l’arthrite, déclare que son salaire hebdomadaire de 25 dollars n’est pas suffisant pour couvrir les frais médicaux. “Nous travaillons très dur dans les fermes. Les propriétaires deviennent plus riches grâce à notre dur labeur, mais nous obtenons seulement des salaires de survie. Par exemple, on m’a donnée 200 rands (20 dollars) comme bonus pour toute l’année dernière. Le gouvernement devrait faire quelque chose”, récriminait Hlathe.

'Sikhula Sonke', une organisation de défense des droits des ouvriers, a adressé plusieurs propositions aux gouvernements local et national, sans réponse positive. Ida Jacobs, organisatrice de Sikhula Sonke, est en train de faire pression pour que les ouvriers agricoles aient accès à la terre. Toutefois, elle affirme que le gouvernement a réduit leurs efforts. “Les femmes ont dit qu’elles ne voteront pas cette année parce que le gouvernement ne fait rien pour les ouvriers agricoles. Si vous parlez des ouvriers agricoles, le gouvernement nous tourne le dos”, a dit Jacobs. Néanmoins, le ministère national des Affaires foncières affirme qu’il a honoré sa promesse d’allouer des terres aux femmes. Le ministère déclare qu’à travers son programme pour les Femmes dans l’agriculture et le développement rural (WARD), il a établi des structures dans toutes les provinces. Bien que le ministère ne puisse pas fournir des chiffres, il soutient que la plupart des femmes rurales ont bénéficié du programme WARD. “Nous avons des femmes qui ont bénéficié de la réforme agraire et qui exportent même leurs produits. Alors, cela est une preuve que beaucoup a été fait pour s’assurer que les femmes ont progressé en tant que bénéficiaires du programme de la réforme agraire”, a indiqué Eddie Mohoebi, porte-parole national du ministère. Mais l’association des fermiers émergents, l’Union nationale des paysans africains (NAFU), affirme que les femmes qui ont obtenu de terre au cours de l’exercice de redistribution du gouvernement sont moins nombreuses que les bénéficiaires hommes. “Nous continuons de compiler des chiffres, mais les indications sont telles que malgré l’augmentation des nombres de femmes, elles sont toujours moins nombreuses que les hommes. A partir de nos données, elles sont juste en dessous de 50 pour cent de tous nos membres”, a dit Motsepe Motlala, président de la NAFU.

Le SPP est critique à l’égard de la commercialisation des terres et de l’agriculture en Afrique du Sud. Le SPP estime que la fourniture de terre aux fermiers à petite échelle, aux habitants des fermes et aux ouvriers agricoles, est la meilleure façon d’amener la transformation du secteur de l’agriculture loin du monopole de la minorité riche au profit de la majorité. Cette organisation est en train de faire également la pression pour des techniques agricoles favorables à l’environnement.